Autobiographie, BIOGRAPHIE, ROMAN

L’abandon des prétentions – Blandine Rinkel

Blandine Rinkel est née en 1991 à Rezé, Loire-Atlantique. Très talentueuse, elle est à la fois musicienne, journaliste, danseuse, … mais aussi écrivaine : L’abandon des prétentions, publié aux éditions Fayard, est son premier roman. Ce roman n’est pas une fiction : le portrait de Jeanine est celui de la mère de l’auteur vivant dans une maison de 200 m² étalés sur trois étages dans la commune de Rezé, précitée.

Qui est donc Jeanine, cette femme que l’auteur et narratrice appelle « ma petite mère » ou encore « ma mère » ? Pourquoi la narratrice admire sa mère autant qu’elle semble la mépriser?

Tout au long du livre c’est, en effet, la naïveté – plutôt que la bonté – du personnage de Jeanine qui est passée en revue.

« Ce n’est pas la première fois qu’elle agit ainsi, dans la cuisine de mon enfance, cette cuisine aux ustensiles fuchsia et aux placards tapissés d’une peinture cuisse de nymphe, ce n’est pas la première fois que, dans cette pièce rose, avec l’enthousiasme d’un enfant organisant sa première tombola, elle accueille des immigrés espagnoles rencontrées au Super U, un travailleur de chantier recherché pour violence conjugale et qui a des yeux, mais des yeux…!, une Russe dont la boulimie chronophage l’empêche d’apprendre le français et des dizaines de petits garçons de 70 ans qui noient leur racisme dans l’alcool. Sitôt à la retraite, Jeanine avait appris l’arabe (‘la langue du moment!’) pour multiplier les rencontres de cette espèce, se sentir concernée par les conflits internationaux et , je crois, charmer les vendeurs de structures de vente Emmaüs qui, en dépit de, ‘leur vision abjecte de la femme’, la font drôlement rire quand elle les visite certains mercredis, avant sa séance de gymnastique. »

Mais on peut lire en négatif du portrait de Jeanine l’autoportrait de l’auteur. Celle-ci se définit a contrario de sa mère qui s’est toujours satisfaite de sa situation tant par manque de confiance en elle que pour défier une société de l’image où chacun doit toujours se montrer sous son meilleur jour voire et surtout montrer plus que ce qu’il n’est.

On sent ainsi entre les lignes une certaine jalousie de l’auteur (plus que de l’admiration) qui, semble-t-il, ne peut vivre cette même indépendance.

« Près des ustensiles de couleur tendre, n’avait-elle pas d’ailleurs senti la belle âme de ce jeune homme, dont le seul défaut flagrant consistait à posséder un œil qui disait merde à l’autre? » 

Quand au mépris que la narratrice semble porter au personnage de Jeanine, apparaît être le reflet d’une partie d’elle-même qu’elle n’aurait pas su accepter, un caractère aux nuances « paysannes » peut-être. D’ailleurs cela ne se retrouve-t-il pas dans le style d’écriture? Deux pôles s’affrontent dans cette écriture : les tournures et expressions rudes et crues prennent souvent le pas sur la recherche de la délicatesse. Est-ce délibérément que l’auteur aurait construit son roman ainsi? Rien n’est moins sûr.

Dans ce roman vous rirez surtout, mais vous serez peiné lorsque le naïveté excessive de Jeanine se fera abusée.

 

J’ajouterai enfin, que s’agissant du premier roman de l’auteur il me fait penser à un roman dont la critique est également sur ce blog : L’affaire du sièclehttp://chrisylitterature.jouglar.eu/laffaire-du-siecle-marc-reveillaud/. Les deux adultes ont grandi dans une société de l’image exacerbée. Les parents, tous deux ayant subis un divorce font figure d’une autorité bâclée, et l’enfant devient adulte très jeune dans l’espoir de s’émanciper de cette enfance qui l’a déçue. Des sentiments tels que le ressentiment, le mépris affrontent l’admiration et l’envie. Le sentiment d’amour se trouve gangrené, l’individu névrosé. Le ton des deux romans sont toutefois différents : celui de Blandine Rinkel est très rosé.

 

Voici donc mon bilan : ce livre est un diamant brut. Il vous mettra sûrement mal à l’aise mais vous ne pourrez le lâcher avant d’avoir lu la dernière pensée que l’auteur aura exprimé sur sa paradoxale et énigmatique « mère ».

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