Roman historique

Madame Vérité ou la conspiration des étoiles – ECLIMONT CHRISTIAN-LOUIS

Marie-Anne Lenormand est une jeune orpheline délaissée par son beau-père et maltraitée par sa belle-mère. Pour faire face à un quotidien morose et hostile, elle se réfugie dans l’imaginaire. Elle fait siennes les légendes contées, particulièrement une vieille superstition voulant que l’âme d’un bébé mort passe dans l’enfant recevant le même nom que l’enfant mort. Et effectivement, elle avait reçu le même prénom qu’une sœur aînée morte quelques heures après sa naissance le 16 septembre 1768 à Alençon.
Elle est persuadée d’avoir un don de voyance ; elle prédit l’éviction de l’abbesse du couvent où elle a été placée et le nom de sa remplaçante. Cela lui apporte une petite notoriété et une expulsion.
1786, elle part tenter sa chance à Paris. Elle s’intéresse toujours à la voyance, mais ce qu’elle veut par-dessus tout c’est devenir actrice. Malheureusement, Elle n’est pas jolie, ni bien faite. Malgré plusieurs tentatives, ce sera un échec.
Par ailleurs, la carrière de la future « sibylle du faubourg Saint Germain » commence bien mal. Elle est entraînée dans une réunion de nécromanciens en 1786.
(J’ai retrouvé le cimetière des Innocents que l’on vide cette année-là. En effet, j’ai lu il y a quelques temps « dernier requiem des Innocent » ; dans ce roman, on voyait le chantier de l’intérieur. Ici, ce sont les cortèges annoncés par les oraisons des prêtres qui traversent Paris. « Des morceaux de cadavres décomposés versaient des tombereaux »).
A l’occasion d’un convoi, les nécromanciens se réunissent. C’est un piège. Marie Anne est dupée. Elle se trouve obligée de travailler avec la police pour éviter une condamnation.
Elle a un talent : elle sait amadouer les gens, les amener là où elle veut. Cela va faire son succès comme vendeuse de tissus puis comme prophétesse. En effet, par un coup du destin, elle prédit l’ascension de la future Joséphine de Beauharnais alors qu’elle n’est même pas mariée à Napoléon. Cette prédiction va faire sa fortune sous le Directoire.
J’ai adoré les 7 premiers chapitres de ce livre. Ils sont riches en événements. L’écriture met en relief les mouvements et les couleurs de l’histoire, le tout façonné par un vocabulaire minutieux et rare. C’est un vrai plaisir de lire ces pages. Un petit bémol, je me suis un peu plus ennuyée à partir du moment où elle devient célèbre. Elle apparaît principalement comme quelqu’un d’intéressé, moins empathique qu’au début du livre. Cela doit venir de ses illusions perdues. L’âge venant, on perd ses illusions.
Mais c’est tout de même un livre qui donne un éclairage nouveau à l’histoire de France. C’est fascinant cette manie des gens de pouvoir de vouloir être rassuré par de la poudre de perlimpinpin.
CITATIONS
« Quant à moi, mes chers adeptes, le soin de ma réputation scientifique ne m’occupe nullement ; je veux seulement vous prouver que je ne me sers parfois de l’ascendant d’une volonté libre et forte sur un esprit faible et irrésolu, que pour ramener certains consultants à l’unions et à la félicité royale. » Mlle Lenormand, souvenirs d’une sibylle (1814)
« A cheval sur la rentabilité, celle-ci répertoriait en deux catégories ses consultants : ceux contentés par une orientation, et ceux désireux de détails, pénibles, mais assidus, et donc, meilleurs clients ».

 

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