Eloquence

GARCÍA LORCA Frederico _ Jeu et théorie du Duende

“De modo sencillo, con el registro en que mi voz poética no tiene luces de madera ni recodos de cicutas ni ovejas que de pronto son cuchillos de ironía, voy a ver si puede daros una sencilla lección sobre el espíritu oculto de la dolorida España.”

« Avec simplicité, selon le registre où ma voix poétique n’a pas les lumières de bois, ni les méandres de la cigüe, ni de moutons qui brusquement deviennent des couteaux d’ironie, je vais voir si je peux vous donner une leçon simple sur l’esprit caché de la douloureuse Espagne. »

 

Jeu et théorie du Duende est une conférence prononcée par García Lorca entre 1933 et 1934, à Buenos Aires et à Montevideo. Les éditions Allia l’ont publié en juin 2017 : cette édition renferme le texte tel qu’édité par Christophe Maurer (Madrid, Alianza, 1984) et une traduction inédite par Line Amselem.

 

Qu’est-ce que le Duende ? Le mot est issu du celte, doñeet, degneet, qui veut dire « domestique », et en espagnol « dueño de la casa ». Il n’existe pas d’équivalent du mot en français, mais on pourrait s’approcher du contenu de ce mot en pensant aux lares romains. Ceci dit, deux autres acceptions du duende existent : ce peut être un chardon très sec et épineux d’Andalousie ou encore le charme du flamenco.

Cette notion est d’autant plus difficile à saisir que García Lorca lui-même ne la définit pas. Il n’arrive qu’à l’exemplifier et à lui donner un sens en négatif : le duende n’est ni un ange, ni une muse.

 

  • Que fait l’ange ?

“El ángel guía y regala como san Rafael, defiende y evita como San Miguel, anuncia et previene como San Gabriel. El ángel deslumbra, pero vuela sobre la cabeza del hombre, está por encima, de rama su gracia, y el hombre sin ningún esfuerzo realiza su obra o su simpatía o su danza.”

“L’ange guide et soigne, comme saint Raphaël, il défend et protège, comme saint Michel, il annonce et prévient comme saint Gabriel. L’ange éblouit, mais il vole au-dessus de la tête de l’homme, il est par-dessus, il déverse sa grâce, et l’homme, sans aucun effort, réalise son œuvre, exerce sa sympathie ou exécute sa danse. »

 

  • Que fait la muse ?

“La musa dicta y en algunas ocasiones sopla. Pero relativamente poco, porque ya está lejana y tan cansada (yo la he visto dos veces), que tuvieron que poner medio corazón de mármol. Los poetas de musa oyen voces y no saben dónde pero son de la musa que los alienta y a veces se los merienda. Como el caso de Apollinaire, gran poeta destruido por la horrible musa con que le pinto el divino, angélico Rousseau.”

« La muse dicte et, à certaines occasions, elle souffle. Elle a relativement peu de pouvoir, parce qu’elle est déjà lointaine (moi-même, je l’ai vue deux fois) et elle est tellement fatiguée qu’on a dû lui mettre un demi-cœur de marbre. Les poètes à muse entendent des voix et ils ne savent pas d’où elles viennent, mais ce sont les cris de la muse qui les encourage et quelquefois les croque tout crus, comme ce fut le cas d’Apollinaire, grand poète détruit par l’horrible muse avec laquelle l’angélique et divin Rousseau le peignit. »

 

  • L’ange et la muse face au duende :

“Ángel y musa vienen de fuera; el ángel da luces y la musa formas. (Hesíodo aprendió de ellas.) Pan de oro o pliegue de túnica, el poeta recibe normas en su bosquecillo de laureles. En cambio, al duende hay que despertarlo en las ultimas habitaciones de la sangre.”

“L’ange et la muse viennent du dehors; l’ange donne des lumières et la muse des formes. (Hésiode a beaucoup appris d’elle.) Pain d’or ou pli de tunique, le poète reçoit des normes dans son bosquet de lauriers. En revanche, le duende, il faut le réveiller dès les dernières demeures du sang. »

 

 

  • Où rencontre-t-on le duende?

“Todas las artes son capaces de duende, pero donde encuentra más campo, como es natural, es en la música, en la danza, y en la poesía hablada ya que estas necesitan un cuerpo vivo que interprete, porque son formas que nacen y mueren de modo perpetuo y alzan su contornos sobre un presente exacto.”

« Tous les arts peuvent accueillir le duende, mais là où il trouve le plus d’espace, bien naturellement, c’est dans la musique, dans la danse, et dans la poésie déclamée, puisque ces trois arts ont besoin d’un corps vivant pour les interpréter, car ce sont des formes qui naissent et meurent de façon perpétuelle et dressent leurs contours sur un présent exact. »

 

  • Le sentiment du duende

“Así pues, el duende es un poder y no un obrar, es un luchar y no un pensar.”

« Ainsi donc, le duende est dans ce que l’on peut et non dans ce que l’on fait, c’est une lutte et non une pensée. »

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