Roman historique

DAENINCKX DIDIER- le banquet des affamés

« Novice sur le pont noir de la Belle Poule, zouave d’opérette devant Sébastopol, soldat bafoué en Algérie, comédien et pourquoi pas saltimbanque, fossoyeur de l’empire, colonel des Turcos de la Commune, compagnon de Louise Michel et metteur en scène de ses œuvres… »
La vie de Maxime Lisbonne est tellement dense, intense, qu’il est bien difficile de la résumer en quelques phrases.
Engagé alors qu’il n’avait pas 16 ans dans la marine de Napoléon III, il se découvre une passion pour le théâtre dans la petite troupe des Zouaves (il fallait bien distraire les troupes). Libéré de son premier engagement, il signe de nouveau dans les chasseurs à pied pour 7 ans. Il finira dans la première compagnie des fusiliers de discipline suite à un café brulant jeté à la figure d’un gradé qui l’insultait. 1866, il est de retour à Paris. Avec son petit pécule accumulé pendant ses campagnes militaires, il loue une salle près du canal Saint Martin et met en scène des pièces.
La fin de l’empire est proche. La popularité de Napoléon III et de son entourage est au plus bas. Le régime est de plus en plus brutal et la colère gronde dans le peuple. Bismark avait besoin d’une guerre pour unifier son peuple, et Napoléon III voulait une menace extérieure pour faire taire l’opposition de la population notamment parisienne. Le 13 juillet 1870, la fausse dépêche d’Ems fera l’affaire.

Le 1er septembre, la France est défaite à Sedan.
A travers ce roman, on observe la mainmise des politiciens de métier sur le peuple ; les tergiversations et le manque de coordination ont plombé dès le départ les chances de réussite de la Commune. C’est une période très courte mais très intense de l’histoire de France (que l’on n’apprend jamais à l’école). Et à travers le regard de Maxime Lisbonne, on comprend le destin tragique de ce projet politique.
Nommé colonel pendant la Commune, il va payer cher son engagement politique. Condamné à mort, il voit sa peine commuée en peine de travaux forcés à perpétuité assortie de la déportation dans une enceinte fortifiée : ce sera la Nouvelle Calédonie.
Artiste, homme d’affaires, journaliste… ce roman se lit comme un roman d’aventures. D’ailleurs, s’il ne s’agissait pas d’une histoire vraie, on se dirait que l’auteur à trop d’imagination. Tout  est extrêmement bien documenté. Je vous recommande notamment Le chapitre 2 : les cimetières sucrés : vous ne verrez plus le sucre raffiné de la même façon.
On retrouve dans ce roman historique les deux thèmes de prédilection de l’auteur : la thématique sociale et l’enquête historique sur un passé travesti ou caché. Un très bon roman historique et une très belle biographie de Maxime Lisbonne.
Citations
« Feu partout ! Feu sur les ministres vendus et prévaricateurs qui ont encore l’impudence de faire causer Ferry. Feu sur les députés qui nous ont trahis. »
« Ce railleur, ce farceur, ce cabotin colonel se montra l’un des plus vaillants, à une époque où le courage courait les rues. Ses compagnons l’avaient surnommé « le Murat de la République », comme le héros des cavaleries impériales, Lisbonne se plaisait à caracoler au milieu des balles. »
« Si nous n’avons pas entre les mains des fusils Lebel, nous sauront trouver à bon marché, même à crédit, une cartouche de dynamite assez forte, au cas où tu essaierais de nous escamoter la République, pour te faire sauter du haut de la tour Eiffel. »

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