Fantasy, ROMAN

Lemoing S. N.

S’il fallait choisir un seul mot pour décrire S. N. Lemoing, auteure polyvalente prometteuse, je dirais : inspirante.

Sa volonté première? « Faire vivre ses histoires ».

Bien décidée à placer au centre de l’intrigue littéraire la femme comme personnage complexe, très centrée sur l’écologie et les valeurs de la nature, elle pourrait bien faire sauter les barrières de votre imaginaire grâce à ses livres très young adult.

Dans une riche interview, elle dévoile ses conseils de jeune auteure, et nous parle un peu de son unique personnalité.

Partie 1 : Inspirations, motivations

De formation cinématographique, tu écris, réalises et produis des court-métrages sur YouTube. As-tu toujours eu une passion pour le cinéma ?

J’ai été passionnée par le cinéma et la mise en scène dès l’adolescence : les décors, les costumes, la dimension sonore m’ont tout de suite interpellée puis captivée. C’est un domaine sur lequel je suis restée centrée par la suite et c’est donc dans ce domaine que j’ai orienté mes études supérieures. Mettre en scène une histoire permet de la voir vivre.

 

Pourquoi ne pas dans ce cas avoir tenté de développer tes histoires sous un format audio-visuel ?

Tout d’abord, il faut savoir que je suis ouverte à tous les formats et à tous les genres. Je lis aussi bien des pièces de théâtre, que des romans, que des scénarios. J’ai d’ailleurs fait un Bac Littéraire. Tout ce qui raconte une histoire m’intéresse, mais il y a des histoires plus adaptées à certains genres qu’à d’autres. Il existe des choses dans le littéraire qu’on ne montre pas à l’écran, et vice versa.

Par exemple, la science-fiction est assez difficile à produire, d’autant qu’en France ce n’est pas un genre très bien vu. Quant à la Fantasy, c’est beaucoup de budget pour réussir à rendre un décor ou une ambiance alors que le roman t’offre toutes les possibilités possibles. On peut aller plus loin. On est libre d’apporter tous les détails dont l’on rêve, ce que l’on ne peut pas mettre à l’écran surtout. Il y a vraiment beaucoup de choses que l’on ne peut pas mettre dans un scénario car à l’écran c’est soit visuel, soit sonore.

 

Certains auteurs s’inspirent de philosophie pour écrire leurs histoires (comme Damasio), d’autres ont besoin de voyages, de nature, etc. Quelles sont donc tes inspirations pour l’écriture ? Te sers-tu du travail d’autres auteurs, de voyages, etc. ?

Je puise mon inspiration absolument partout. Mais pas tellement dans la lecture. Ma première inspiration: les conversations, toutes les conversations que je peux avoir ou entendre. Je m’inspire des personnes que je connais pour fabriquer mes personnages : je me sers de leurs caractéristiques physiques ou psychologiques, de leur personnalité, pour façonner mes personnages de fiction.

Je cherche un peu partout : paysages, nature…

Et puis : la musique. J’écoute beaucoup de musique. Si tous les genres me plaisent, je préfère le métal qui est très fantaisiste. Parmi mes groupes préférés, je citerai Nightwish qui est un groupe de métal symphonique. Un exemple de chanson de ce groupe : Amaranth. C’est vraiment le style de musique que je vais écouter pour me mettre dans l’ambiance de la Fantasy.

Finalement, les choses de la vie m’inspirent.

 

Partie 2 : Une auteure, un roman engagés ?

On ressent dans ton roman un besoin de partage de convictions, et de partage d’un univers. Des thèmes actuels et polémiques sont abordés : la condition de la femme, la condition animale… Réunir les opprimés dans un même livre était-il une mission pour toi ? Sont-ce des thèmes qui te tiennent à cœur ?

Oui, évidemment, ces thèmes me tiennent à cœur car ils constituent mes propres convictions. Par ailleurs, ce sont des thèmes très peu abordés dans la littérature ou abordés de manière peu explicite. Ceci dit, dans les films ou les séries, c’est la même chose : on en entend peu parler. Ou si on en entend parler ce ne sera que de manière péjorative.

