Roman contemporain

DELACOURT GREGOIRE – La femme qui ne vieillissait pas

L’HISTOIRE
Jusqu’à ses 13 ans, Betty est une petite fille insouciante, même si le retour de la guerre d’Algérie de son père avec une jambe en moins assombrit parfois la vie de la famille. « Il vitrait les silences comme on referme des cicatrices. Maman était belle. Elle rentrait parfois les joues rouges. Alors Long John Silver cassait une assiette ou un verre, puis s’excusait de sa maladresse en pleurant, avant de ramasser les éclats de son chagrin. »
Le malheur la happe quand sa mère est renversée par un chauffard et décède à l’âge de 35ans. « Je croyais qu’elle était immortelle. A 13 ans, j’ai vieilli d’un coup. »
Cette blessure ne se refermera jamais : « Maman me manquait, ses bras, son souffle, j’étais orpheline de chaque pore d’elle, de chaque cheveu, de chaque syllabe qu’elle n’avait pas eu le temps de m’offrir… »
Elle fait des études, se marie. Mais à 35 ans, elle s’aperçoit que son aspect extérieur est le même qu’à 30 ans. Son organisme suit son cours biologique, seul son apparence semble inaltérable. Et ce que l’on croit être une bénédiction, va se révéler être le contraire, une malédiction.
LE ROMAN
L’écriture rapide et hachée donne du rythme au roman. En peu de mots, l’auteur parvient à saisir les situations. J’ai beaucoup aimé notamment quand il parle de la profession exercé par les parents du mari de Betty, des agriculteurs : » Vingt hectares de culture fourragère. Quelques bêtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usées, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannée, un vieux cuir craquelé. »
On retrouve cette économie de mots quand Betty apprend qu’elle ne semble pas vieillir :
« J’ai su le chaos qui s’annonçait.
J’ai su la joie et la sidération à venir.
J’ai su la chance et la damnation.
C’était fascinant et effrayant à la fois. »
On retrouve là tout le talent du publicitaire qui sait en quelques mots transmettre des émotions.
Je n’ai pas été happée par les premières pages de ce livre. Notre héroïne y décrit sommairement toutes ses années d’enfance : taille, poids…. Détails qui au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire apparaissent important. En effet, ils démontrent bien que rien ne la distinguait au départ. Elle était une enfant comme les autres. Ce qui m’a fait finir ce livre, plus que l’histoire, c’est la facilité de l’auteur à nous faire vibrer à travers les mots.
C’est une belle réflexion sur la vieillesse :
« Vieillir, c’est voir se réduire notre place sur la Terre, se rabougrir nos ombres. C’est finir par ne plus être vue. »
L’AUTEUR
Grégoire Delacourt est écrivain et publicitaire. On lui doit ces fameux slogans: « Vous n’aviez jamais mangé de camembert » (Cœur de Lion), « Nous vous devons plus que la lumière » (EDF), « Un Lutti d’offert, c’est un Lutti de perdu » (Lutti). Il a maintes fois été récompensé pour son travail.

« L’écrivain de la famille » paru en 2011 est son premier roman et il a reçu de nombreux prix.
Interview : les interviews décalées d’Aurélie.

Grégoire Delacourt


« je ne sais pas. Il faudrait demander aux autres. Chacun, je pense, a ses moteurs, ses ailes, ses rêves. Je ne suis pas sûr, en ce qui me concerne, que ce soit avant tout la recherche d’amour. Mais celle du sentiment d’être vivant. Ecrire, c’est chercher l’indicible. Retrouver les frayeurs premières ; les apprivoiser. Et puis donner les clés aux autres. Faire des cadeaux. J’aime bien ça, quand mon texte est reçu comme un cadeau. »

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