ROMAN

JESSIE BURTON – Les filles au lion

L’HISTOIRE
Juin 1967, Odelle originaire des Caraïbes, parvient à décrocher un emploi de dactylo dans une galerie d’art. Elle rencontre un jeune homme, Lawrie. Il cherche à connaître la valeur d’un tableau : les filles au lion, que sa mère lui a légué. Le sujet fait penser à une légende : d’un côté, une fille tenant la tête sans corps d’une autre fille entre ses mains, et de l’autre une lion assis, hésitant à bondir.
Odelle le met en relation avec le directeur de la société où elle travaille. Lors de la présentation du tableau, Edmund Reed est particulièrement intéressé alors que son assistante Miss Quick semble particulièrement perturbée. Il pense qu’il s’agit d’une peinture d’Isaac Robles, un artiste mystérieux dont la notoriété aurait pu égalé celle de Miro, ou Picasso, s’il n’avait pas disparu pendant la guerre civile espagnole.
L’histoire de cette œuvre nous ramène dans le sud de l’Espagne dans les années 30. Un marchand d’art a emménagé avec sa femme Sarah, et sa fille Olive, dans les environs de Malaga, à Arazuelo. Teresa, accompagnée de son demi-frère Isaac, leur propose ses services en tant que femme de ménage.
Nous découvrons l’histoire de cette peinture au fur et à mesure de l’évolution de la relation entre Miss Quick et Odelle. Cette dernière détient sans le savoir la clé de l’énigme.
LE ROMAN
Jessie Burton donne vie à des personnages complexes, denses. Les descriptions physiques des personnages principaux nous happent par leur intensité : « La femme se révéla plus jeune que ne l’avait cru Olive. Son regard était sombre, … L’homme avait des cheveux presque noirs, et il était plus âgé, … Il avait un visage de noble toscan, un corps musclé, sec… ses yeux marron foncé effleurèrent le corps d’Olive comme un léger courant électrique. » Dans la chaleur du Sud de l’Espagne, la sensualité comme la violence apparaissent à fleur de peau. Les altercations entre le camp des républicains, orienté à gauche et extrême gauche et d’autre part les nationalistes, orientés à droite et à l’extrême droite s’intensifient : « Il a fini en brûlant les titres de propriété de son patron. Il parlait haut et fort, mais ce n’était qu’un gamin. Des salopards l’ont abattu et attaché à l’arrière d’un camion. »
La bibliographie que l’on retrouve à la fin du roman indique les recherches faites par l’auteur sur le malaise social et économique des années 30 dans le sud de l’Espagne et sur le monde de l’art.
Les grands propriétaires exploitent sans vergogne la main d’œuvre locale. L’auteur a décrit l’extrême pauvreté des non possédants à travers quelques faits précis. Par exemple, Térésa a apporté avec elle des graines qu’elle espère pouvoir planter chez ses riches employeurs afin de les cueillir pour son usage personnel : tomate, persil, oignon.
Le travail de l’artiste occupe de nombreux passages.
Elle va à l’encontre du mythe du génie.
« c’est un génie.
Olive soupira. « Il n’y a pas de génies, maman. C’est un cliché. Il faut travailler. »
Des personnages torturés enchevêtrés dans les désirs des autres donnent à cette intrigue une fragrance de sortilège.

L’AUTEUR
Elle est née à Londres en 1982. Après des études à la Central School of Speech and Drama et à l’université d’Oxford, elle devient comédienne pour le théâtre et la télévision.
Son premier roman publié en 2014 se déroule au XVIIe siècle à Amsterdam : le miniaturiste. L’auteure a mis quatre ans pour l’écrire.
Son second roman, The Muse a été publié en 2016, traduit en français sous le titre Les filles au lion par Jean Esch et publié en mars 2017.
Chacun de ses romans fait l’objet de recherches minutieuses sur le sujet abordé.

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