Dans le cas du féminisme c’est vrai qu’aujourd’hui le thème a vraiment commencé à émerger, mais il y a dix ans, lorsque j’ai eu l’idée de Powerful, ces idées étaient très peu présentes. On trouvait vraiment peu de personnages féminins complexes.

Quant au côté écologique/végan : le véganisme est souvent décrié, les véganes sont souvent traités d’extrémistes alors que ce sont des principes qui œuvrent pour le bien de tout le monde et de la planète. D’ailleurs c’est un sujet que je traite dans le roman alors que le contexte est celui de l’époque médiévale. J’ai choisi de le faire car j’ai fait suffisamment de recherches sur cette époque pour me rendre compte que les gens utilisaient peu de produits animaux : ce n’était pas volontaire, mais ces produits étant chers, les classes les plus pauvres ne pouvaient pas s’en acheter tout le temps. C’est le regard d’aujourd’hui qui nous incite à penser qu’ils n’utilisaient que des produits dérivés des animaux, et qu’ils cherchaient comme nous un certain confort. Alors que pas du tout ! Quand il y avait de la pluie, ils avaient de l’eau et de la boue dans leurs chaussures ! Voilà, beaucoup de romans fantasy parlent d’une époque d’une certaine manière en fonction de ce qui marche. Je voulais montrer l’inverse : les alternatives qui existaient.

 

Tu as suivi une formation que beaucoup qualifient de « risquée », c’est-à-dire avec peu de perspective d’emplois à la clé. En tout cas, c’est ce qui est souvent répété aux jeunes en orientation. Puis tu as décidé de te lancer dans ton travail d’écriture qui te prend, j’imagine, énormément de temps en plus du reste. Il y a donc dans ton parcours et tes initiatives une envie de rêver et de faire rêver. Est-ce pour cela que tu as choisi dans ce dernier roman, Powerful, de t’ancrer dans l’univers Fantasy ?

Non, c’est très détaché. Quand j’ai une idée, je pense à l’ambiance et aux personnages.

Pour ce qui est du parcours, pour moi aussi ça a été beaucoup de doutes : quand je suis arrivée au bac mon rêve était le cinéma, le métier artistique. Enormément de personnes m’ont dit que c’était risqué mais j’ai décidé de suivre mes rêves. Au final ça a fonctionné : j’ai fait beaucoup de festivals, de rencontres et j’ai réussi à travailler dans ce milieu. S’il y a des périodes creuses, je fais autre chose. On doute beaucoup mais il faut toujours persévérer. Vivre son rêve.

Pendant ce temps, j’ai gardé un œil sur l’auto-édition. Au moment où j’avais l’idée de mon roman, ce n’était pas du tout au point. Les e-book étaient très mauvais. Puis vers 2014, de plus en plus d’amélioration sur l’auto-édition m’ont vraiment poussée à y aller.

 

La Fantasy est-elle un univers que tu privilégieras désormais ou continueras-tu à survoler les genres ?

Mes genres privilégiés sont : le fantastique, la fantasy, la comédie. J’ai des idées de Spin-off pour Powerful. Mais je ne m’enferme pas dans un genre. J’ai également des idées de romans fantastiques, de romans contemporains, de fantasy plus sombre. Par contre, je lis des thrillers je ne pourrais pas en écrire, cela ne m’attire pas du tout.

 

Une dernière question pour cette partie : comment as-tu créé la couverture de ce roman ? Je la trouve très belle.

J’avais une première couverture, provisoire. J’ai cherché des illustrateurs mais deux graphiques ont été abandonnés. J’aurais voulu une couverture qui représente l’esprit du roman. Puis une amie – Aline Inacio, auteure également – m’a aidé à la trouver. Mon livre c’est beaucoup de couleurs, il me fallait une couverture avec beaucoup de couleurs.

