Littérature du XXIème siècle

KUPERMAN Nathalie – Nous étions des êtres vivants

LE ROMAN : Une maison d’édition de presse pour enfants, au bord du dépôt de bilan depuis un an, est rachetée par un homme d’affaires qui n’apparaît qu’un fugace instant comme un sauveur : sans scrupule, le vulgaire et cynique Paul Cathéter entend restructurer, réorganiser, rentabiliser, et, bien sûr, licencier. Tous cherchent à rester des êtres vivants et à ne pas devenir des machines, exécutant un travail mécanique avant d’être renvoyé. Cette volonté est relayée dans le roman par la voix du « choeur », de plus en plus ébranlé et cédant petit à petit. C’est un roman choral qui donne la parole à chacun et à tous ; Chacun de ces personnages aura un destin et une réaction différents. Il y a des promotions et des licenciements ; des avilissements, des petites vengeances sournoises et des sursauts de conscience.

Extraits : Le chœur

« Cela fait maintenant une année entière que nous sommes à vendre. Nous avons eu peur de n’intéresser personne, peur du plan social, puis nous avons fini par faire nos calculs, par nous dire que les conditions du plan étaient plutôt bonnes, et que, de toute façon, nous n’avions pas le choix. » « On ne dit pas : je suis triste de travail. « Mon travail me rend triste » ne signifie pas la même chose. Nous avons voté et décidé que nous soutiendrions le comité d‘entreprise dans sa décision de s’opposer au rachat tant que nous ne serions pas rassurés sur le volet social. Nous apprenons qu’un volet peut être social. Nous oublions ce que « volet » signifie, tant nous accolons les mots sans nous rendre compte que ces associations nous mènent à la perte du sens. » « Nous savons pourtant que la chance d’être ensemble s’arrêtera là où chacun devra tirer son épingle du jeu. Tirer son épingle du jeu est une expression qu’aucun de nous n’ose prononcer, mais qui fait loi, qui nous meut nous fait errer dans le couloir en imaginant que quelque chose reste possible, en dépit de tout, parce que nous sommes des êtres vivants, et que la vie en nous ne demande que ça : s’adapter au pire. »

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