Essai 2018

Cataclysmes, une histoire de l’humanité – Laurent Testot

«C’est à proximité du village de Yudanaka, au tréfonds des Alpes nippones, au bord d’un bassin d’eau chaude volcanique, que l’envie d’écrire ce livre a pris forme. […] C’est la nature à la japonaise. Sans trace visible d’intervention humaine. Mais totalement artificielle, anthropisée, façonnée de la main de l’homme. Un raccourci saisissant de ce qu’est notre planète aujourd’hui. »

Laurent Testot est journaliste indépendant, spécialisé en histoire mondiale, géopolitique et religion, et conférencier. Son dernier livre, Cataclysmes, est publié en 2017 aux éditions Payot. Il y retrace en près de cinq-cents pages, une histoire non mondiale mais globale et environnementale de l’humanité.

L’Histoire débute avec les premiers hommes.

« Rappelons-le : l’humain ne descend pas du singe. Il est un singe parmi d’autres, qui a évolué en même temps que les chimpanzés, bonobos et gorilles. »

Nous déambulons alors dans le monde. Parfois dans des pays particuliers : Japon, Chine, Etats-Unis, etc. Parfois dans des continents entiers : Afrique, Asie, Amérique, etc.

« Pour résumer, et sachant qu’il y a quelques exceptions à la règle, les mammifères (placentaires) du Nord repoussent et remplacent progressivement les mammifères (marsupiaux) du Sud. Ce Grand échange inter-américain représente alors le plus grand bouleversement biologique que la Terre ait connu depuis l’extinction des dinosaures, il y a 65,5 millions d’années. Reste que ce record ne tiendra qu’un clin d’œil géologique, puisque l’humanité est aujourd’hui en train de le pulvériser, en opérant « à l’insu de son plein gré » la sixième extinction. »

De nombreux thèmes sont abordés sous l’égide d’une histoire environnementale : l’intolérance au fondement de nos sociétés, la distinction Animal humain et Animal non-humain, la volonté de dominer… un programme non des plus réjouissants.

« L’empathie induit un revers. Nous aidons nos proches, ceux que nous identifions comme nos semblables. Mais ce faisant, nous définissons une sphère d’appartenance. Un « nous » et un « eux ». Un « nous » contre un « eux ». Le Singe coopératif est raciste, nationaliste et spéciste (en ce qu’il hiérarchise humains et animaux). Car l’évolution a accru en lui, à des niveaux inégalés, ce besoin de fusionner avec ses proches, et cette nécessité de désigner une altérité à laquelle se conformer. »

« L’enfer vécu par les volailles ou le bétail, dans des conditions de promiscuité inhumaines, vaut à l’élevage industriels contemporain d’être parfois qualifié de concentrationnaire. A raison : la guerre au vivant passe par le contrôle total des corps d’animaux dévorés et par l’oblitération des images de boucherie, la négation des tortures que nous infligeons aux animaux dans notre recherche frénétique d’efficacité économique. »

« Descartes avait conceptualisé l’animal-machine, notre société l’a créé. Jusqu’à la modification génétique. »

 

L’esquisse d’un panorama effrayant

La question qui s’impose avec la publication de cet ouvrage est la suivante :

La « sonnette d’alarme » concernant l’état de notre planète et de nos pratiques a été tirée depuis bien longtemps, et les Etats et grandes multinationales s’en préoccupent assez peu (pour ne pas dire pas du tout). Qu’apporte de plus cet ouvrage à la panique, cette-fois-ci mondiale, qui s’apprête à nous envahir ?

Réponse : Un éclairage historique !

En partant des premiers humains, il y a environ trois millions d’années, l’auteur retrace notre parcours en tant qu’homo en insistant sur des événements, ou périodes-clé de l’Histoire de l’humanité. On prend dès lors conscience de l’importance, voire de l’omniprésence de l’environnement (au sens d’environnement naturel) dans l’évolution de nos sociétés. Si cela peut paraître logique, un simple coup d’œil aux informations télévisées ou dans un livre d’histoire achèvera de vous convaincre que cet ouvrage est celui qu’il faut pour comprendre réellement notre Histoire.

Bien évidemment, le livre est très elliptique (bien qu’imposant) et l’on espère que l’Histoire globale se répandra davantage dans notre culture pour pouvoir appréhender le futur de l’humanité. Par exemple, le sucre est présenté comme responsable de l’obésité dans le monde alors que l’on sait désormais, grâce à diverses études scientifiques, que les mécanismes permettant de transformer le sucre en gras (les bons sucres, et non ceux présents dans le lait par exemple) sont très peu efficaces chez l’homme. Mis à part cela, je considère ce livre comme une ressource d’informations fiables et d’interprétations cohérentes et indispensables au développement d’une pensée permettant de penser notre futur, et notre cohabitation avec la nature que l’on s’ingénue à détruire.

Comme l’auteur le dit lui-même « Aujourd’hui que nous sommes à la veille d’un bouleversement environnemental probablement sans précédent dans l’histoire, et en sachant qu’on des moyens de connaître les processus à l’œuvre et d’impacter sur eux d’une façon qui n’a pas de précédents dans l’Histoire, il importe quand même de regarder le passé et d’en tirer des leçons. De ne pas rester dans la démesure du « le progrès technique remédiera à tout » parce que dans la passé d’autres ont pensé ça et malheureusement les trajectoires de l’humanité ont été très diverses. »

 

Je qualifierai donc cet ouvrage d’essai : il allie une histoire condensée, un style journaliste saisissant, et plaisant, ainsi que des conclusions et une réflexion remarquables. Je recommande vivement.

 

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