détective, ROMAN, Roman historique

Barcelona – Daniel Sánchez Pardos

Né en 1979, l’Espagnol Daniel Sánchez Pardos a été bibliothécaire pendant quinze ans avant de devenir écrivain. Il a reçu un prix (le prix Tormenta) du meilleur auteur de l’année 2011 pour son roman El cuarteto de Whitechapel, et revient sur la scène littéraire pour son roman Barcelona publié aux éditions 10/18 pour la traduction française (et traduit de l’espagnol par Marianne Millon). Le titre original du roman est G (publié par Planeta en 2015) en référence à l’immense architecte Antoni Gaudí, l’un des personnages principaux de l’histoire.

 

Celle-ci se déroule en effet à Barcelone en 1874.Le narrateur, Gabriel Camarasa a regagné l’Espagne après des années d’exil en Angleterre. Exil lié à la Révolution espagnole qui a aboli la monarchie et établi un semblant de République. Il étudie l’architecture dans la même école que le fameux Gaudí, homme particulier aux goûts bien tranchés et au caractère insaisissable.

« Mon talent, par chance, est hors de portée de ces infects vieux croulants, répondit-il, les yeux mi-clos devant la force inattendue du soleil d’automne qui brillait maintenant dans le ciel. » (Gaudí à son ami Gabriel, narrateur du roman).

« Les avis esthétiques qu’il émettait n’étaient pas plus négociable ou critiquables qu’une formule mathématique ou une loi des sciences naturelles.

La vérité artistique était une, objective et immuable, et il semblait être le seul à la détenir.

Tout cela faisait de lui, bien sûr, un condisciple intraitable, un interlocuteur pénible et le cauchemar de tout professeur qui aurait conservé un minimum d’orgueil professionnel. » (Gabriel à propos de son ami Gaudí).

Dans cette Espagne de la fin du XIXème siècle, au climat politique instable, le père de Gabriel, homme d’une influence incomparable et propriétaire du journal à sensation Les Nouvelles Illustrées, est arrêté pour le meurtre d’un vieillard ruiné qu’il aurait connu autour de malversations artistiques. A partir de ce moment, la vie du naïf Gabriel bascule et il se demande jusqu’à quel point il peut compter sur ses amis : Fiona, l’illustratrice du journal, une anglaise à la beauté incroyable et au caractère indépendant, et Gaudí. Que fait ce dernier dans les rues les plus malfamées de Barcelone? Quel secret semble-t-il cacher? Et, quel lien peut-il y avoir entre sa famille et les conspirations qui sont annoncées de toutes parts de la ville?

« Installer la rédaction d’un journal spécialisé dans les affaires criminelles dans un palais de la zone recherchée de la ville revenait à installer un bordel dans une église abandonnée. Cela semblait osé, mais vous pouviez être sûr que tout le monde parlerait de vous. »

 

Barcelona est un roman détective allant bien au-delà de la simple résolution d’un meurtre. Sachez avant tout que l’histoire n’est que le prétexte de l’auteur pour vous faire visiter une Barcelone que vous n’avez jamais vu et vous faire connaître le jeune Gaudí, qui n’était absolument pas célèbre en ce temps. Vous remarquerez à ce titre, que l’histoire en elle-même occupe un volume bien inférieur à la totalité du roman. C’est un livre fait pour vous transporter, purement et simplement.

« Nous quittâmes la placette qui entourait la belle silhouette de Santa María del Mar pour nous engager en silence dans une série de ruelles étroites, sombres et presque toujours bondées, mal ou pas du tout pavées, dont le tracé hasardeux débouchait parfois sur une place à la splendeur médiévale passée ou sur une petite avenue flanquée de beaux hôtels particuliers à demi en ruine. »

Vous serez absolument happé à mi-chemin par la résolution d’une enquête, mais ne perdez point de vue la mise en perspective d’une ville qui n’était pas encore connue pour les chef-d’œuvres architecturaux et l’omniprésence de l’esprit Gaudí.

 

L’œil vogue sur une écriture fine et délicate (celle de l’auteur et/ou du traducteur). Le cœur s’attache à tous ces personnages qui malgré tout cachent. Les personnages cachent : leurs intentions, leur passé, leurs sentiments, leur volonté. Et quand interviendront les convictions politiques de certains, vous aurez de la peine à substituer à la préférence que vous aviez pour eux le dédain ou l’incompréhension.

C’est donc un roman qui, mêlant aux faits, la fantaisie, se laisse lire très facilement et emporte le lecteur. Je recommande absolument.

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