Autobiographie, ROMAN

L’affaire du siècle – Marc Réveillaud

L’affaire du siècle nous a été envoyé par les éditions Jean-Claude Lattès. Il fut publié en mai 2017.

Il s’agit d’un roman autobiographique. Toutefois, et cela sera explicité par la suite, cette autobiographique ne peut se faire qu’à travers le récit de la relation du narrateur avec son père.

 

Le père, Richard, aime le cinéma et la littérature. C’est un rêveur, qui n’arrive pas à affronter la réalité. Il joue, parie, pratique la vente aux enchères. Son credo : « l’affaire du siècle ». Celle qui le rendra riche et grâce à laquelle il pourra tout faire. Malgré son allure brutale, il aime son fils, Marc, plus que tout au monde.

Marc vit une enfance plutôt ordinaire. Il pense principalement à s’amuser et à jouer au tennis. Jusqu’à ce que son père l’impose à une table de poker. Il a alors 9 ans. Leur relation fusionnelle est à jamais imprégnée de l’odeur du jeu. Il faut jouer pour gagner. Et lorsqu’on perd? On rejoue. Jusqu’à détruire le nid familial. Jusqu’à s’autodétruire.

Marc aime son père inconditionnellement. Il fera tout pour le sauver de l’autodestruction. Mais celui-ci veut-il être sauvé?

 

Comme le fait remarquer la quatrième de couverture, c’est un « roman poignant et lumineux ». Poignant car tragique. Lumineux, grâce aux personnages et leur caractère.

Entre humour et drame

Le père est « l’homme qui pouvait tout faire mais qui a cru ceux qui lui ont dit qu’il n’y parviendrait pas, qu’il n’arriverait jamais à rien, qu’il rêvait trop ». Il demeure à jamais spectateur de sa propre vie. Il enchaîne les « affaires du siècle », et les déroutes… surtout les déroutes. Malgré tout, il s’agit d’un personnage très intéressant : une personnalité et un esprit hors du commun, et un humour très fin.

Le fils dispose d’une force de caractère qui en ferait pâlir plus d’un. Tout ce qu’il réussit à accomplir par amour pour son père est incroyable. Il décrit toutefois leur relation de la manière suivante : « Certains jours, il me hait. D’autres, il m’aime. Si je coupe les ponts, il meurt. Si je reste trop près, nous coulons. »

Et les autres personnages dans tout cela? Ils sont spectateurs. Ils font bonne figure.

Une tragédie moderne

Alors que l’enfance du narrateur apparaît heureuse, bien que bancale, on observe un glissement progressif vers la réalité. Au fur et à mesure que Marc construit son indépendance et prend conscience du chaos de sa vie et de celle de son père.

La vie de Marc a basculé le jour où il a mis les pieds autour de cette table de poker et qu’il a raflé la mise. C’est à partir de ce jour que le compte à rebours s’est enclenché.

« Un nouveau bateau coule sous mes yeux, dans le calme. Encore un de ces naufrages que l’on ne veut pas regarder en face parce qu’ils nous renvoient trop à ce que nous sommes. » Cette phrase illustre parfaitement chaque étape de la relation père-fils décrite. Le schéma désastreux se reproduit inlassablement. Et à chaque naufrage, les personnages se rapprochent inlassablement de celui qui les engloutira.

 

 

L’écriture est très fine et suggestive. Le lecteur se laisse vite emporté dans le tourbillon de la relation père-fils décrite. Aussi impuissant que le fils lui-même, il pourra cependant en retirer de nombreux enseignements.

Ce livre est très émouvant, très touchant. Il vous arrivera de rire et de pleurer. Vous serez sûrement gêné d’entrer à ce point dans l’intimité de l’auteur mais vous en serez aussi très honoré. Par ailleurs notons la très jolie première de couverture qui présente quelques photos de famille.