Roman 2017

GUEORGUIEVA ELITZA – Les cosmonautes ne font que passer

Le roman commence avec l’entrée à l’école d’Elitza, à Sofia en Bulgarie. La petite fille raconte son quotidien. Né en 1982, elle avait sept ans quand le mur de Berlin est tombé.

C’est une autofiction ou aussi « roman personnel ». Il s’agit du croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur et un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci.
Avec un regard malicieux et faussement innocent, l’auteure raconte le quotidien des Bulgares avant et après la chute du mur de Berlin, à travers son expérience d’enfant et d’adolescente.
Le titre synthétise bien cet avant et après l’emprise du communisme.
Youri Gagarine, héros de la formidable avancée scientifique russe en matière spatiale, était le saint Graal pour tous les petits garçons. On peut comparer ce phénomène d’identification à celui des petits garçons français pour les footballeurs. L’auteure prend en exemple son grand-père qui commentant un film sur la conquête spatiale soviétique, déclare : « Iouri ne perd pas le moral ni l’aptitude à la communication, et encore moins le sens du devoir envers la Patrie… ».
Avec un ton espiègle, Elitza décrit la méfiance qui règne même dans les familles. Voici comment ses parents communiquent quand ils ne veulent pas qu’elle entende : « Tes parents s’enferment dans la salle de bains de plus en plus souvent pour se raconter des blagues. Tu n’entends pas tout car ils laissent couler l’eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément…. Une heure et demie plus tard, la baignade est enfin terminée : tes parents sortent de la salle de bain des serviettes à la main, bien qu’ils soient secs et toujours habillés… ».
Après la chute du mur de Berlin, les symboles communistes disparaissent : « ton école ne s’appellera plus Iouri Gagarine, … l’école s’appelle désormais Vassil Zlatarov, historien ou médecin, dont tout le monde apprend brusquement l’existence. » Les difficultés économiques s’aggravent et toute une culture occidentale envahit le pays.
On peut faire un parallèle entre le pays qui apprend à vivre sans l’emprise soviétique et Elitza qui s’achemine vers l’âge adulte avec des repères mouvants.
C’est un roman à découvrir et je vais d’ailleurs reprendre la phrase de la quatrième de couverture : « voir comment le politique pénètre la vie des individus, détermine leurs valeurs, imprègne leurs rêves, et de quelle manière y résister ».

J’ai eu la chance de rencontrer l’auteure à la médiathèque Albert Camus de Sevran (93). Elle expliquait que son livre avait été bien reçu en Bulgarie et que c’était une chance. En effet, ce sujet est très souvent abordé, comme ici les livres sur mai 68 et qu’il est difficile de sortir du lot.
Elle travaille actuellement sur un second roman.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.