roman

ALEXANDRE DUMAS – Le chevalier de maison-rouge

Le résumé :

En 1793 sous la Révolution française, le révolutionnaire Maurice Lindey rencontre Geneviève et en tombe amoureux. Elle est mariée à un royaliste, Dixmer. Le couple cache chez lui le chevalier de Maison-Rouge, recherché par la police pour avoir tenté de  libérer la reine Marie-Antoinette de la prison du Temple. Dixmer pousse sa femme à accueillir Maurice, patriote convaincu, pour leur servir de « couverture ». Dixmer et Maison-Rouge tentent une nouvelle fois de sauver Marie-Antoinette, mais échouent. La maison est incendiée par la police, et Geneviève se réfugie chez Maurice. Dixmer, retrouvant sa femme, lui propose de racheter son infidélité en prenant la place de la reine dans sa prison. Geneviève est arrêtée, jugée et condamnée à la guillotine. Maurice choisit de la rejoindre dans la prison afin de mourir avec elle.

Ce roman s’inspire de la vie d’Alexandre Gonss de Rougeville. Un de ses intérêts est de montrer  le fonctionnement du Temple et la paranoïa que génère l’évasion éventuelle de Marie Antoinette.

Paris, 10 mars 1793 : le cadre du roman.

« La veille, 9 mars, il y avait eu à la Convention une séance des plus orageuses : tous les officiers avaient reçu l’ordre de rejoindre leurs régiments à la même heure ; et Danton, cet audacieux proposeur des choses impossibles qui s’accomplissaient cependant, Danton, montant à la tribune, s’était écrié : « Les soldats manquent, dites-vous ? Offrons à Paris une occasion de sauver la France, demandons-lui trente mille hommes, envoyons-les à Dumouriez, et non seulement la France est sauvée, mais la Belgique est assurée, mais la Hollande est conquise. »

A la recherche du chevalier de Maison Rouge.

«La Commune va rendre un arrêté par lequel chaque maison, comme un registre ouvert, laissera voir, sur sa façade, le nom des habitants et des habitantes. C’est la réalisation de ce rêve des anciens ; Que n’existe-t-il une fenêtre au coeur de l’homme, pour que tout le monde puisse voir ce qui s’y passe. »

En décrivant son héros, Dumas nous dépeint le climat révolutionnaire des années 1780.

« La révolution, qui avait suivi de si près ce grand événement, avait donc trouvé Maurice dans toutes les conditions de vigueur et de maturité virile qui conviennent à l’athlète prêt à entrer en lice, éducation républicaine fortifiée par l’assiduité aux clubs et la lecture de tous les pamphlets de l’époque. Dieu sait combien Maurice avait dû en lire. Mépris profont et raisonné de la hiérarchie, pondération philosophique des éléments qui composent le corps, négation absolue de toute noblesse qui n’est pas personnelle, appréciation impartiale du passé, ardeur pour les idées nouvelles, sympathie pour le peuple, mêlée à la plus aristocratique des organisations, tel était au moral, non pas celui que nous avons choisi, mais celui que le journal où nous puisons ce sujet nous a donné pour héros de cette histoire. »

« Il est à remarquer que, parmi ses dix-huit siècles de monarchie, la France a eu peu d’années aussi mythologiques que l’an de grâce 1793. »

Comme dans beaucoup de romans de cette époque, la mésalliance des jeunes filles aristocrates, obligées d’épouser des bourgeois, faute d’argent fait le bonheur des romanciers. Dumas puise aussi dans cette veine pour son personnage féminin.

« c’était bien, ce qui était arrivé si souvent dans les dernières années qui avaient précédé cette fameuse année 93, dans laquelle on se trouvait, c’était bien la jeune fille de distinction, obligée, à cause de la ruine toujours plus profonde dans laquelle était tombée la noblesse, de s’allier à la bourgeoisie, au commerce. Dixmer paraissait un brave homme ; il était riche incontestablement ; ses manières avec Genevieve semblaient être celles d’un homme qui prend à tâche de rendre une femme heureuse. Mais cette bonhomie, cette richesse, ces intentions excellentes, pouvaient-elles combler cette immense distance qui existait entre la femme et le mari, entre la jeune fille poétique, distinguée, charmante, et l’homme aux occupations matérielles et vulgaires ? »

Suite à la tentative pour libérer la reine, le pouvoir durcit ses positions.

