ROMAN

L’animal et son biographe – Stéphanie Hochet

Stéphanie Hochet est romancière, essayiste et journaliste culturelle française née à Paris le 20 mars 1975. Elle publie en février 2017 L’animal et son biographe, aux éditions Rivages.

Histoire : Une romancière est invitée à un festival littéraire dans le sud de la France. Après un étrange séjour dans une maison isolée en pleine campagne, elle finit par rencontrer un personnage important dans la région : le maire de la ville de Marnas, un véritable gourou.

Le maire a une mission pour son invitée, une mission préparée de longue date : rédiger la biographie de cet animal mythique, disparu depuis plusieurs millénaires, fantasmé pour sa force et sa détermination, l’Aurochs. L’écrivain, d’abord rebutée par les « manières » de ses hôtes finit par accepter la proposition : pour un écrivain comme elle, c’est un sujet en or.

 

Humour ou sarcasme?

Il est souvent dit que le sarcasme est le degré Zéro de l’humour. En lisant ce livre, vous ne pourrez vous empêchez de lâcher quelques « ha ha ha ». Mais l’humour de la narratrice est vraiment grinçant. C’est pourquoi je parle de sarcasme. Quelques exemples vous inviteront à vous jeter doucement sur cette petite perle littéraire :

« Le lieu où nous nous rendons est « presque luxueux », ce qui signifie que les clients y sont a priori cultivés, sans doute intéressés par la venue d’un écrivain. Inutile d’affirmer que les campings sont fréquentés par des lourdauds, nous n’aimons pas les jugements à l’emporte-pièce les clichés, surtout s’ils nous rendent moroses. »

« Une interview pour les radios locales et une discussion sous le chapiteau du camping nommé Le lac des rêves, un camping quatre étoiles. Ainsi, on donne des étoiles aux campings, et ô merveille, il existe ce parangon de l’oxymore : le camping de luxe. »

Et même quand la narratrice en vient à Charnot, personnage pour le moins effrayant, elle ne se départit pas de ce fin trait d’humour :

« Charnot est donc un gourou, un duce de province. »

 

Mise en abyme et confusion avec le réel

Le personnage principal et – on peut le dire – éponyme (le biographe), soit l’écrivaine invitée, présente de nombreuses caractéristiques qu’elle partage avec l’auteur du roman. L’une a écrit l’Eloge du Ragondin, l’autre l’Eloge du Chat. Les deux femmes – écrivaine et narratrice – paraissent très indépendantes, novatrices, etc.

On observe une mise en abyme puisque à l’intérieur du roman la narratrice est chargée d’écrire un roman. Et, par ailleurs, comme le font remarquer la quatrième de couverture et certaines critiques, le mythe du minotaure est revisité; le roman commence par une citation de Marguerite Yourcenar – « Qui n’a pas son minotaure? ». Le tout vous pousse à vous donner corps et âme à ma lecture de ce livre.

Les procédés mis en place sont vraiment excellents. En plus d’un style d’écriture fin et précis. Je le recommande de vive voix.

 

Des questions d’actualité et d’humanité

Sont abordés des thèmes tels que le spécisme – « la considération que des membres d’une certaine espèce ont des droits moraux plus étendus ou supérieurs à ceux accordés à d’autres espèces » (Tom Regan, Les Droits des animaux, 2013).

De manière très subtile, l’auteur sait appréhender en surface quelques thèmes pour affirmer qu’il ne faut pas tomber dans la dérive (eugénisme, etc.)

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