Nouvelle

La chevelure

Episode 11 – « Quand tu arriveras là-bas… »

 

Je me réveillai, les membres endoloris, le cerveau brumeux, et…le crâne chauve. Je me levai doucement et en toute simplicité m’apprêtais à faire ma toilette. La salle de bain se trouvait au bout du couloir et était la même pour toutes les chambres (elles étaient au nombre de huit) mais – regard à la montre – il n’était que quatre heures du matin alors personne n’était réveillé. J’avais une petite marge de tranquillité devant moi. J’entrai dans la salle de bain et allumai la lumière. Cela faisait plusieurs jours que j’utilisais cette salle de bain. Style rustique : une baignoire blanche et un lavabo surmonté d’un petit miroir carré. Mon image ne me surprit quelque peu : corps décharné et crâne chauve, yeux cernés… Le début des réjouissances ? Peu importe, j’étais en vie. Je fis couler un petit volume d’eau dans la baignoire et m’y installai. M’y relaxai. Quelques minutes de plus de détente favorisées par la sensation de ce liquide précieux, l’eau. Puis j’attrapai un tissu accroché au mur, du chanvre sûrement et me frottai vigoureusement le corps, me délestant de toutes les impuretés accumulées au contact d’un air saturé d’émotions. Je fis de même avec mon visage et mon cou, et sortit de la baignoire. Je me séchai rapidement puis m’habillai et me dirigeai vers la cuisine où je me fis des tartines de pain sur lesquelles j’étalai de la confiture sans lésiner sur la quantité. Puis mangeai deux oranges.

Enfin, je sortis à l’air libre pour me dégourdir les jambes et sentir l’air tiède de cette matinée encore peu éclairée. Dans quelques heures, un soleil de plomb allait arroser la lande et je repartirais sur la route. Quelle idée de placer une estancia dans un coin aussi perdu ? De toute évidence, l’Argentine me réservait bien d’autres surprises alors autant profiter de ce moment de paix.

Je retournai vers l’estancia et me dirigeai vers la chambre de Yoel. Les murs blancs racontaient désormais une histoire. Le lit vide n’oubliait pas la silhouette de Yoel. Je m’assis sur le rebord et la porte s’ouvrit. C’était Mauricio :

« Hola Emilie. Comment vas-tu ?

_ Je ne sais pas. Bien, probablement.

_ Tu recouvriras ton énergie rapidement et tes cheveux auront repoussé d’ici deux semaines. Le choc de la première fois est toujours intense et les fait tomber.

_ Quel choc au juste ? Que s’est-il véritablement passé ?

_ Tu le découvriras. Agustina et moi sommes là pour t’y aider, bien évidemment… »

Après un silence, je repris,

« Quand repart-on ?

_ Maintenant. Allez suis-moi. »

C’est ainsi que je dis au revoir à Agustín. Il peina à m’adresser un sourire, le deuil se lisait sur son visage. Mais me remercia toutefois d’avoir accompagné Yoel – « tu seras toujours la bienvenue ici, querida Emilie. Nous te remercions. Le monde te remercie. »

J’allais entrer dans la voiture lorsque Veronica m’appela. Elle qui n’avait prononcé que quelques paroles depuis mon arrivée me faisait signe de l’attendre. Elle s’approcha de moi, me prit les mains qu’elle serra contre son cœur et me dit à voix basse :

« Emilie querida. Quand tu arriveras là-bas…ce sera dur, très dur. Mi hermana voulait faire partie de la communauté et n’y a pas survécu. Ce sera plus dur pour toi encore. Mais je t’en prie Emilie, fais tout ton possible, ne baisse pas les bras. Fais-le pour Yoel. Il avait tellement foi en toi. Gracias Emilie, para todo. Bonne route. »

Elle me lâcha les mains, et s’en alla sans me prêter un regard supplémentaire. J’entrai dans la voiture.

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