Poésie

François Malherbe

Portrait de François de Malherbe, en buste, de 3/4 dirigé à gauche, dans une bordure ovale / [estampe]. Source : gallica.bnf.fr
François de Malherbe naquît en à Caen en 1555. Il mourut à Paris en 1628. Il a marqué son temps de manière considérable : l’expression de doctrine poétique à son endroit est tout indiquée. Il fut poète officiel de 1605 à sa mort, sous le règne de Louis XIII.

Indications bibliographiques : Il fait des études de droit mais préfère l’épée à la robe et accompagne le duc d’Angoulême en Provence en 1576. Le duc meurt en 1586, alors que Malherbe a pris conscience de sa vocation littéraire. Il cherche donc un nouveau protecteur, en vain! Les Larmes de saint Pierre à Henri III en 1587, puis son Ode à la reine à Marie de Médicis en 1600 sont dédaignés. Finalement, Henri IV (1553-1610) lui accorde une audience en 1605, et, charmé par La prière du roi allant en Limousin, le retient à la cour.

Qui était François Malherbe ? Un homme orgueilleux, et conformiste. Mais il n’était en rien flagorneur : lorsqu’il écrit son Ode à la reine en 1600, la Prière pour le Roi Henri le Grand allant en Limousin (1605), ou le Sonnet. Au roi (Louis XIII) (1627), il croit fermement en ce qu’il raconte. Sa poésie toutefois reste une poésie de circonstance. 

La poésie selon Malherbe. Il n’a pas écrit d’Art poétique. Mais des éléments épars (remarques acerbes faites aux œuvres de Desportes, et les boutades rapportées par Racan, ainsi que ses corrections) révèlent la nécessité de la rigueur, de la clarté, de l’harmonie. Il appauvrit le langage (enrichit auparavant par la Pléiade) : pour lui le poète doit avoir une langue pure. Sont exclus :
– les provincialismes
– les archaïsmes
– les mots composés
– les mots dérivés
– les mots bas

Quant à la poésie, exit les enjambements, il exige la coupe à l’hémistiche. Hors de question de faire rimer des mots de même famille, et nécessité d’alterner les rimes féminines et masculines. Inutile d’alourdir le poème de chevilles qui n’apportent rien au sens, et exclusion des vers monosyllabiques. Exclusion des hiatus…

Conclusion, selon les mots de Jean-Jospeh Julaud[1] : « Il met la rigueur à l’ordre du jour, de tous ses jours, jusqu’à sa mort ! Rigueur pour le vocabulaire qu’il expurge de centaines de mots jugés inélégants ou trop populaires. Rigueur dans l’écriture de la poésie qui se trouve chargée de codes supplémentaires afin que le vers s’inscrive dans le marbre du temps ! Rigueur partout ! »

Sonnet. Au roi [Louis XIII] (1627)

Qu’avec une valeur à nulle autre seconde,
Et qui seule est fatale à notre guérison,
Votre courage mûr en sa verte saison
Nous ait acquis la paix sur la Terre et sur l’onde ;

Que l’hydre de la France en révoltes féconde,
Par vous soit du tout morte, ou n’ait plus de poison,
Certes, c’est un bonheur dont la juste raison
Promet à votre front la couronne du monde.

Mais qu’en de si beaux faits vous m’ayez pour témoin,
Connaissez-le mon bon roi, c’est le comble du soin
Que de vous obliger ont eu les destinées.

Tous vous savent louer, mais non également:
Les ouvrages communs vivent quelques années ;
Ce que Malherbe écrit dure éternellement.

 

Consolation à Monsieur du Périer, gentilhomme d’Aix-en-Provence, sur la mort de sa fille

Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront toujours

Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n’ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.

[1] JEAN-JOSEPH JULAUD, La littérature française pour les nuls, 2006, Condé-sur-Noireau, First Editions.

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