roman noir, Roman policier

DAENINCKX DIDIER – Artana, Artana

Erik Ketezer est vétérinaire en Normandie. Il revient à Courvillier en banlieue parisienne pour enquêter sur le décès du frère de son ancienne compagne.
L’auteur a choisi la forme du roman policier pour raconter ce qu’il se passe dans les cités pauvres de la région parisienne.
Comme beaucoup de livres de cet auteur, le cœur du roman constitue une critique sociale et politique.
Ici, il s’agit clairement de l’incurie des hommes politiques à tous les niveaux qui ont laissé s’installer le trafic de drogues dans les banlieues : « L’herbe a servi d’amortisseur sociale. Elle a été utilisée comme anesthésie locale. Sans elle, les cités brûleraient en permanence ! Tout le monde y trouve son avantage. »
Les descriptions sont toujours courtes mais percutantes. « Sans même m’en rendre compte, je détourne la tête à plusieurs reprises en croisant des hommes, des femmes qui portent les stigmates de l’exclusion, dents abîmées, cheveux sales, vêtements élimés. Je retiens mon souffle au passage d’une pocharde, une Antillaise massive à dreadlocks, dont le sillage est chargé de relents d’urine, d’excréments. »
L’auteur joue aussi la carte de l’ironie avec brio, quand il décrit Courvilliers (= Aubervilliers)
« Ville ouverte à toutes les expériences auto-entrepreneuriales comme la récupération de sacs sur les banquettes des voitures dans les embouteillages ou autres activités rentables comme l’arrachage de colliers. »
Il éprouve une vraie tendresse pour ses habitants, victimes des margoulins de tout poil. Ainsi il décrit le quotidien des handicapés : « J’ai des amis handicapés qui ne quittent pratiquement plus leur logement tellement c’est devenu hostile. Ils achètent sur internet. On n’imagine pas qu’ils laisseraient s’installer un tel chaos dans un arrondissement huppé de Paris… »
Sa conclusion est sans appel : les villes du 93 sont devenues « le royaume du piston, du passe-droit, du clientélisme, de l’abaissement moral. »
Petite explication de texte : Artana ! Artana ! C’est le cri poussé par les guetteurs quand la police arrive sur les lieux d’un trafic.
J’ai beaucoup aimé ce livre, comme tous les livres de cet auteur : un regard sur les rouages de la société qui fabriquent des exclus. Une écriture efficace sur un sujet qui est au cœur de l’actualité.

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