« Déjà, sur la proposition du conventionnel Osselin, avait été promulgué le décret terrible qui condamnait à mort tout émigré convaincu d’avoir remis le pied en France, tout Français convaincu d’avoir eu des projets d’émigration ; tout particulier convaincu d’avoir aidé dans sa fuite, ou dans son retour, un émigré ou un émigrant, enfin tout citoyen convaincu d’avoir donné asile à un émigré. »

Geneviève a envoyé une lettre où elle demande à Maurice de ne plus la revoir. Il se consacre à son travail pour l’oublier.

« Les affaires publiques étaient terribles : le 31 mai se préparait. La Terreur qui, pareille à un torrent, se précipitait du haut de la Montagne, essayait d’emporter cette digue qu’essayaient de lui opposer les girondins, ces audacieux modérés, qui avaient osé demander vengeance des massacres de septembre et lutter un instant pour sauver la vie du roi. »

Le complot pour faire évader la reine a été éventé. La police est remontée jusqu’au citoyen Dixmer qui a été obligé de fuir. Geneviève se cache chez Maurice. La reine a été conduite à la conciergerie. Dumas nous décrit à cette occasion le palais de justice de Paris :

« C’est une grande et sombre maison que celle de la justice, et qui fait plus craindre qu’aimer la rude déesse. On y voit tout l’attirail et toutes les attributions de la vengeance humaine réunis en un étroit espace. »

Marie-Antoinette attend son jugement, constamment surveillée.

« L’histoire a conservé leurs noms, comme elle fait des êtres les plus infimes que la fatalité associe aux grandes catastrophes, et qui voient refléter sur eux un fragment de cette lumière que jette la foudre en brisant, soit les trônes des rois, soit les rois eux-mêmes.

Ils s’appelaient Duchesne et Gilbert.

La Commune avait désigné ces deux hommes, qu’elle connaissait pour bons patriotes, et ils devaient rester à poste fixe dans leur cellule jusqu’au jugement de Marie-Antoinette : on espérait éviter par ce moyen les irrégularités presque inévitables d’un service qui change plusieurs fois le jour, et l’on conférait une responsabilité terrible aux gardiens. »

Le procès de la reine commence pour juguler la vindicte populaire.

« Cependant le procès de la reine avait commencé à s’instruire, comme on a pu le voir dans le chapitre précédent. Déjà on laissait entrevoir que, par le sacrifice de cette tête illustre, la haine populaire, grondante depuis si longtemps, serait enfin assouvie. »

La conciergerie :

« Vue en 1793, la Conciergerie, pourvoyeuse infatigable de l’échafaud, la Conciergerie, disons-nous, regorgeait de prisonniers dont on faisait en une heure des condamnés. À cette époque, la vieille prison de saint Louis était bien réellement l’hôtellerie de la mort. Sous les voûtes des portes, se balançait, la nuit, une lanterne au feu rouge, sinistre enseigne de ce lieu de douleurs. »

le procès n’est qu’une pure formalité. Marie Antoinette est condamnée à la décapitation.

Marie-Antoinette sentit cette main infâme qui effleurait son cou, elle fit un brusque mouvement et marcha sur le pied de Sanson, qui, sans qu’elle le vît, était occupé à l’attacher à la planche fatale. Sanson retira son pied. — Excusez-moi, monsieur, dit la reine, je ne l’ai point fait exprès. Ce furent les dernières paroles que prononça la fille des Césars, la reine de France, la veuve de Louis XVI. Le quart après midi sonna à l’horloge des Tuileries ; en même temps que lui Marie-Antoinette tombait dans l’éternité.

Mais en vain : « Le quart après-midi sonna à l’horloge des Tuileries ; en même temps que lui Marie- Antoinette tombait dans l’éternité. » iority46 \l