Nouvelle

La chevelure

 Episode 14 : Les Salvateurs

 

Nous arrivâmes finalement sur les terres de Patagonie. Nous avions traversé les quelques kilomètres qui nous séparaient de la Terre de feu puis avions continué notre route vers l’ouest de la grande île.

Mauricio a stoppé la voiture près de la côte, a attrapé mes bagages, Agustina leur sac de voyage, et ils ont tout chargé sur une barque. Nous-mêmes avons « embarqués ». Puis Mauricio nous a éloigné du bord en nous poussant avec la rame puis a ramé jusqu’à une petite île en face. L’air était doux, le soleil resplendissait. Sur l’île, des arbres nous accueillirent. Au milieu de ce petit coin verdoyant, une petite maison de bois, une sorte de chalet semblait nous souhaiter la bienvenue : fiction ou réalité, nous entrâmes quand même. A l’intérieur, les murs étaient en bois, décoration sommaire. Personne ne nous attendait.

« C’est là que tu vas rester quelques semaines, entama Mauricio. Tu ne seras pas toute seule. Tu vivras avec une autre jeune fille, Gabrielle, elle est québécoise je crois. Elle parle français aussi, vous vous entendrez bien. Maria s’occupera de vous.

_ Vous n’allez pas rester avec moi ?

_Si. Quelques jours seulement, répondit Agustina. Puis nous repartirons. Maintenant, je vais te montrer ta chambre, prends tes affaires. »

C’est ce que je fis, mes doigts enlacèrent la poignée de ma valise et je la trainai derrière moi en suivant Agustina le long d’un petit couloir. Au fond, elle posa sa main sur une poignée de porte qu’elle inclina puis poussa la porte avant de m’inviter à y entrer. La chambre était relativement petite : un lit une place qui occupait un tiers de l’espace, une table de chevet à son côté sur laquelle reposait un livre – Le petit prince, Antoine de Saint-Exupéry –  et une armoire en bois également – deux battants et à l’intérieur des étagères d’un côté et une penderie de l’autre. Agustina interrompit mon observation :

« Installe-toi et repose-toi. Prends ton temps, je viendrai te chercher pour te présenter à Gabrielle et Maria.

_D’accord. »

Agustina ferma la porte derrière elle, et je m’installai donc : je rangeai mes affaires dans l’armoire – elles étaient peu nombreuses puisque j’avais quitté la France dans la précipitation – et je testai le petit lit qui par chance s’avéra être très confortable, et je dormis un peu.

Mon sommeil fut interrompu par quelques coups répétés sur ma porte. C’était Agustina qui venait me chercher :

« Emilie, rejoins moi. »

Je me levai et sortis de la chambre. Je trouvai le salon qui se trouvait de l’autre côté du couloir à gauche, ou à droite si l’on se plaçait du point de vue de l’entrée de la maison. Dans le salon, il y avait une table ronde avec des chaises autour, une petite bibliothèque et quatre fauteuils pour lire. Autour de la table, il y avait Agustina, Mauricio, et les deux autres personnes dont on m’avait parlées. Une vieille dame vint faire connaissance, elle parlait espagnol, comme tout un chacun ici.

« Hola Emilie, j’espère que tu as fait bon voyage. Je suis Maria, c’est moi qui vais m’occuper de toi et de Gabrielle pendant ces quelques semaines. »

Gabrielle en question avait les prunelles rivées sur moi et un sourire énigmatique sur le visage. Physiquement nous étions très différentes – elle avait des traits asiatiques, et moi caucasiens – mais je ne pus m’empêcher de relever son abondante chevelure noire. Je lui fis signe pendant que Maria achevait de nous présenter. Puis c’est elle qui prit la parole :

« Tu as trouvé mon cadeau de bienvenue sur la table de chevet ?

_ Le livre ? Oui, merci. Je crois que je ne l’ai jamais lu.

_ Tu n’as jamais lu Le petit prince ?

_ Honteusement non…Mais maintenant que tu me l’as offert, plus d’excuse. »

Elle se leva, et me fit signe de venir avec elle :

« Viens, je vais te montrer ma chambre et les autres romans que j’ai pu emporter ici. »

Je la suivis. Nous allâmes dans sa chambre, qui était en tous points identiques à la mienne, seules ses affaires changeant des miennes. Elle réunit en un petit tas quelques romans puis s’assit sur son lit et me fit signe de faire de même. Je pris la parole :

« Ce sont donc les romans que tu as pu emporter. Pourquoi es-tu venu ici au fait ?

_ Pour la même raison que toi : l’initiation.

_ Une initiation ? Personnellement, mes parents m’ont envoyé ici pour me protéger de cinglés qui ont failli me tuer.

_ Je sais – et elle coula vers moi un regard d’une infinie douceur.

_ Mais comment sais-tu tout cela ?

_ C’est Maria qui me l’a dit. Je suis là depuis quelques semaines déjà, j’étais parmi les premiers.

_ Et l’initiation, c’est quoi au juste ? Une sorte de formation ?

_ Emilie, je déplore que tu en saches aussi peu. Tu aurais dû t’informer davantage durant ton voyage. Mauricio et Agustina en savent énormément.

_ Ce n’est pas comme s’ils avaient voulu me dire quoi que ce soit.

_ Alors tu n’étais pas prête.

_ Et toi oui ?

_ Il faut croire. Emilie, nous sommes ici car nous sommes des Salvateurs.

 

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