Romans autres

La Princesse de Clèves – Madame de Lafayette

Edition de référence : Madame de la Fayette, La Princesse de Clèves, GF, 2009, édition Jean Mesnard.

Marie DARRIEUSSECQ : « Ce que la Princesse veut (ou ne veut pas) n’a pas tant à voir avec le conjugal qu’avec la vertu au sens romaine : virtus, le courage, la vertu est ce qu’on se doit à soi-même. »

Jean MESNARD : « en écrivant La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette a transformé la nouvelle jusqu’à la faire devenir roman. »

PREMIERE PARTIE

« La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. »

« Il parut alors une beauté à la Cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belle personnes. Elle était de la même maison que le Vidame de Chartres et une des plus grandes héritières de France. »

Madame de Chartres donne à sa fille le Prince de Clèves pour mari :

« Elle ne craignit point de donner à sa fille un mari qu’elle ne pût aimer en lui donnant le Prince de Clèves. » : en effet le Prince de Clèves, en plus d’être de bonne famille, est bien fait, tendre, fidèle et poli. Il est de plus très amoureux de la Princesse.

Sur les apparences :

« Si vous jugez sur les apparences en ce lieu-ci, répondit Madame de Chartres, vous serez souvent trompée : ce qui parait n’est presque jamais la vérité. »

Madame de Clèves ne se rend pas compte qu’elle est éperdument amoureuse de Monsieur de Nemours mais sa mère s’en rend bien compte :

« Elle ne se trouva pas la même disposition à dire à sa mère ce qu’elle pensait des sentiments de ce prince qu’elle avait eu à lui parler de ses autres amants ; sans avoir un dessein formé de lui cacher, elle ne lui en parla point ; mais Madame de Chartres ne le voyait que trop, aussi bien que le pendant que sa fille avait pour lui. Cette connaissance lui donna une douleur sensible ; elle jugeait bien le péril où était cette jeune personne, d’être aimée d’un homme fait comme Monsieur de Nemours, pour qui elle avait de l’inclination. »

C’est, on le suppose, ce qui rend malade Madame de Chartres :

« Madame de Clèves empira si considérablement que l’on commença à désespérer de sa vie ; elle reçut ce que les médecins lui dirent du péril où elle était avec un courage digne de sa vertu et de sa pitié. »

Avant de mourir elle parle à sa fille longuement et conclut :

« Si d’autres raisons que celles de la vertu et de votre devoir vous pouvaient obliger à ce que je souhaite, je vous dirais que, si quelques chose était capable de troubler le bonheur que j’espère en sortant de ce monde, ce serait de vous voir tomber comme les autres femmes ; mais, si ce malheur vous doit arriver, je reçois la mort avec joie. »

Madame de Chartres meurt. Sa fille se retrouve seule face à la Cour.

Deuxième partie

« Enfin, elle trouva que les tous les maux qui pouvaient arriver, et toutes les extrémités où elle se pouvait porter, étaient moindres que d’avoir laissé voir à Monsieur de Nemours qu’elle l’aimait et de connaître qu’il en aimait une autre. »

 

Troisième partie

La fameuse scène d’aveu :

« Eh bien, Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l’on n’a jamais fait à son mari ; mais l’innocence de ma conduite et de mes intentions m’en donne la force. Il est vrai que j’ai des raisons de m’éloigner de la Cour et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n’ai jamais donné nulle marque de faiblesse et je ne craindrais pas d’en laisser paraître si vous me laissiez la liberté de me retirer de la Cour ou si j’avais encore Madame de Chartres pour aider à me conduire. Quelque dangereux que soit le parti que je prends, je le prends avec joie pour me conserver digne d’être à vous. Je vous demande mille pardons si j’ai des sentiments qui vous déplaisent ; du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions. Songez que pour faire ce que je fais, il faut avoir plus d’amitié et plus d’estime pour un mari que l’on n’en a jamais eu ; conduisez-moi, ayez pitié de moi, et aimez-moi encore, si vous pouvez. »

Et son mari de lui répondre :

« Vous me rendez malheureux par la plus grande marque de fidélité que jamais une femme ait donné à son mari. »

C’est dans cette partie qu’advient la mort du roi :

« Sur le soir, comme tout était presque fini et que l’on était près de se retirer, le malheur de l’Etat fit que le Roi voulu encore rompre une lance. » avec les conséquences que l’on sait.

 

Quatrième partie

Le Prince croit que la Princesse l’a trompée, c’est ce qui cause sa mort :

« Vous versez bien des pleurs, Madame, lui dit-il, pour une mort que vous causez et qui ne vous peut donner la douleur que vous faites paraître. »

« La douleur de cette princesse passait les bornes de la raison. Ce mari mourant, et mourant à cause d’elle, et avec tant de tendresse pour elle, ne lui sortait point de l’esprit. Elle repassait tout ce qu’elle lui devait et elle se faisait un crime de n’avoir pas eu de la passion pour lui, comme si c’eut été une chose qui eût été en son pouvoir. »

Elle sermonne Monsieur de Nemours :

« Les soupçons que lui a donnés votre conduite inconsidérée lui ont coûté la vie, comme si vous la lui aviez ôté de vos propres mains. »

Elle affirme alors sa position face aux passions :

« J’avoue, dit-elle, que les passions peuvent me conduire ; mais elles ne sauraient m’aveugler. »

Madame de Clèves se retire. Notons que ce fut également le choix de sa mère à la mort de son mari (« Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l’éducation de sa fille. »). Pour ne pas céder à la passion, il vaut mieux s’éloigner de la Cour.

Monsieur de Nemours en est accablé mais finit par s’en remettre. Comme quoi, la passion n’est pas éternelle, et mieux vaut s’en éloigner (c’est ce que nous dit Madame de Lafayette) :

« Il fallut que ce prince repartît, aussi accablé de douleur que le pouvait être un homme qui perdait toutes sortes d’espérances de revoir jamais une personne qu’il aimait d’une passion la plus violence, la plus naturelle et la mieux fondée qui ait jamais été. […] Enfin, des années entières s’étant passées, le temps et l’absence ralentirent sa douleur et éteignirent sa passion. »