Roman historique

DECOIN DIDIER – Le bureau des jardins et des étangs

Japon 12e siècle : suite au décès de Katsuko le fournisseur des étangs sacrés de la cité impériale, sa jeune veuve doit le remplacer pour porter les carpes pêchées dans la rivière Kusagawa, à la cour. C’est une mission importante pour l’avenir du village ; l’approvisionnement de carpes exceptionnelles pour les étangs de la cour impériale gratifie le village de Shimae d’une presque totale exemption de taxes. Dévorée par le chagrin, Miyuki entreprend ce périple comme un dernier hommage à son défunt époux, afin de retrouver un peu de lui dans chaque étape.

Ce voyage sera semé d’embuches et de déconvenues. Mais ainsi que l’énonce le bonze rencontré dans un petit temple où elle a fait une halte : « il y a toujours du sens à continuer d’agir comme on doit ,.. même si l’on croit que cela ne sert plus à rien. »
A travers ce voyage initiatique nous appréhendons les conditions de vie des femmes du monde rural et aussi les rapports panthéistes des Japonais au monde. On y célèbre la divinité de la nature avec ses lois et forces. « Tandis que votre mari vivait, reprit le maître du sanctuaire, tous ses actes ont été comme autant de petites graines qui ont fondé son karma. Or le karma, lui, persiste après que nos vies se sont éteintes, et les semences qui le constituent, parce qu’elles sont des actions issues de la personne qui les a accomplies, et donc extérieures à elle, continuent à pousser quand la vie de cette personne s’interrompt. »

Elle va devoir se confronter à la vie très codifiée de la cour impériale. Deux mondes s’opposent : les gens du peuple et les élites vivant dans un luxe inouï,  avec un ensemble de règles qui organisent la vie de la famille impériale, des courtisans et du personnel qui les entoure. L’étiquette s’occupe  de la « vie privée » (bien que continuellement en public) du monarque, et de son entourage.
C’est aussi tout un monde d’odeurs, de couleurs, de sensations que l’auteur fait vivre à travers ce texte voluptueux. « Aussitôt des souvenirs de fragrances d’exception lui revinrent, qu’il se mit à mélanger dans sa tête : kansho, saussurea, nardostachys jatamansi, …. »
Un livre dépaysant.

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