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Roman 2019

DAMASIO ALAIN – Les furtifs

Ça se passe en 2040, en France. C’est une dystopie, ultra libérale : les villes ont été rachetées :

« Votre ville est née d’un charnier ! Des gaz, disons d’une multinationale ! Elle est née le 7 décembre 2021 en écrasant sous deux cents tonnes de gravats les soixante-dix manifestants du collectif Reprendre. Et les vingt-deux familles qui vivaient encore dans la tour et qu’ils défendaient. Elle est née de la faillite d’une commune asphyxiée par les banques, dégradée triple C par les agences de notation internationales et obligée d’emprunter son budget à des taux de 18% ; d’une commune déclarée en rupture de paiement en 2028, lâchée par l’Etat et mise en vente en 2030 sur le marché des villes libérées. »

Orange a racheté Orange, LVMH = Paris, WARNER = Cannes. Dans ces villes-là, tout fonctionne avec des forfaits : standard, privilège. Evidemment, les capacités d’action des habitants en dépendent.

L’armée a découvert des êtres vivants végétaux minéraux, qui ont une capacité de métamorphose extraordinaire. Ils vivent parmi nous depuis tout le temps, dans les angles morts de la vision humaine. Dès qu’ils sont vus, ils se figent et deviennent comme de la céramique. De cette façon, on ne peut pas les étudier. Lorca est devenu chasseur de furtifs pour retrouver sa fille qui est partie avec eux.

Au début du roman, il vit séparé de sa femme qui ne croit pas à l’existence de ces êtres. Elle pense qu’il s’agit d’une invention de l’armée pour justifier son budget :

« Toute légende, tu le sais, tu as fait de l’anthropo, naît d’un désir subconscient, partagé de communautés entières. Le nôtre est de pouvoir disparaître, de devenir invisible, de pouvoir fuir quand toute notre société crève d’être sous contrôle ! L’armée récupère cette pulsion. »

Roman d’espoir, Alain Damasio rend hommage à ceux qui ne baissent pas les bras :

« Voulu que je voie de mes yeux ce qu’on faisait de cette ville, ce qu’était l’habitat princier d’un citoyen privilège. Afin qu’au de-delà et sans blabla, je saisisse, qui sait ? que cette brutalité économique n’avait rien d’une fatalité ? Qu’il « suffisait » au fond de se dresser contre ? Prendre sa part de l’orage, prendre place dans cette pluie. »

Dans le roman, il amplifie la société de contrôle dans laquelle nous vivons. Tous les faits et gestes sont tracés.

« Par deux fois, ma bague a clignoté en rouge, sans que j’y prête attention, j’ai fini par vérifier sur mon brightphone : nous sommes partis sans payer l’addition. Elle vient de m’être automatiquement imputée puisque Lorca n’a pas de bague, avec l’amende dix pour cent pour conduite négligente. Suit dessous ma cotation client où la serveuse vient de me punir trois fois en m’affectant la note d’une étoile (pour avoir zéro étoile, il fallait tuer la serveuse) aussi bien en respect du service, qualité comportementale et convivialité. »

Les furtifs représentent l’envers de cette société de contrôle. Roman polyphonique, la lecture des furtifs est un régal pour les amoureux de la langue française.

« Hakima en voulait pour preuve les torsions imprimées aux préfixes et aux suffixes, le camaïeu des conjugaisons, le dynamitage des articles et des pronoms, les jeux éblouissants avec les assonances, les anagrammes, les consonances, les onomatopées, la syntaxe. Leur côté agrammatical aussi, qu’elle lisait comme une licence poétique des furtifs. »

Le thème de la maternité et de la paternité est au coeur de l’ouvrage. Le sujet est abordé avec une sensibilité extraordinaire qui donne lieu à de très beaux passages.

On retrouve également les thèmes chers à l’auteur : société de contrôle, lutte contre le capitalisme, mais on découvre aussi une réflexion plus spirituelle, où l’esprit et le ressenti sont prégnant.

J’ai adoré ce roman complexe mais positif qui donne envie d’aller de l’avant.

L’auteur

Alain Damasio, né Alain Raymond le 1ᵉʳ août 1969 à Lyon, est un écrivain de science-fiction français. Il est connu pour son ouvrage La Horde du Contrevent, qui remporte le grand prix de l’Imaginaire en 2006 et la Zone du dehors.

Pourquoi écrit-il de la science-fiction :

« C’est le genre pour lequel le fait technologique est fondamental. Qu’est-ce que la technologie fait à l’homme ? La technologie est au centre de notre vie. On hypertrophie le présent. Tout ce qui est dans les furtifs en 2040 est déjà là. »

Pour lui,

« La littérature est un art extraordinairement total : l’affect, le percept et le concept, sur ces trois champs là, elle a une capacité d’exploration totale. Utilise un vecteur sobre, de toutes petites lettres noires mises les unes à côté des autres. »

Le roman est souvent à la source d’autres inspirations : films, … Il déclare :

« J’ai très peu de livres en moi. J’écris si j’ai quelque chose de fondamental à dire. (5 – 6 livres). » Le roman, Les Furtifs, est traversé par la puissance du son. Il affirme : « Pour moi il y a des couleurs fondamentales, des phonèmes, les voyelles, les consonnes sont mes notes de base et sont aussi fortes que les notes de musique. La rythmique est primitive : les phonèmes. »

voici le lien vers une interview qu’il a donné sur la chaîne Thinkerview passionnante : https://www.youtube.com/watch?v=a7KapmsJQOE

Roman 2019

L’assassin aux violettes _ Irène Chauvy

Editions Ex Aequo

Publication : décembre 2017

L’enquête se déroule à Paris en 1874. Richard Ventaine est retrouvé mort étranglé. Un foulard jaune et la présence de violettes signent la scène du crime. Ce meurtre fait échos à plusieurs autres similaires. L’inspecteur général Lucius mène l’enquête. Jane Cardel aussi. La jeune femme, dotée d’une grande intelligence et d’une curiosité effrénée, est la première sur le coup. Fiancée à un certain Corentin Mallet, elle ne parvient pourtant pas à refréner ses sentiments pour le beau Nathan Forève, avocat. La passion est réciproque. Heureusement pour Jane Cardel car Nathan pourrait être son ultime espoir face au péril qu’elle encourt.

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