Nouvelle

La chevelure

Episode 3 – Songes écarlates

 

Elle se rendait au lycée après plusieurs semaines de repos. Elle se sentait sereine. Et bien que depuis les événements son corps s’était beaucoup amaigri, elle se sentait forte et prête à affronter ses camarades. A son immense surprise ceux-ci affichèrent leur soutien et n’hésitaient pas à venir la saluer. Ses amis, très heureux de la retrouver, l’accueillirent chaleureusement, à l’exception de Maria qui lui dévoila plus de froideur. Inhabituel, mais elle cela pouvait s’expliquer : elle ne lui avait pas donné de ses nouvelles depuis l’agression, même lorsqu’elle avait quitté l’hôpital.

Les professeurs aussi lui témoignèrent un soutien inouï. Plus curieux encore, des effluves ferreux venaient déranger son nez. Mais personne d’autre ne les sentait. Cela devait être dû à ses souvenirs, l’esprit nous joue parfois des tours… A l’heure du déjeuner tous se rendirent à la cafétéria, le groupe d’amis s’installa à la table habituelle. Emilie rejoint le groupe en dernier.

« C’est incroyable, s’exclama-t-elle. J’ai eu beau répéter « sans viande », les dames de service n’ont rien voulu entendre.

  • Mais Emilie, elles ne t’ont mis que des légumes, répondit Nikolas ».

L’effroi s’empara de tout son corps lorsque son regard se posa sur son assiette, l’odeur de fer envahit tout son cerveau et son corps s’immobilisa sur la chaise. Son cœur se serra à la vue de la tresse sanguinolente qui courrait sur son plateau.

«  Emilie, Emilie, tout va bien ? »

Qui avait parlé ? Son regard se troubla, l’odeur de sang disparu et elle découvrit le regard de ses amis fixés sur elle. Maria, à sa droite, serrait son bras. Emilie, le front perlé de sueur acquiesça :

«  Euh…oui je crois. J’ai eu simplement… De mauvais souvenirs me sont revenus en mémoire.

  • Ouai tu m’étonnes. Je suis même surpris que tu sois revenue aussi vite, lança Jordan – il avait parlé la moitié de son steak immonde dans la bouche : au moins ce geste ne détonnait pas dans ce paysage de confusion ».

A la fin de la journée, elle se réjouît de pouvoir rentrer chez elle. A la sortie, les garçons s’en allèrent et Maria en lui prenant le bras assez fermement lança à son égard :

« Emilie, mes parents viennent me chercher aujourd’hui, ils peuvent te déposer chez toi si cela t’arrange ?

  • Oui mais je ne veux pas déranger, on n’habite pas du même côté.
  • Mais non ne t’inquiète pas, aucun souci.
  • D’accord, merci alors. Ils sont en vacances ?
  • Ah non, ils préfèrent juste me raccompagner maintenant. Tu sais, à cause de… ce qui s’est passé. Tu t’imagines que tous les parents ont dû se mettre à flipper à mort. L’école a même dû organiser des réunions d’information pour prouver qu’un incident pareil n’a aucune raison de se reproduire… Enfin voilà quoi.
  • Ouai, bien sûr… »

Emilie nota une marque rouge sur le cou de son amie et en déplaçant les mèches de cheveux qui la couvraient légèrement, elle vit la coupure :

«  Tu t’es coupée ?

  • Ah ça, ouai, répondit-elle en y plaquant sa main, c’est mon chat tu sais. Il s’est énervé.
  • Ah t’as un chat ?
  • Ouai tu savais pas ? On l’a adopté dernièrement… Tiens mes parents ! »

Emilie suivit Maria et monta dans la voiture noire, aux vitres teintées. Assise à l’arrière de la voiture, le conducteur se retourna vers elle : « Bonjour Emilie, cela faisait longtemps. Tu ne viens plus expier tes péchés ? » Un rictus se forma sur les fines lèvres de Monsieur Zacharie.

Et Emilie se réveilla en sueur, essoufflée. Elle était dans son lit. Coup d’œil à son téléphone portable : 16 heures. Elle avait dû dormir toute l’après-midi. Le temps de reprendre ses esprits et elle attrapa son téléphone. Elle pianota :

«  Bonjour Monsieur Zacharie, je n’ai pas pu me libérer hier. Je voudrais prendre rendez-vous au plus tôt. Merci. »

La réponse ne se fit pas attendre :

« Emilie, ne t’inquiète pas. J’ai justement un créneau qui s’est libéré demain à 18heures ».

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