Science-fiction

FERRIC Franck – Trois oboles pour Charon

Un homme nu, immense, l’Ours d’Homme se relève et s’aperçoit qu’il est sur un champ de bataille. Il voit son reflet dans la rivière : il est borgne, « une pièce de monnaie usée est rivetée à l’os de sa pommette et de son arcade ». Sa mémoire est éclatée. Il rencontre un vieil homme dans une maison en ruine qui lui apprend qu’il est en Germanie où une bataille entre les autochtones et Rome vient de se dérouler. Ce dernier devient hystérique en découvrant un tatouage sur son épaule : « Legio XIII Gemina », qui fait référence à un corps d’armée disparu il y a un demi-siècle.
On le retrouve au chapitre suivant, obligé de défendre Irminsul, l’arbre monde des Saxons, face à l’armée franque en 772. Il traverse ainsi l’histoire au gré des conflits armés.
LE ROMAN
La religion grecque antique ignorait la notion de péché du christianisme.
Il n’en reste pas moins que l’hybris constitue la faute fondamentale dans cette civilisation. Les hommes sont dotés à leur naissance un destin, c’est le lot, la part de bonheur ou de malheur, de fortune ou d’infortune, de vie ou de mort, qui échoit à chacun en fonction de son rang social. Or, l’homme qui commet l’hybris est coupable de désirer plus que ce que la juste mesure du destin nous a attribué.
Rivaliser avec les dieux, entraîne de terribles punitions de la part de ces derniers.
Et on est toujours puni par là où l’on a fauté.
C’est ce qui arrive à notre héros. En ayant voulu échapper à l’absurdité de l’existence et aux aléas du destin, il a offensé les dieux qui l’ont condamné à traverser les âges du monde, aux milieux de conflits armés. Ils l’ont condamné à l’immortalité, un don réservé aux dieux. Un simple mortel en devient fou : « la prise de conscience de n’être qu’un rat pris dans un piège trop compliqué et trop vaste pour pouvoir être appréhendé par sa cervelle » le rend fou. C’est un désir pourtant toujours présent chez l’homme.  Actuellement, les scientifiques  cherchent à fabriquer  un homme modifié qui justement atteindrait cet idéal : être immortel. Un idéal qui pourrait bien être la fin de l’humanité.
C’est une magnifique épopée à travers les âges. L’auteur nous prévient dès le départ : « lecteurs hypothétiques de ces mémoires rêvées : voici tout ce que je sais de l’aberrante poésie du monde. Mais attention à vous. La poésie, parfois, ça griffe, ça mord, ça cogne. Et c’est même un peu sale. »
L’écriture est lyrique. Le texte est empreint de philosophie : « tu serais condamné à vivre à l’échelle de l’éternité les répétitions humaines et triviales que tu avais cherché à fuir. » Toutefois, le rythme de l’histoire est soutenu. Traverser l’histoire « en compagnie du seul mortel qui ait jamais dupé les dieux » est un régal.
On apprend le nom du héros, seulement à partir de la deuxième partie du roman, même si on s’en doute dès le départ.
L’AUTEUR
Nouvelliste, diplômé en histoire, Franck Ferric a publié dans diverses revues culturelles et anthologies de littératures dites de l’imaginaire, notamment aux éditions de l’Oxymore, Nuit d’Avril et récemment dans le magazine Elegy.

il est fasciné par la limite ténue qui sépare la raison de la folie, par les déserts et les villes, et par la matière dont sont modelés les rêves et les cauchemars.
Voici son site : http://blackflag-whitebeer.blogspot.fr/

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