Roman historique

HUGO VICTOR – Quatrevingt-treize

RESUME : ce roman se compose de trois parties.

L’histoire se déroule en mai 1793. La Convention a envoyé des bataillons en Vendée défaire les partisans  de la monarchie, dont le représentant en Bretagne est le marquis de Lantenac. Il se confronte durant tout le roman à Cimourdain, prêtre, qui le cherche pour le faire guillotiner.

PARTIE I : En mer.

Un bateau a quitté les côtes anglaises et se dirige vers la Bretagne. Le marquis de Lantenac voyage incognito parmi les autres passagers. Il découvre qu’il est recherché. Un mendiant le cache en échange de sa parole : il ne tuera personne.

Il reprend la route et rencontre un groupe de paysans. Ensemble, ils fusillent et brûlent un groupe de républicains. Le mendiant découvre le massacre et comprend son erreur : il n’aurait pas dû apporter son aide à cet assassin. Une mère à qui on a enlevé ses trois enfants, survit à cette attaque.

PARTIE II : A Paris

Contextualisation : on assiste à la joute verbale entre Marat et Robespierre accompagné de Danton.

PARTIE III : En Vendée

Cimourdain retrouve le marquis réfugié dans la tour de la Tourgue. Il l’assiège et finit par y mettre le feu. Le marquis parvient à s’échapper mais au moment où il est sur le point de prendre la fuite, il entend le cri désespéré de la mère. Elle voit ses enfants enfermés dans la tour en feu. Le marquis fait alors demi-tour et sauve les trois enfants. Cimourdain en profite pour le capturer. Le neveu du marquis, républicain,  le libère et prend sa place en prison. Il est guillotiné. C’était le meilleur camarade de Cimourdain : inflexible, ce dernier a laissé la condamnation suivre son cours. Il se suicide alors que le couperet tombe.

LE ROMAN

En 93, une république légitime voit se lever contre elle, une partie du peuple. Cela va amener une répression sanglante.

«Dans les derniers jours de mai 1793, un des bataillons parisiens amenés en Bretagne par Santerre fouillait le redoutable bois de la Saudraie en Astillé. On n’était pas plus de trois cents, car le bataillon était décimé par cette rude guerre. C’était l’époque où, après Argonne, Jemmages et Valmy, du premier bataillon de Paris, qui était de six cents volontaires, il restait vingt-sept hommes, du deuxième trente-trois, et du troisième cinquante-sept. Temps des luttes épiques. »

« Le 28 avril, la commune de Paris avait donné aux volontaires de Santerre cette consigne : point de grâce, point de quartier. A la fin de mai, sur les douze mille partis de Paris, huit mille étaient morts. »

Un des fils conducteurs du roman est Michelle Fléchard et ses trois enfants. C’est une paysanne ignorante, superstitieuse qui fuit avec ses trois enfants. Ils vont être adoptés par un bataillon républicain, alors qu’ils étaient du côté des royalistes.

«Une veuve, trois orphelins, la fuite, l’abandon, la solitude, la guerre grondant tout autour de l’horizon, la faim, la soif, pas d’autre nourriture que l’herbe, pas d’autre toit que le ciel. »

Hugo pose tout au long de ce livre le statut de la violence révolutionnaire.

« La lutte s’engagea. Lutte inouïe. Le fragile se colletant avec l’invulnérable. Le belluaire de chair attaquant la bête d’airain. D’un côté une force, de l’autre une âme. »

« Qu’est-ce que cela, la loi ? On peut donc être dehors. Je  ne comprends pas. Quant à moi, suis-je dans la loi ? Suis-je hors la loi ? Je n’en sais rien. Mourir de faim, est-ce être dans la loi ? »

« Une fumée, l’épaisseur et la couleur d’une fumée, c’est toute la différence entre la paix et la guerre, entre la fraternité et la haine, entre l’hospitalité et le sépulcre, entre la vie et la mort. »

Hugo fait revivre ce Paris révolutionnaire, qui espérait changer le monde.

