Nouvelle

La chevelure

Episode 7 – Friend missing

 

« Un musée ? Vraiment ? N’as-tu pas commencé cette conversation par « Maria, je veux me changer les idées » ?

_ « Se changer les idées » ne rime pas avec liquéfier ses cellules grises.

_ D’accord je comprends bien, mais le musée n’est pas le top de la distraction.

_ Au contraire ! On y va peu souvent, c’est calme, agréable, et on en profitera pour se balader dans Paris !

_ Bon d’accord. Je te laisse prévenir les autres. Chau. »

Emilie, appela Nikolas, Jordan, Matias, Antonella, Rouchdat, et Guillaume, et les convainquit de venir passer la journée à Paris avec elle et d’aller au musée. Elle était décidée à passer outre son agression et surtout outre son incompréhension face à celle-ci ; assez perdu de temps. Faire table rase du passé. Aller de l’avant.

De plus, lundi elle retournerait au lycée. Elle ne passerait sûrement pas ce trimestre, mais ne comptait pas laisser passer une chance de se rattraper sur les deux autres.

 

A 11h00, ils se rejoignirent à la gare. Le ciel gris se préparait à fondre en larmes. Mais intérieurement, Emilie espérait que l’eau laverait les idées noires qui avaient enlaidies son chemin et que le soleil viendrait pas la suite sécher et réchauffer le sol.

« Où va-t-on au juste ? » lança Jordan, d’un air faussement intéressé. Il n’avait vraiment pas semblé emballé par cette idée de musée, mais avait accepté pour faire plaisir à Emilie. Cet énergumène ne pensait qu’aux jeux vidéos et aux mangas ; son caractère asocial le laissait souvent passer pour un imbécile disant ses quatre vérités à quiconque s’aventurait à lui parler, mais au fond ne pensait pas à mal. En tout cas, tous dans le groupe s’y étaient habitués et ne faisaient plus attention à ses remarques piquantes. Emilie s’adressa donc à tous :

« Donc nous allons au centre Pompidou. Puis nous profiterons du temps qu’il nous reste pour nous balader. C’est toujours Nikolas qui organise les sorties, or aujourd’hui j’avais besoin de changer et de vous revoir évidemment. Ce n’est pas la première fois qu’on va à Paris et je ne vais pas vous servir de guide. Mais je pense qu’on n’y pas assez souvent et je voudrais que cette journée soit la première d’une longue série. »

Ils habitaient à l’est de Paris, et pouvaient s’y rendre en deux heures en train. Ils n’y étaient allés que quelques fois, lors d’événements particuliers : à la patinoire du grand palais pour Noël, pour un concert, pour des projections plein-air, etc. Mais trop peu toutefois selon Emilie qui avait besoin désormais de s’ouvrir petit à petit au monde.

Une fois arrivés, ils prirent un billet pour les expositions temporaires et pour le musée. Ils prirent tout d’abord la direction des expositions puis passèrent au musée, qu’ils avaient déjà visité par le passé mais qui apparaissait toujours être une curiosité. Ils s’étaient tous séparés, chacun voguant vers le côté qui lui paraissait le plus intéressant, ou le moins ennuyant, vers les œuvres dont ils se rappelaient et qu’ils avaient envie de revoir, ou celles qu’ils avaient absolument détestées mais qu’ils voulaient revoir de toute manière. Emilie n’appréciait pas souvent les figures difformes présentées, les mises en scène étonnantes, et les tableaux abscons. Mais certaines œuvres lui tapaient dans l’œil, comme cette grotte murale qui se tenait en face d’elle. Elle y entra, et comme elle y était toute seule s’allongea sur le bleu qui tapissait la cavité. Les ombres extérieurs apparaissaient parfois sur le seuil. Comme finalement cette solitude ne lui disait rien de bon qui vaille, elle ressortit immédiatement. Elle continua sa route, tentant de retrouver ses amis. Puis une femme d’une trentaine d’années l’accosta :

«  Bonjour mademoiselle, je vous prie de m’excuser mais il me semble avoir vu des hommes vous suivre depuis un moment. Je suis désolée, je vous ai suivie moi aussi quand j’ai cru le remarquer. Il y tant de monde et je n’en étais pas sûre, j’ai donc attendu un moment. Si vous vous retournez, il y en a un derrière vous en train de regarder la toile accrochée au mur. Je suis désolée de ne pas vous avoir prévenue avant, comme je vous l’ai dit je n’en étais pas sûre. Et je ne suis pas tranquille en sachant que quelque chose puisse vous arriver. N’êtes-vous pas accompagnée ?

_ Euh – Emilie ne savait que répondre, la réaction de la dame était inattendue, mais le fait même qu’on puisse la suivre effrayant – je… je…vous remercie. Si, je cherche mes amis, – elle regarda par ailleurs derrière elle pour voir que l’homme en question, elle ne l’aurait jamais remarqué – mais je ne les trouve pas. Je vais les appeler.

