Autobiographie

Les ritals – François Cavanna

François Cavanna, écrivain, journaliste et dessinateur humoristique est né le 22 février 1923 et est décédé le 29 janvier 2014. Il a fondé avec quelques autres le journal Hara-Kiri en 1960. Après l’interdiction de Hara-Kiri Hebdo à la suite de sa une sur la mort du général de Gaulle (« Bal tragique à Colombey – un mort »), le journal est relancé sous le titre de Charlie Hebdo.

Il a écrit notamment trois livres autobiographiques : Les Ritals, Les Russkoffs, et Bête et méchant. Édités au début des années 1980, on dévore avec délices ces recueils de souvenirs. Le style de Cavanna nous emporte.

Tout au long de sa vie, il a pris position. C’était un homme de convictions.

L’histoire vue par Cavanna :

La guerre de Cent Ans

« Le roi Charles VII, celui qui a gagné la guerre de Cent Ans grâce à Jeanne d’Arc, celui-là, oui il venait à Nogent pour tringler sa poule, une fille qui s’appelait Agnès Sorel et à qui il avait fait cadeau d’un beau château parce qu’elle le suçait bien, et ce château se trouvait à beauté, qui était un hameau au bord de la Marne, à mi-côte, ce qui fait que les troubadours pouvaient faire les spirituels et les lèche-cul sans changer de main en appelant la pute du roi « la dame de Beauté ». Je dis « la pute », comme ça, parce que maman m’a habitué au dégoût des femmes pas sérieuses, elle a horreur du vice, maman, c’est pas croyable, mais si on y réfléchit, Jeanne d’Arc aurait mieux fait de sucer un peu le roi au lieu de faire sa pimbêche, il ne l’aurait peut-être pas laissée brûler toute vivante par les Anglais, ce sans-cœur. » (« les Ritals »)
La conquête romaine

« A l’école, quand on a fait les Gaulois, Rome, tout ça, le prof nous a expliqué la Gaule Cisalpine. Du coup, j’ai compris pourquoi les Ritales de Nogent-sur Marne et de toute la banlieue Est parlent une langue plus proche du patois de paysans de la Nièvre que du bel italien de la méthode Assimil. C’étaient des Gaulois à moustaches, voilà. Les Romains les avaient colonisés avant ceux de Vercingétorix, parce qu’ils étaient plus près, juste à portée de la main, mais c’était le même travail : leurs gosiers gaulois avaient été obligés de se mettre à parler latin, et ils avaient déformé vachespagnolisé la langue du petit père Cicéron juste de la même façon que devaient la déformer, plus tard, après le coup en vache de Jules César, les Gaulois de la grande Gaule. » (« les Ritals »)

La crise de 29

« La crise. 1929 et la suite. Chômage. Quand le bâtiment va, tout va. Corollaire : quand tout va mal, le bâtiment est depuis longtemps au fond du trou. » (« les Ritals »)

Le fascisme :

« Dans ton pays, la gueule, on l’ouvre pas. Le fascisme est assis dessus, sur ta gueule, avec son gros cul, ses chemises noires, ses grands féodaux, ses petits épicemards, ses curetons, ses espions, ses carabiniers, ses chiées de mômes fouineurs, fanatisés, tordus dès le berceau. » (« les Ritals »)

1945

« La culpabilité post-vichyssoise (« c’est nous qui les avons livrés ») avait très vite fait place à la bonne conscience résistantielle (« c’est grâce à nous qu’ils sont revenus »). (« Bête et méchant »)

L’Indochine

« La France a perdu une grosse guerre mais, ses généraux n’étant pas fatigués, elle s’amuse maintenant à en perdre de petites. Le désastre de Dien Bien Phu vient de frapper les Français de stupeur. Moins que celui de Sedan, tout de même. On s’habitue. L’armée reflue, sans tapage. Les engagés « pour la durée des opérations » sont rapatriés discrètement et puis libérés, les opérations étant terminées. (« Bête et méchant »)

L’Algérie

« Guy Mollet reçoit des tomates sur la gueule, l’Algérie se met à flamber, on la quittera comme on a quitté l’Indochine mais en attendant on s’accroche, on tue, on se fait tuer, de Gaulle sauve la république en mai 58 après lui avoir fait le croche-pied, il la change de numéro, la prend sous sa protection personnelle et invente les nouveaux francs pour dévaluer sans en avoir l’air… »

 la vie vue par Cavanna

L’amour

« Mon ciné à moi c’est l’amour, le grand, le fou, le tendre, le total, la fleur bleue, aimer et être aimé, tout ça, tout ça… » (« Bête et méchant »)

Calembour

« D’où notre dégoût de l’ « esprit », en particulier du jeu de mot, et par-dessus tout du calembour, cette acrobatie stérile, ce tic de petit vieux. Contrairement à ce qu’un vain peuple pense, le calembour est plus difficile à éviter qu’à faire. » (« Bête et méchant »)

Lobby

« Dans cette anarchie qu’est notre société mercantile, si un mode de production anachronique et même nuisible assure de gros revenus à une catégorie suffisamment puissante, le jeu du progrès est faussé. » (« Bête et méchant »)

Mensonge

« Je n’ai pas encore appris que les plus convaincantes personnalités d’emprunt se construisent en utilisant les éléments de la vraie. Ou pour faire vraiment maxime du bon faiseur, que les meilleurs mensonges sont faits de vérités… »

La nostalgie :

« La nostalgie, c’est comme tout, t’en prends t’en laisses, tu prends le bon, tu laisses le reste… » (« les Ritals »)

Projet

« je me demande si c’est toujours comme ça, s’il y a toujours un petit décalage, un petit ajustement entre le projet et la réalisation du projet, et puis un autre petit ajustement, et encore un autre, et à la fin un tel tas de petits ajustements que le projet il a une gueule tout de travers, une gueule que peut-être t’aurais même pas reconnue si on te l’avait collée sous le nez sans prévenir, et le goût est tellement changé, de ton projet, que t’arrives plus à savoir si t’as encore autant envie ou si c’est seulement l’élan, et bon, t’y vas quand même, quoi, tu vas pas caner, tu t’en étais tellement promis, mais enfin merde, c’est plus ce goût-là, quoi. » (« les Ritals »)

Prolétaire

« Cette guerre-là ne finirait jamais. Toute la journée le même geste con, toute la journée, toute la semaine, toute la vie, et crève. L’Allemagne, la France, la guerre, la paix, quelle différence ? pour le prolo, tout est l’ennemi. » (« Bête et méchant »)

Publicité

« …, de toute façon la publicité est un métier de pute, quand on fait la pute on n’est pas regardant sur la fraîcheur des slips de la clientèle ». (« Bête et méchant »)

Politique

« La politique se situe à un niveau tellement niais de raisonnement, elle cherche tellement plus à émouvoir qu’à convaincre… 

Rire

« Le comique, ce qu’ils appellent, c’est la vie, quoi, ça va ça vient, ça te secoue, tu participes » (« les Ritals »)

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