« On vivait en public, on mangeait sur des tables dressées devant les portes, les femmes assises sur les perrons des églises faisaient de la charpie en chantant la Marseillaise, le parc Manceau et le Luxembourg étaient des champs de manœuvre, il y avait dans tous les carrefours des armureries en plein travail, on fabriquait des fusils sous les yeux des passants qui battaient des mains ; on n’entendait que ce mot dans toutes les bouches : Patience. Nous sommes en révolution. »

« Mais en 93, où nous sommes les rues de Paris avaient encore tout l’aspect grandiose et farouche des commencements. Elles avaient leurs orateurs, valet qui promenait une baraque roulante du haut de laquelle il haranguait les passants, leurs héros, dont un s’appelait « le capitaine des bâtons ferrés. », leurs favoris, Guffroy, l’auteur du pamphlet Rougiff. Quelques-unes de ces popularités étaient malfaisantes ; d’autres étaient saines. Une entre toutes était honnête et fatale ; c’était celle de Cimourdain. »

Cimourdain :

« Ses parents, paysans en le faisant prêtre, avaient voulu le faire sortir du peuple ; il était rentré dans le peuple. »

Il est aussi inflexible que Robespierre :

« Cimourdain était une conscience pure, mais sombre. Il avait en lui l’absolu. »

Hugo a imaginé une rencontre entre Marat, Danton et Robespierre : trois géants, trois figures irréconciliables.

(Marat) :

  «-Ah ! cria-t-il, ah ! Robespierre ! ah ! Danton ! Vous ne voulez pas m’écouter ! eh bien, je vous le dis, vous êtes perdus. Votre politique aboutit à des impossibilités d’aller plus loin ; vous n’avez plus d’issue ; et vous faites des choses qui ferment devant vous toutes les portes, excepté celle du tombeau.[…]Et quant à toi Robespierre, tu es un modéré, mais cela ne te servira à rien. Va, poudre-toi, coiffe-toi, brosse-toi, fais le faraud, aie du linge, sois pincé, frisé, calamistré, tu n’en n’iras pas moins place de Grêve ; lis la déclaration de Brunswick ; tu n’en seras pas moins traité comme le régicide Damiens, et tu es tiré à quatre épingles en attendant que tu sois tiré à quatre chevaux. 

Il rend hommage à la générosité utopique qui présidait la Convention.

« La Convention est le premier avorteur du peuple. C’est par la Convention que s’ouvrit la grande page nouvelle et que l’avenir d’aujourd’hui commença. »

« La Convention promulguait ce grand axiome : la liberté du citoyen finit où la liberté d’un autre citoyen commence ; ce qui résume en deux lignes toute la sociabilité humaine. »

« Et tout cela, servitude abolie, fraternité proclamée, humanité protégée, conscience humaine rectifiée, loi du travail transformée en droit et d’onéreuse devenue secourable, richesse nationale consolidée, enfance éclairée et assistée, lettres et sciences propagées, lumière allumée sur tous les sommets, aide à toutes les misères, promulgation de tous les principes, la Convention le faisait, ayant dans les entrailles cette hydre, la Vendée, et sur les épaules ce tas de tigres, les rois. »

Le final de ce roman est très fort. Il met face à face la république que se défigure dans le légalisme à travers Cimourdain, et la liberté au risque de la mort.

« Gauvain sentait tout vaciller en lui. Ses résolutions les plus solides, ses promesses les plus fermement faites, ses décisions les plus irrévocables, tout cela chancelait dans les profondeurs de sa volonté.

« Il y a des tremblements d’âme. Plus il réfléchissait à ce qu’il venait de voir, plus il était bouleversé. »

Gauvain, républicain, croyait être, et était, dans l’absolu. Un absolu supérieur venait de se révéler.

« Au-dessus de l’absolu révolutionnaire, il y a l’absolu humain. »

En effet, Cimourdain veut guillotiner le marquis de Lantenac, qui s’est sacrifié pour sauver les trois enfants détenus en otage.

« Cimourdain, c’est-à-dire 93, tenait Lantenac, c’est-à-dire la monarchie, et il se trouverait quelqu’un pour ôter de cette serre de bronze cette proie ! Lantenac, l’homme en qui se concentrait cette gerbe de fléaux qu’on nomme le passé, le marquis de Lantenace était dans la tombe, la lourde porte éternelle s’était refermée sur lui, et quelqu’un viendrait du dehors, tirer le verrou ! »

Gauvain s’est substitué au marquis pour le sauver. Cimourdain, inflexible, le condamne à la peine de mort. Or, il y a une sorte de lien filial entre les deux hommes, comme une paternité adoptive. Aussi, alors que la tête de Gauvain tombe dans le panier, Cimourdaint commet l’irréparable.

« Cimourdain venait de saisir un des pistolets qu’il avait à sa ceinture, et, au moment où la tête de Gauvain roulait dans le panie, Cimourdain se traversait le cœur d’une balle. Un flot de sang lui sortit de la bouche, il tomba mort. Et ces deux âmes, sœurs tragiques, s’envolèrent ensemble, l’ombre de l’une mêlée à la lumière de l’autre. »