_ D’accord, je vais rester avec vous le temps que vous les trouviez. Vous savez, il arrive souvent des choses abominables. »

Emilie téléphona à Maria qui ne répondit pas, tout comme Nikolas. Elle téléphona à Antonella qui était toujours collée à son portable.

« Allo ?

_ Antonella ! Où es-tu s’il-te-plait ? Je ne trouve pas les autres.

_ Je ne sais pas où ils sont non plus. Moi je suis au fond de la galerie, il y a un groupe guidé par un homme avec un pull bleu, et pleins de tableaux bizarres.

_ D’accord, ne bouge pas comme ça je te trouverai. »

Elle se tourna vers la dame :

« Mon amie est de l’autre côté de la galerie.

_ D’accord, vous permettez que je vous accompagne ?

_ Je vous en serais très reconnaissante, merci. »

Elles arrivèrent au bout de la galerie. Antonella, avec ces flatforms et sa mini-jupe, ses longs cheveux bruns tombant de part et d’autre de son visage surligné de noir ici-et-là et le nez collé sur son téléphone portable, suivait effectivement un groupe de touristes qui écoutaient avec attention le guide qui leur présentait les circonstances dans lesquelles le peintre avait peint ce tableau, les raisons de la production de cette sculpture, etc. Emilie remercia la dame qui lui affirma être un peu rassurée qu’elle ne soit plus seule mais qu’elle préférerait que les deux adolescentes trouvent leurs amis rapidement. Puis quand elles se furent quittées, Emilie se lança vers Antonella qui lui indiqua que les garçons et Rouchdat se trouvaient au rez-de-chaussée, mais que Maria ne répondait toujours pas.

Une fois le groupe presque au complet, ils cherchèrent Maria qui devait être restée à l’étage. Mais après cette recherche infructueuse, plusieurs autres appels, ils durent se rendre à l’accueil où ils firent leur demande. La dame répondit d’un ton sec :

« C’est exceptionnel. Nous ne faisons cela qu’avec les enfants normalement. »

Quelques minutes plus tard, on entendait dans le musée :

« Maria Colanino est attendue à l’accueil. Je répète, Maria Colanino est attendue à l’accueil. »

Une demi-heure plus tard, Maria n’était toujours pas arrivée. Une heure plus tard, les amis cherchaient encore. Des annonces étaient de temps en temps diffusées lorsqu’Emilie venait insister à l’accueil. Autour du centre, il ne l’avait pas trouvée, dans les commerces environnant non plus. Son portable ne répondait évidemment pas. Les amis n’osaient plus se séparer, de peur de perdre une autre personne du groupe. A huit heures du soir, quelques parents légèrement inquiets avaient déjà appelé pour savoir s’ils rentraient bientôt. Personne n’osait dire qu’ils avaient perdus Maria. Puis ils se dirent qu’attendre était pire et qu’il fallait mieux prévenir quelqu’un. La police, peut-être ?

Tous reçurent alors le même message, au même moment. C’était Maria :

« Je suis désolée, j’ai dû rentrer en urgence, mon frère a eu un accident. Je n’ai pas pu vous appeler. »

Emilie l’appela aussitôt, et Maria répondit :

« Maria, tu nous as fichus une peur bleue !

_ Je suis désolée, quand j’ai appris la nouvelle, il a fallu que je rentre absolument. Je ne peux pas te parler plus longtemps, je suis occupée. »

Puis le téléphone coupa. Mais ils savaient que tout allait bien. Enfin Emilie, à en juger par le ton froid qu’avait adopté son amie et la rapidité de la conversation n’en était pas si sûre mais elle n’avait d’autre choix que de croire que tout allait bien.

Ils rentrèrent chez eux, directement, sans détour. Tous furent raccompagnés en voiture par la mère de Nikolas, et la mère de Jordan. Lorsqu’Emilie rentra chez elle, elle reçut alors un message de Maria.

« Appelle-moi. »

Puis lorsqu’elle l’appela :

« Emilie, je suis chez moi, mais je ne vais pas pouvoir rester longtemps. Mon frère est vraiment blessé, je ne peux pas t’en dire plus. Mais tu ne peux pas rester chez toi. Ou ils te trouveront.

_ Quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes ?

_ Il faut que tu te caches.

_ On n’est pas dans un film, je n’ai pas une villa au fin fond du Nevada armée jusque dans le sous-sol où je pourrais me retirer dès que des forces obscures sont à ma recherche. Qu’est-ce qu’il se passe, dis le moi.

_ Si tu viens me chercher, ils te tueront. Si tu restes chez toi, ils te tueront également. Il faut que tu partes. »

 

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