Essai

Intelligence dans la nature – Jeremy Narby

Les plantes sont-elles capables d’intelligence? C’est la question à laquelle tente de répondre cet essai, écrit à la manière d’un carnet de voyage par Jeremy Narby.

Jeremy Narby est un anthropologue canadien diplômé de l’université de Stanford (Californie). Il a passé plusieurs années dans la forêt amazonienne péruvienne et s’investit aujourd’hui auprès de l’organisation d’entraide Nouvelle Planète pour la défense des peuples indigènes. Il vit actuellement dans le Jura.

 

« Le fait qu’une seule cellule de mucus jaunâtre réussisse à trouver la solution d’un labyrinthe ne confirme-t-il pas que l’édifice de la vie dans sa totalité est porteur d’intelligence ?»

Dans son livre Intelligence de la Nature, nous voyageons entre cette fameuse Amazonie péruvienne, le sud de la France et le Japon tentant de déterminer si le concept d’intelligence peut s’appliquer aux plantes.

 

« On devrait se méfier d’une définition valorisant celui qui la rédige au détriment de ses concurrents […] ».

Comme le fait remarquer Francis Hallé dans la préface de l’ouvrage, tout le débat repose sur la définition d’intelligence. Sont cités Albert Einstein pour qui « la mesure de l’intelligence est l’aptitude à changer » et Darwin pour qui « l’intelligence se fonde sur la capacité que manifeste une espèce à faire ce dont elle a besoin pour survivre ». Mais parallèlement, pour les dictionnaires classiques, tels le Larousse en France, l’intelligence n’est qu’une caractéristique humaine.

 

« J’ai demandé au troisième expert, Usi Kamarambi, pourquoi, selon lui, les gringos avaient du mal à comprendre que les plantes abritent des esprits. Il avait un visage joyeux, sans âge. « Parce que, simplement, ils ne savent pas, dit-il, voilà pourquoi. Nous autres, Kandoshi, nous croyons que les plantes, les arbres, que tout a un esprit. »

La difficulté humaine à adapter ses définition d’intelligence aux autres espèces n’est que relative. Nous découvrons par exemple que pour les peuples indigènes en Amérique du Sud, cette difficulté n’existe pas. L’auteur part en effet à la rencontre de chamanes dans la forêt amazonienne péruvienne. Ceux-ci dialoguent avec la nature grâce à des breuvages permettant d’entrer dans une sorte de transe. Pour eux, aucun doute : la nature est dotée d’intelligence…

 

« Que penserait, me demandais-je, le Maître des animaux de l’installation d’un gazoduc au cœur de la biodiversité terrestre ? Il dirait peut-être que nous avons des cervelles d’oiseaux. »

L’auteur aborde son essai avec beaucoup d’humour et de simplicité.

 

« Notre tendance actuelle à épuiser les ressources naturelles du monde, sans porter beaucoup de considération à l’avenir, montre que nous n’avons pas encore maîtrisé notre comportement de prédateur. Bien sûr, notre espèce est encore très jeune. Les pieuvres existent depuis plusieurs centaines de millions d’années, ce qui leur a donné le temps d’aiguiser leurs talents. Par comparaison, nous ne faisons que commencer. »

Ce livre est excellent instrument de réflexion, pédagogique et accessible. Pourquoi dis-je instrument de réflexion? Car l’auteur donne à chaque chapitre son avis mais invite tout un chacun à se faire le sien. Il parle par exemple de prédation dans le cas d’individus végétaliens. Etant une question très actuelle (je précise que le livre est une réédition 2017, mais avait été premièrement édité en 2005 donc précurseur), ceci m’a particulièrement marqué.

 

« Les plantes n’ont pas de cerveau mais agissent plutôt comme un cerveau. »

 

« Les humains peuvent apprendre de la nature. Cela requiert de saisir la capacité de savoir du monde naturel. Nous sommes une espèce jeune et nous commençons tout juste à apprendre. »

De chapitre en chapitre, nous voguons de paysages exceptionnels en personnages passionnants (que dis-je : personnes passionnantes!), nous abreuvant de connaissances sur l’intelligence de ceux que nous négligeons – les végétaux – et nous reconnectant par la même occasion à nos origines : la nature. C’est un joli essai que je conseille. L’auteur ne fait pas de jugement, et élabore calmement sa pensée.

Laisser un commentaire