Autobiographie

CYRULNIK BORIS – Les âmes blessées

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre français, retrace 50 ans de l’histoire de 50 ans de la psychiatrie.

Ses parents sont morts en déportation ; lui-même a été balloté durant la guerre afin d’échapper aux rafles. C’est cette expérience traumatisante qui l’a poussé à devenir neuropsychiatre. Enfant, il voulait soigner Hitler afin que cette folie s’arrête.
Dans les années 50, les progrès scientifiques ont donné des explications à la folie qu’était le nazisme : on a affirmé qu’Hitler était hystérique, puis qu’il avait un début de Parkinson…. Bref des explications simples et claires mais fausses : « C’est trop facile de penser que seuls les monstres peuvent commettre des actes monstrueux. »
Boris Cyrulnik a commencé sa « navigation dans les années 1960, quand les récits sociaux légitimaient la lobotomie, l’enfermement entre les murs et sur la paille dans les hôpitaux ». Beaucoup de grandes découvertes scientifiques relèvent de la sérendipité. Les découvreurs sont souvent considérés comme des dangers, car ils remettent en cause des conditions de fonctionnement acceptées par la majorité. Les habitudes sont très difficiles à changer.
Actuellement, nous vivons dans une société où la science « structure les récits ». Ce qui donne une impression de certitudes, sous le prétexte qu’une science dure ne se prête pas à l’interprétation. Or, on constate régulièrement qu’une découverte chasse l’autre. Ce que l’on tenait pour acquis aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain. De plus, chaque chercheur réagit aussi avec sa personnalité, son histoire. En fonction de son parcours personnel, il laissera parler sa sensibilité pour telle ou telle interprétation d’un fait.
« C’est une représentation culturelle qui entraîne des décisions thérapeutiques différentes. » : la maladie d’Alzheimer est considérée comme un fléau en Europe. En Asie, elle fait partie d’un cycle de vie et ne fait pas peur. Aussi, les patients européens peuvent se sentir agressés car on ne sait pas comment réagir face à des gens qui deviennent dépendants. Alors que de l’autre côté de la planète, on fait preuve de patience et les relations se passent beaucoup mieux.

Boris Cyrulnik parle de ce livre comme d’un journal de bord. On navigue entre les réflexions et les anecdotes. C’est captivant. On aborde les souffrances psychiques en dehors du contexte anxiogène véhiculé par les médias. Il est difficile d’apporter une conclusion dans un tel essai. Je retiendrai cependant trois éléments :
– notre interprétation dépend avant tout de notre histoire personnelle.
– il faut se méfier de tout ce qui est considéré comme évident.
– « l’arme la plus efficace des dictatures, c’est le conformisme. » Par exemple, la carrière de Konrad Lorenz, biologiste et zoologiste autrichien, a été compromise suite à la publication en 1940 d’un article où il mentionnait que « l’idée de race en tant que fondement de notre Etat a déjà beaucoup œuvré dans le sens de l’épuration ». Tous les articles de cette époque devaient contenir ce type de propos : Konrad Lorenz a suivi le contexte culturel dans lequel il baignait.

 

CITATIONS

« Je suis angoissé par ceux qui se soumettent à leurs certitudes, je les crois capables de tout, du pire évidemment, comme pour les camps d’extermination, les lobotomies ou l’exclusion sociale. Les réciteurs m’inquiètent, mais j’aime les douteurs qui mettent des questions à la place des conclusions. »

« Quelle que soit la culture, tout ce qui sort du cadre social provoque un sentiment étrange et inquiétant que l’on appelle facilement « folie » ».

« Tout récit, qu’il soit scientifique ou littéraire, est une falsification du réel. Peut-on faire autrement ? Ceux qui ont vécu la guerre sont surpris par ceux qui se construisent une représentation. Ils ne se reconnaissent pas dans les romans, les films ou les essais, qui transforment en divertissement théâtral ou en abstraction philosophique la souffrance qu’ils ont vécue. »

 

 

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