Nouvelle

La chevelure

Episode 5 – Rencontre

 

Quelques recherches sur internet n’avaient pas laissé ses doutes perdurer plus longtemps. Le modèle de voiture dans lequel Mme Speroni était montée et celui duquel étaient sortis ses agresseurs, dont Clara faisait partie – la fille de Mme Speroni – apparaissaient identiques.

Cette fois-ci, il lui fallait se préparer tant bien que mal à affronter la mère de Clara. Elle ne raterait pas une occasion supplémentaire d’en apprendre un peu plus sur la mystérieuse tournure des événements passés.

Elle avait appelé Maria qui viendrait avec elle chez les Speroni. Elle lui procurerait à la fois le réconfort de ne pas être seule et cela lui permettrait de lui montrer qu’elle ne l’avait pas oubliée et que désormais elles allaient à nouveau se revoir comme avant. Elle avait le numéro de Madame Speroni, elle appela. La voix à l’autre bout du fil lui parvint après quelques secondes :

«  Oui ?

_ Bonjour Madame, c’est Emilie Lis. Vous êtes venue hier et avez laissé votre numéro.

_ Quelle merveilleuse surprise Emilie ! J’espérais que tu appelles. Comment vas-tu ?

_ Très bien, merci. J’appelle au sujet de Clara. Je désirerais la voir et prendre de ses nouvelles. Puis-je passer dans l’après-midi ?

_ Je crains malheureusement que Clara soit encore faible et doive se reposer. Mais tu peux venir cette après-midi et nous parlerons. »

Elle n’avait eu aucune illusion sur ses probabilités de voir Clara. Le scandale avait déjà dû ternir l’image de la famille, et elle n’allait pas risquer que Clara puisse à nouveau voir la lumière du jour. Cette femme ne vivait que pour l’image. Emilie continua :

«  Je comprends. Je viendrai alors. Au revoir Madame Speroni.

_ Au revoir Emilie. »

Une fois la ligne coupée, elle prévint Maria pour qu’elle vienne la rejoindre avant d’y aller ensemble.

Quelqu’un toqua à la porte. Ce devait être elle. Elle alla ouvrir.

«  Salut Maria ! Ça va ?

_ Emilie ! Ça va et toi ? Ca fait tellement longtemps ! – Maria la serra dans ses bras.

_ Oui, je suis désolée, je ne me sentais pas de te contacter plus tôt. Je tentais encore d’assimiler les événements. Mais tu m’as tellement manquée…

_ Tu m’as manquée aussi.

_ Alors quelles sont les nouvelles ? – elles se dirigèrent vers la chambre d’Emilie au bout du couloir.

_ Ah, par où commencer ? Au lycée, plus de sécurité et plus de sévérité. Les pseudo-psychologues de l’établissement sont passés pendant deux semaines dans toutes les classes en faisant leur speech sur le harcèlement scolaire, etc. On a eu droit à un moment de gloire d’à peine une minute aux infos, mais le tout a vite été étouffé et impossible de trouver les traces des événements sur internet : tu m’étonnes, les Speroni ont dû faire pression un max pour que plus personne n’en parle, etc. Déjà que leur fille n’était pas vraiment l’héritière distinguée dont ils avaient rêvées, mais là c’en fut trop. Je me demande si elle pourra un jour sortir du confinement dans lequel ses parents ont dû la placer, impossible qu’ils la laissent remettre les pieds à l’école.

_ Rien ne me surprend. Et je ne vous ai pas trop manqués ? – lui lança Emilie sur le ton de la plaisanterie.

_ Tu plaisantes, j’espère ? On a voulu aller te voir à l’hôpital, mais pareil, les Speroni ont dû tout faire pour que personne, sauf les parents, ne puisse avoir accès aux chambres des concernés. J’étais folle de rage. J’ai essayé de voir le directeur de l’établissement mais rien à faire. Au début on n’est pas trop sorti, puis l’autre jour j’ai appelé tes parents qui m’ont dit que tu allais bien mais que tu continuais à t’en remettre psychologiquement alors on s’est autorisés à sortir un peu. Bref, pas grand-chose. Ah et j’ai adopté un chat, – elle sort son téléphone portable – regarde – elle pointe son fond d’écran.

_ Trop mignon. Tu sais que j’avais rêvé que tu avais adopté un chat ? Sorte de rêve prémonitoire. Enfin, dans tous les cas, beaucoup de nouvelles de ton côté. De mon côté : hôpital, psychiatre, dodo. Déconnexion totale du monde. Je pense que je vais devoir redoubler cette année du coup. Mais si au moins je pouvais aller au bout de cette histoire et comprendre ce qui est arrivé, je n’aurais pas totalement perdu mon temps.