 

Partie 3 : Créer et vivre

Sandra Lemoing, tu es une auteure autoéditée et tu as déjà publié trois romans, dont Powerful. Aujourd’hui beaucoup d’auteurs font le choix de l’autoédition. Tandis que d’autres attendent patiemment d’être édités. Pourquoi as-tu fait le choix de l’auto-édition ? Que t’apporte-t-elle ?

Alors au début mon roman Powerful je l’ai envoyé à plusieurs maisons d’édition. Mais il y a 2 ans elles étaient assez fermées, il fallait attendre 1 an voire plus pour que le manuscrit soit traité. Par ailleurs, j’ai eu l’impression que les thèmes que je traitais ne leur plaisaient pas beaucoup. Maintenant les maisons d’édition sont ouvertes à l’auto-édition, j’ai été étonnée d’en voir plusieurs qui le mentionnaient alors qu’il y a quelques années c’était plutôt vu comme une tare. On observe une réelle évolution.

Finalement l’auto-édition, c’était une bonne idée : on peut avoir un petit lectorat, ça peut plaire. Mais l’auto-édition c’est aussi beaucoup de travail : en plus de l’écriture, il y a la mise en page, les envois, la promotion… Je continue donc d’envoyer mon roman à des maisons d’édition. C’est donc un choix mais c’est le choix de publier mes romans et de ne pas attendre.

 

Et quel est ton « mode opératoire » ?

J’écris pendant des heures. Il m’arrive de prendre du recul sur l’histoire pendant 2-3 semaines puis de relire pour avoir un regard nouveau dessus. J’écris plutôt vite, mais j’ai besoin de journées intensives.

Je suis très organisée : je fais des tableaux, des chronologies, je prends beaucoup de notes et une fois que j’ai une idée précise du roman du début à la fin, que j’ai l’histoire et les personnages en tête, je me lance dans l’écriture. La préparation, c’est vraiment la moitié du travail.

Pouvez-vous vivre de vos créations pour le moment ?

C’est très irrégulier. Il y a des moments où j’ai un peu d’argent. Mais pour pouvoir en vivre, il faut vraiment écrire beaucoup. Mais écrire prend du temps. Avec un job à plein temps, c’est assez difficile. Pour pouvoir écrire davantage il me fallait un job à mi-temps. C’est donc ce que j’ai fait : je me suis mise en mi-temps et maintenant je peux écrire.

 

Combien de temps environ te prend l’écriture d’un livre ?

Certaines journées sont très productives. Dans ces cas-là j’arrive à écrire 30 pages environ sans compter le travail de réécriture. Mais c’est rare. Et puis pour Powerful, j’ai dû m’adapter à l’écriture, j’ai donc mis 2 ans. Il m’arrivait de mettre l’écriture de côté pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois puis je reprenais.

Pour mon 2ème roman, j’ai mis 8 mois car j’avais l’idée bien en tête.

 

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Continuer d’écrire, et continuer d’envoyer des manuscrits à des maisons d’édition. J’attends d’ailleurs des réponses de certaines maisons d’édition dont les lignes éditoriales correspondent à l’idée de ce que je veux faire. Si mon roman n’est pas accepté, c’est que je ne rentre vraiment pas dans les cases, et du coup je continuerai en autoédition. Parce que j’ai des lecteurs qui me suivent, donc je continuerai pour eu, pour les causes que j’aime défendre et pour moi aussi.

C’est ce qu’on lit souvent dans les conseils d’écriture : on est plus souvent rejeté car il y a peu d’élus (puisque peu de financements), mais ça ne veut pas dire qu’il faut abandonner. Peut-être que la maison d’édition faite pour moi n’existe pas encore car ça demande du courage de se lancer dans la publication de romans un peu à contre-courant, mais c’est possible qu’elle soit créée prochainement. Espérons !

Ma volonté première est de faire vivre mes histoires.

 

Un grand merci à S. N. Lemoing pour cette interview!

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