théâtre

Lorenzaccio – Alfred de Musset

Lorenzaccio est inspiré et tiré de la scène historique Une conspiration en 1537, ébauche théâtrale de George Sand fondée sur la chronique florentine de l’auteur italien Varchi.
C’est la plus longue pièce de Musset : 5 actes et 39 scènes en tout. Les personnages principaux ont réellement existé.
Lorenzo, personnage éponyme est déprécié en Lorenzaccio (petit Lorenzo, péjoratif).
Les personnages principaux : le duc de Florence (Alexandre de Médicis), Lorenzo, Philippe Strozzi, Pierre Strozzi, le cardinal Cibo, la marquise Cibo.
Notons que Musset a délibérément corrigé l’année de 1537 donnée par George Sand. Les deux dates peuvent être correctes (par rapport au calendrier ancien) mais 1536 permet de faire jouer le destin des six six (cf. acte V, scène 5) : le marchand fait remarquer qu’Alexandre a été tué par 6 blessures, à 6 heures de la nuit, le 6 du mois, à l’âge de 26 ans, l’an 1536, alors qu’il avait régné 6 ans.

GRANDEUR
« Les hommes ne m’avaient fait ni bien ni mal ; mais j’étais bon, et, pour mon malheur éternel, j’ai voulu être grand. » Lorenzo, Acte III, scène 3

« Crois-tu donc que je n’aie plus d’orgueil, parce que je n’ai plus de honte ? Et veux-tu que je laisse mourir en silence l’énigme de ma vie ? » Lorenzo, Acte III, scène 3

 

JUSTICE
« Je demande l’aumône à la justice des hommes ; je suis un mendiant affamé de justice, et mon honneur est en haillons. » Philippe Strozzi, Acte III, scène 3

 

MAL
« Mais moi, pendant ce temps-là, j’ai plongé ; je me suis enfoncé dans cette mer houleuse de la vie ; j’en ai parcouru toutes les profondeurs, couvert de ma cloche de verre ; tandis que vous admiriez la surface, j’ai vu les débris des naufrages, les ossements et les Léviathans. » Lorenzo, Acte III, scène 3

« Oui par le ciel ! Oui, j’ai fait un rêve ; hélas ! les rois seuls n’en font jamais : toutes les chimères de leurs caprices se transforment en réalités, et leurs cauchemars eux-mêmes se transforment en marbre. » La marquise Cibo, Acte III, scène 6

 

MEPRIS des femmes, de la religion
« Presser ce cœur de lion sur ton faible cœur tout percé de flèches saignantes, comme celui de Saint Sébastien ; parler, les yeux en pleurs, des malheurs de la patrie, pendant que le tyran adoré passera ses rudes mains dans ta chevelure dénouée ; faire jaillir d’un rocher l’étincelle sacrée, cela valait bien le petit sacrifice de l’honneur conjugal et de quelques autres bagatelles ». Le cardinal Cibo, Acte II, scène 2
Acte II, scène 2 

Le cardinal Cibo parle dans cette réplique de sa belle-sœur, la marquise de Cibo et a l’intention de la manipuler pour parvenir à ses fins. Il veut devenir lui-même duc et n’en n’a que faire de la religion. D’ailleurs, personne n’est vraiment fidèle à Dieu dans cette pièce : on voit bien que Musset n’avait que mépris pour la religion.

 

MISOGYNIE
« Proprette comme une flamande ! La médiocrité bourgeoise en personne. D’ailleurs, fille de bonnes gens, à qui leur peu de fortune n’a pas permis une éducation solide ; point de fond dans les principes, rien qu’un léger vernis ; mais quel flot violent d’un fleuve magnifique sous cette couche de glace fragile, qui craque à chaque pas ! Jamais arbuste en fleurs n’a promis de fruits plus rares, jamais je n’ai humé dans une atmosphère enfantine plus exquise odeur de courtisanerie. » Lorenzo, Acte I, scène I

Lorenzo vante les plaisirs de la débauche au duc Alexandre de Médicis qui corrompt tout ce qu’il touche.

« Elle s’est donnée le plaisir du péché et la gloire du trépas. Elle s’est laissée prendre toute vive comme une chouette au piège, et puis elle s’est fourrée bien gentiment son petit couteau dans le ventre. »
Lorenzo, Acte II, scène 4. Lorenzo parle dans cette citation de Lucrèce. Il l’a présente comme une dévergondée alors qu’elle a laissé l’image d’une femme romaine qui préfère la mort au déshonneur.

« A quoi bon écouter une femme ? une femme qui parle d’autre chose que de chiffons et de libertinage, cela ne se voit pas ». La marquise Cibo, Acte III, scène 6. Sur le ton de l’ironie, la marquise est sinistrement lucide sur la condition de la femme.

 

SAGESSE / VIOLENCE
« Vous qui savez aimer, vous deviez savoir haïr. » Pierre Strozzi, Acte III, scène 3

« Philippe, Philippe, prends garde à toi. Tu as soixante ans de vertu sur ta tête grise ; c’est un enjeu trop cher pour le jouer aux dés. » Lorenzo, Acte III, scène 3

 

OCCUPATION
« La citadelle ! Voilà ce que le peuple ne souffrira jamais ; voir tout d’un coup s’élever sur la ville cette nouvelle tour de Babel, au milieu du plus maudit baragouin : les Allemands ne pousseront jamais à Florence, et pour les y greffer, il faudra un vigoureux lien. » Acte I, scène 5

 

TYRANNIE
« Cette jeunesse a été pure comme de l’or. Pendant vingt ans de silence, la foudre s’est amoncelée dans ma poitrine, et il faut que je sois réellement une étincelle du tonnerre, car tout à coup, une certaine nuit que j’étais assis dans les ruines du Colisée antique, je ne sais pourquoi je me levai, je tendis vers le ciel mes bras trempés de rosée, et je jurai qu’un des tyrans de la partie mourrait de ma main. J’étais un étudiant paisible, je ne m’occupais alors que des arts et des sciences et il m’est impossible de dire comment cet étrange serment s’est fait en moi. Peut-être est-ce là ce qu’on éprouve quand on devient amoureux ». Lorenzo, Acte III, scène 3. Il explique comment il a su que son destin était de tuer un tyran. Et ce, au nom d’une Florence personnifiée.

 

« Les familles florentines ont beau crier, le peuple et les marchands ont beau dire, les Médicis gouvernent au moyen de leur garnison ; ils nous dévorent comme une excroissance vénéneuse dévore un estomac malade ; c’est en vertu des hallebardes qui se promènent sur la plateforme, qu’un bâtard, une moitié de Médicis, un butor que le ciel avait fait pour être garçon boucher ou valet de charrue, couche dans le lit de nos filles, boit nos bouteilles, casse nos vitres, et encore le paye-t-on pour cela. » L’Orèvre, Acte I, scène 2. Alexandre de Médicis est également traité de « godelureau de la cours ».

 

« Adieu Florence ! maudites soient les mamelles de tes femmes ! maudits soient tes sanglots ! maudites les prières de tes églises, le pain de tes blés, l’air de tes rues ! malédiction sur la dernière goutte de ton sang corrompu ! » Les bannis, Acte I, scène 6. Tous les opposants politiques des Médicis sont bannis de Florence.

 

 

L’image utilisée est un croquis de Auriane Rémond, représentant Francis Huster dans le personnage de Lorenzo (mise en en scène de F. Huster).

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