_ Ah oui dis-moi tout. Pourquoi doit-on aller chez Clara déjà ?

_ Ok, voilà le topo. Clara me harcèle en prenant pour cible mes cheveux depuis ma plus tendre enfance. Mais n’en ai jamais venue aux mains. L’autre fois à la cantine, j’en ai eu assez et je lui ai répondu tu te rappelles. Ce n’était pas la première fois mais je pensais que cette fois-ci l’avait vraiment mise en colère.

_ C’est le moins que l’on puisse dire.

_ Mais pourquoi en venir aux mains ? Ce premier fait est illogique de mon point de vue. Soit elle est folle, soit il y a autre chose. Et je ne pense pas qu’elle soit suffisamment demeurée pour faire une chose pareille. Surtout qu’elle a attendu pour réagir, elle ne l’a pas fait en face de tout le monde. Elle voulait m’éliminer.

_ T’éliminer ? Cela ressemble pour moi à une folle, c’est tout. Cette fille devrait être internée, qu’elle l’ait fait sur le coup ou plus tard ne change rien à sa sanité mentale. Vu ce qu’elle a fait elle devrait même aller dans un endroit pour jeunes délinquants, ou que sais-je.

_ Tu penses vraiment que ses parents laisseront faire la justice ? Ecoute la suite plutôt. D’abord le fait qu’elle soit avec trois types, qui pouvaient être des voyous comme des connaissances à elle, ou des hommes de mains, montre qu’elle avait prévu son coup et que la petite scène de la cantine n’avait rien à voir avec sa colère. Ils allaient me tuer quoi qu’il arrive. Ils m’ont tabassée, puis m’ont coupé les cheveux, puis plus rien. Puis ce dont je me souviens quand j’ai ouvert les yeux c’est qu’ils étaient dans un état abominable. L’un d’eux est mort, un autre est encore dans le coma mais peu de chance qu’il en ressorte, et le troisième gars se remet tant bien que mal. Clara est pas mal restée dans le coma il me semble, puis est rentrée chez elle. Elle doit être salement amochée, il y avait du sang partout. Bref, venons-en au véhicule qui a transporté les agresseurs, que j’ai aperçu et que soi-disant personne n’aurait vu. D’abord je suis sûre de l’avoir vu, puis hier j’ai vu Madame Speroni monter à l’intérieur du même véhicule après m’avoir « gentiment » rendue visite, alors j’ai compris qu’il n’y avait aucune chance qu’un témoin affirme avoir vu son véhicule sur la scène du crime.

_ D’accord mais tu penses à quoi ?

_ Au début je pensais que la voiture s’en étant allée, il existait plus de personnes qui voulaient ma mort. Puis comme il s’agit de la voiture « familiale », ma théorie m’a paru bancale. Pourquoi tous les Speroni voudraient ma mort ? Je n’ai absolument rien à voir avec eux. J’ai alors pensé à un trafic de cheveux qui tourne mal.

_ Un trafic de cheveux ? Mais pourquoi te tuer alors qu’en te laissant vivante ils pouvaient en avoir tous les mois. Tiens pourquoi tu ne vends pas tes cheveux d’ailleurs ?

_ Je ne sais pas et ce n’est pas le sujet. J’essaye de trouver une explication à tout cela. Que Clara soit folle et veuille me tuer est une chose, mais pourquoi trois personnes se seraient laissées entrainer là-dedans ?

_Oui, je t’avoue être confuse. Espérons que cette visite soit utile.

_ Espérons… »

La propriété des Speroni se trouvait à l’autre bout de la ville, dans le quartier rupin. Elle faisait d’avantage penser à un manoir qu’à une maison et surplombait toutes les autres demeures. Un grand parc avec une fontaine s’étendait sur un terrain immense et le tout était encerclé par un haut portail en fer forgé. Après avoir sonné, un homme en costume noir vint leur ouvrir et les conduisit à l’entrée de la maison. Là, il sonna et une femme les guida vers la pièce principale (qui faisait la taille de l’appartement d’Emilie) où en son centre trônait Mme Speroni sur son fauteuil en cuir.

«  Bonjour Emilie ! Quelle plaisir. Et je vois que tu es venue avec une amie.

_ Bonjour Madame Speroni. Je vous présente Maria.

_ Bonjour Maria. Si je ne connaissais pas suffisamment bien Emilie, je penserais qu’elle a peur de rester seule avec moi. »

Absolument.

Mme Speroni firent signe à ses invitées de s’installer sur le sofa puis reprit sa place.

« Un thé vous ira à toutes les deux ?

_ Ce sera parfait, répondit Emilie après avoir consulter Maria.

_ Excellent, je vais le faire venir. Nous avons beaucoup de choses à nous dire… »

 

 

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