TRIBUNE

Le genre dystopique

Pourquoi toute œuvre d’anticipation sociale, de description d’un monde post-apocalyptique, ou plus généralement de science-fiction est désormais qualifiée de dystopie ? Je ne compte pas faire une dissertation, mais plutôt remettre les points sur les i, et redonner leur sens aux mots.

Je n’avais pas conscience de cette pratique. En effet, il existe si peu d’ouvrages – enfin selon moi – pouvant se rapporter au genre dystopique que je ne m’étais pas penchée sur le sujet. Mais je me suis brûlée les yeux lorsque j’ai dû faire une critique de livre, celle de Transférés, de Kate Blair. J’ai pu remarquer deux choses alors : d’abord que je n’étais vraiment pas la première à en faire une critique ; puis que, sans exception (j’insiste, Sans Exception), de toutes les critiques que j’ai lues du roman aucune n’avait omis de préciser qu’il s’agissait d’une « dystopie ». Alors qu’il s’agit d’un roman jeunesse d’anticipation sociale.

Je vous l’accorde, le mot fait très savant, et puis on a l’impression d’appartenir à un groupe fermé de lecteurs aguerris, d’intellectuels en puissance. Mais comme tous les mots, il a une signification. Si, si, je vous assure.

 

Voici pourquoi le genre dystopique n’est pas un fourre-tout.

 

Utopie, utopie, utopie… C’est un peu comme l’ensemble des théories de physique quantique : tout le monde en parle, personne ne les comprend. La comparaison semble toutefois douteuse n’est-ce-pas ? En effet, il suffirait d’ouvrir un dictionnaire pour pouvoir remédier au problème d’incompréhension du terme utopie. Je ne peux en dire autant pour la physique quantique.

Le terme d’utopie vient du grec : il est formé de u, en grec « ou » signifiant « Non » ou « eu » signifiant « bien », et de topos signifiant « Lieu », ce qui donne le sens primaire de « en aucun lieu », ou « un lieu heureux qui n’existe nulle part ». Autrement dit, l’utopie caractérise ce qui appartient au domaine de l’imaginaire, de la fiction et décrit un imaginaire heureux, un imaginaire bon. Par ailleurs, le dictionnaire nous le confirme puisqu’il précise entre autres que c’est un courant du XIXème siècle se caractérisant par la pensée d’un « idéal, [d’une] vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité », ou encore une « conception, ou [un] projet qui parait irréalisable ». L’utopie est également un genre littéraire fondé par Thomas More en 1516 avec son ouvrage Utopia.

La mise au point est faite, vous voyez plus ou moins ce qu’est l’utopie. Qu’en est-il de la dystopie ?

Selon Le Petit Robert de la langue française, la dystopie est « un récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre ». Notons que le préfixe « dys » venant du grec indique « une difficulté, une anomalie, le mauvais état ou le mauvais fonctionnement de quelque chose » (dictionnaire Larousse). La dystopie est aussi appelée contre-utopie, puisqu’elle fait écho à un imaginaire parfait mais effrayant en ce qu’il nie l’individualité humaine. 1984, de Georges Orwell – je ne vous l’apprendrai pas – est la figure même, la définition de la dystopie ! Certains (beaucoup trop) disent aussi que Le meilleur des monde est une dystopie ; eh bien laissez-moi vous dire que je ne suis ABSOLUMENT PAS D’ACCORD : la réalité décrite par Aldous Huxley est imparfaite, l’individualité n’est pas niée, et mieux encore la séparation des personnes entre sauvages, et autres montre bien que – ne nous voilons pas la face – notre réalité n’en est pas si éloignée. Le Meilleur des mondes fait partie des récits de science-fiction et non à la sous-catégorie dite du « genre dystopique ».

De la même manière, des romans d’anticipation sociale, des récits post-apocalyptiques, et plus largement des récits de science-fiction pure et dure, sont qualifiés de dystopie.

Soyons francs, faire de Science-fiction et de dystopie des synonymes est une grosse erreur. Parce qu’après il n’existera absolument plus aucun terme pour qualifier la vraie dystopie, celle qui effraie, celle qui nie l’individualité humaine, celle qui décrit un monde parfait en prise à des idéaux obscures. Le labyrinthe, Divergente, Hunger Games, Delirium, et j’en passe ne sont en aucun cas des dystopies.

 

Gardons en tête que le mot n’est pas une énergie renouvelable. Une fois sa valeur épuisée et aucun autre mot pour le remplacer, il n’est plus possible de décrire la chose, de mettre un nom dessus et donc de pouvoir en parler. Donc utilisons-le à bon escient.

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