Fantasy, Fantasy

Le bâtard de Kosigan, Le marteau des sorcières – Fabien Cerutti

Fabien Cerutti est agrégé d’histoire et enseigne en région parisienne. Il est l’auteur d’une saga : Le bâtard de Kosigan. Le premier tome, L’ombre du pouvoir (2014), a reçu le prix Imaginale des lycées et le prix Révélation des futuriales en 2015. Le deuxième, Le fou prend le roi, est paru en 2015. Le marteau des sorcières est le troisième tome de la saga, paru en 2017. A mi-chemin entre le roman historique et le roman Fantasy, cette saga pourrait bien faire trembler les murs du réel.

Dans ce troisième tome, le personnage éponyme, le mercenaire Pierre Cordwain de Kosigan, et sa compagnie, se voient chargés d’une mission pour le compte de l’herzog (duc) de la principauté de Cologne. Sa mission ?  Débarrasser Cologne des sorcières du Mandkreises (cénacle lunaires) et de l’Inquisition avant la Saint Jean. Qui sont ces sorcières ? Que se passerait-il si leurs intérêts convergeaient avec les siens ? 

Mais cette Histoire, racontée par de soi-disant archives ne colle pas avec l’Histoire enseignée alors au XIXème siècle. C’est Kergaël de Kosigan, en 1899, potentiel lointain descendant du mercenaire légendaire, souhaitant mettre la main sur son passé familial, aidé de Léopold Delisle, administrateur général de la Bibliothèque nationale de France et autres éminentes figures. Kergaël est approché peu à peu par une secte, l’Arche, apparemment un sous-ensemble des Francs-maçons. Que lui veulent-ils ? Quel rapport avec son ancêtre ?

 

Des artefacts fictionnels à couper le souffle

Je qualifierai ce livre de roman historico-fantaisiste. Pourquoi ? Les artefacts fictionnels créés par l’auteur donnent une parfaite illusion du réel. Nous voyageons sans problème entre 1341 et 1900, la magie et les créatures fantastiques deviennent partie intégrante de l’Histoire. Des personnages ayant véritablement existé – Las Casas, Gilles de Rais, Ernest Lavisse – se mêlent à des personnages de fiction – notamment le fameux bâtard de Kosigan. Si bien que l’on pourrait se demander : et si cela s’était vraiment passé ainsi ? Et si une secte séculaire et secrète avait véritablement réussi à cacher à la face du monde la vérité sur l’Histoire ?

 

 

Un mélange des genres et un style remarquables

Différents genres romanesques se frottent pour créer une histoire des plus passionnantes : le genre épistolaire tout d’abord qui met en scène la correspondance de Léopold Delisle et Kergaël de Kosigan, puis des archives apparaissent, comme le journal du personnage principal ou encore les Mémoires de Luccas Sinodeo, aumônier et confesseur général de la Très Sainte Inquisition dominicaine, au service de Son éminence, le cardinal de Las Casas.

« Aujourd’hui encore – plus de dix années après que je sois parvenu à tourner le dos à mon passé –, mes nuits en demeurent hachées d’effroi et de remords. Comme une gorgée de bile que, jour après jour, mon âme serait obligée d’ingurgiter jusqu’à la lie. » (Mémoires de Luccas Sinodeo)

Le passage d’une époque à l’autre, d’un chapitre à l’autre par le biais de ces artefacts fictionnels se fait sans problème : suivre le fil de l’histoire devient alors un vrai plaisir.

Par ailleurs, nous remarquerons un mélange de tonalités : certains moments vous glacent le sang, alors que d’autres auraient tendance à vous faire rire.

« En mai, fais ce qu’il te plaît !

L’abruti qui a pondu cette maxime devait certainement se prélasser sur les rivages de Grèce ou d’Italie. En tout cas, à chaque fois que ma compagnie s’est retrouvée au nord de la Loire à la fin du printemps, le ciel s’est soulagé pire que vache qui pisse. » (Pierre Cordwain de Kosigan)

« Vue des larges baies dentelées de givre de mon bureau, l’immense tour de cet escroc d’Eiffel salit de sa noirceur la neige immaculé des Champ-de-Mars. Elle semble grelotter. Je ne vais pas la plaindre. SI seulement ce furoncle de fer, vitriol de notre aimable capitale, pouvait et rouille et craquer sous le gel. Cela éviterait que nos impôts servent à la découper à prix d’or dans dix ans, lorsque sa concession arrivera à son terme. » (Ernest Levisse)

« Les pauvres représentent l’image du Christ, pieds nus sur les chemins ; de toute façon, ils iront au Paradis, du fait même de leur pauvreté. Les veinards… C’est sans doute pour cela que personne ne leur donne jamais plus que le minimum : il ne faudrait pas nuire à leur salut en leur permettant de survivre trop confortablement… » (Pierre Cordwain de Kosigan)

 

Cette Histoire est absolument réussie, je la recommande !!!

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