ROMAN, Roman historique

Je mourrai une autre fois – Isabelle Alonso

Paru en 2016, ce roman a fait l’objet d’un tirage en livre de poche en octobre 2017. Il s’agit de l’avant dernier roman d’Isabelle Alonso, fille de réfugiés politiques espagnols. Dans ce livre, cette romancière, dramaturge, et essayiste engagée s’inspire donc de l’expérience de ses ascendants.

Au début du XXème siècle, les extrémismes s’emparent de l’Allemagne et de l’Italie, et le peuple espagnol en mal de République voit lui aussi s’effondrer tous ses espoirs.
« Le roi a abdiqué. Vive le dictateur ! » pourrait-on héler à la mort, lorsque la fin de la monarchie sonne la venue de la guerre civile et de Francisco Franco Bahamonde, dit Franco. La seconde République espagnole, 1930-1939, fut un répit tendu et vite interrompu.
« Ce n’est pas un printemps de petites fleurs et de papillons. La droite, les droites, vomissent la démocratie, la défaite leur est scandale. Ces gens-là n’acceptent le jeu que quand ils gagnent, prêchent ouvertement la violence, méprisent l’urne, ne respectent que l’épée, origine de leurs privilèges. »
Angel Alcalá Llach vous souhaite la bienvenue dans une Espagne martyrisée.

Qui est Angel Alcalá Llach ? Fils de Angel Alcalá Mercé et petit-fils de Angel Alcalá Ramos qui porte mal ce « prénom de chérubin. Ça lui va comme une ombrelle à un sanglier». Il est le fils aîné et on le surnomme Gelín ; son premier petit frère s’appelle Queno. Queno, « il a été trépané, il sera sourd. Pas complètement sourd, mais sourd. ». Ses parents donneront également naissance à une petite sœur et un autre garçon.

L’histoire début dans les années 20. Les parents de Gelín – Nena (comme elle veut que ses enfants l’appellent) et Mercé – sont Républicains dans l’âme. Le père lit les journaux tous les jours, tous les journaux (du moins ceux de gauche), il monte entreprises sur entreprises, et a confiance en l’avenir. Nena est une femme préoccupée par son image et son bon plaisir ; elle recherche à tout prix le confort et l’attention mais aime ses enfants. Le petit Angel raconte son enfance au sein du climat politique tendu de l’époque et l’on peut suivre son évolution vers l’adolescence, durant laquelle il s’engagera aux côtés des ultimes défenseurs de la République, malgré son très jeune âge et au risque d’y perdre sa vie et de ne plus jamais revoir sa famille.

Une émotion à fleur de page

« Mon histoire ? L’idée qu’elle puisse intéresser quelqu’un a quelque chose de réconfortant. D’inespéré même. »
L’écriture, à la fois enfantine et travaillée, tressée de formules surfaites mais marquantes, s’insinue dans l’esprit du lecteur comme la tyrannie au sein des idées républicaines. Selon moi, le plus réussi est le passage régulier entre les pensées du narrateur, celles de ses proches et les dialogues : la progression est parfaitement maîtrisée, et on ne s’y perd pas.

 

Des personnages charismatiques

Le premier personnage qui en impose est le grand-père. Ce colosse n’a pas particulièrement l’air sympathique, mais une confiance impressionnante s’en dégage.
« La politique lui est étrangère et la religion indifférente, il manufacture ses rites lui-même. Il ne jure que par les Angel Alcalá, fils aînés comme lui-même, comme mon père et comme moi. Le reste de l’humanité agrémente le décor. »
Il n’est que le prétexte pour introduire de haut en bas une famille brillante et relativement indépendante. Suit alors le père :
« Mon père est républicain. Par esprit logique, pas par compassion. Il dit que c’est le seul moyen d’en finir avec le caciquisme et la misère qui en découle. »
Et enfin les enfants ont chacun leur charme. Je n’évoquerai que les deux plus grands : Gelín et Queno. Gelín est un petit surdoué, il apprend tout seul, dévore tous les livres qui sont à sa portée et déplore que ses parents rechignent à l’envoyer à l’école. Queno est incroyablement débrouillard et a beaucoup de répartie.
« Premier appartement, premier balcon, premier poste d’observation. Je reste des heures agrippé à la rambarde en fer forgé, fasciné par la rue.
_ Cet enfant va finir par s’incruster dans la grille, dit Nena. » (ici on parle de Gelín).
« _Dans Eugenio, il y a genio, qui veut dire à la fois génie et caractère…
Queno a rétorqué : 
_ En tout cas, ça ne veut pas dire modeste. » (et ici Queno se moque de son oncle).

 

Pour conclure :

Je retiendrai deux choses de ce roman : le caractère extrêmement touchant du récit, et le goût du personnage (et/ou peut-être de l’auteur ?) pour les formules percutantes.
« L’église et l’armée savent se serrer les coudes aux dépens du peuple. »
« Les mineurs ont bien refait la commune de Paris, tout pareil. Y compris le massacre final. »
Enfin, vous vous demanderez : et où est passé le titre dans l’histoire ? Est-ce l’une de ces formules toutes faites prononcées par Gelín ? Pour le comprendre, vous devrez parcourir toutes les pages jusqu’à la dernière…

Je recommande absolument !

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