Roman historique

DE CASTRO EVE- La femme qui tuait les hommes


L’HISTOIRE
Jeanne, une couturière octogénaire, vit seule à Paris dans un petit réduit sous les toits. Elle a deux marottes : la collection de coupures de journaux concernant les faits divers sordides et s’asseoir au milieu du quai de la ligne 8 près du distributeur de friandises. Son destin va basculer quand une jeune inconnue malheureuse (Lucie) s’assied à ses côtés. Elle lui donne la clé de l’appartement de son ancien amant pour qu’elle la lui rende. Jeanne accepte cette mission.
LE ROMAN
Deux histoires évoluent en parallèle : Jeanne qui va tout mettre en œuvre pour remplir sa mission et celle de Léna, une terrible justicière évoluant dans la Russie prérévolutionnaire.
La rencontre de Jeanne et de Lucie bouleverse le lecteur. Une tendresse folle exsude de ce passage : « Lucie la regarde, gris, fripée, oubliée de tous. Elle s’accroupit. Elle prend le visage de la vieille dame entre ses deux mains et longuement, comme une mère fait à son enfant au moment du coucher, elle l’embrasse à la naissance des cheveux… Jeanne ferme les yeux et pose sa main sur son front pour retenir le baiser. »
Ce simple moment a ramené Jeanne parmi les vivants. Et c’est le « fameux point de bascule », l’instant qui fait que votre vie ne sera plus comme avant.
Férue de faits divers, Jeanne a « une bibliothèque spécialisée dans les passions humaines » incroyables.
Tout en menant à bien sa mission pour rendre la clé confiée par Lucie, notre vieille dame va mener des recherches sur Léna, fervente adoratrice de Lenine commet 272 meurtres pour lui plaire. Elle a choisi de tuer les hommes violents avec leurs épouses et leurs enfants. Elle tue gratuitement mais aussi sur commande. L’auteure parvient à nous immerger au coeur de la Russie tsariste, au point que l’on pourrait croire que l’on est en train de lire un roman russe !
L’histoire nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Et ce qui est incroyable, c’est cette héroïne de 80 ans, « Cheveux blancs, sourcils blancs, face lunaire…. Parcheminée et d’une pâleur d’endive poussée en cave. Même ses iris ont une couleur étrange, peut-être pas de de couleur du tout. » Cette vieille dame, on ne veut plus la quitter. Elle est comme un roseau : les épreuves de la vie ont glissé sur elle tout en laissant leur empreinte.
L’écriture sans pathos, sans jugement, des vies rudes de Jeanne et Léna, empoigne le lecteur et ne le lâche plus. Elle est aussi feutrée comme les petits pas de Jeanne avec ses chaussons de laine, mais il faut se méfier de l’eau qui dort.
L’AUTEUR
Eve de Castro, née en 1961 est une écrivaine française, lauréate du Prix des libraires en 1992, prix des Deux-Magots, prix Maurice Genevoix 1998.

Elle est diplômée de Sciences Po et a fait des études de droit international et d’histoire avant de s’orienter vers l’écriture.

Scénariste et journaliste, Ève de Castro est critique au “Figaro Littéraire“ depuis 1998.

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