Fantaisie, Nouvelle

Le jardin de Winter – Valérie Fritsch

Valérie Fritsch est née en 1989 à Graz. Elle est écrivain et photographe. En 2015, elle publie aux éditions Suhrkamp Verlag Berlin la nouvelle Winters Garten qui sera traduit de l’Allemand au français par Tatjana Marwinski le 2 février 2017 aux éditions Phébus (groupe Libella).

La couverture à l’aquarelle présente un monde effrayant. C’est exactement ce que l’histoire dépeint.

Anton Winter naît et grandit dans un jardin luxuriant où les enfants jouent et évoluent dans l’insouciance. L’endroit est dirigé par sa grand-mère, une forte femme qui sait déjouer la peur de la mort. Plus tard, il vit en ville, au dernier étage du plus grand immeuble de la ville où il élève des oiseaux. La faim et le désespoir sont les mots d’ordre de cette ville qui n’a de vivant plus que les souvenirs. Un jour Anton rencontre une femme, et l’idée d’amour et de lien passionnel entre les deux êtres a du mal à s’installer. Ainsi se déroule l’histoire, silencieuse et froide.

Si l’amour apparaît peu à peu, on ressent bien le désespoir des personnages. Cette quête de sens qui n’est même plus rythmée par la quête de bonheur car il n’existe pas. Fatalité décrit le mieux cette nouvelle. Fatalité : on la voit, on la pressent dans les nombreux mythes qui font parti de notre patrimoine culturel commun. Mais dans cette nouvelle, la fatalité n’est plus un mot susurré à l’oreille du lecteur, elle fait partie de notre condition humaine. En effet, si fantastique est le genre attribué à cette nouvelle, on la sent à l’orée d’un possible réel.

« Certains se laissaient littéralement mourir de faim, peut-être parce qu’ils n’arrivaient pas à digérer la nouvelle. Pour la première fois on pouvait parler d’égalité des chances, et l’individualités qui habituellement distinguait les êtres se désagrégeait parce que l’on abandonnait son destin particulier pour endosser un destin commun. »

 

Par ailleurs, le sujet de l’enfance est un thème récurrent du livre (et forcément lié au thème du vieillissement et de la mort) : les traumatismes de l’enfance, la candeur naturelle, l’absence de limites à l’imagination… sont autant de sujets qui sont évoqués.

« Quand on est enfant, on attend souvent, et on attend beaucoup de la vie. Quand on est enfant, on a un temps indicible pour contempler le monde. On le parcourt à tâtons, éveillant les objets à la vie. Notre savoir ne sera jamais plus aussi étendu qu’à cet âge, et jamais plus on n’attendra autant de l’existence. Jamais plus on ne jettera un regard aussi dénué de vanité sur les choses qui nous entourent. Nos yeux sont des planètes dont la gravitation aspire les images de l’éther. Jamais plus les petites choses ne susciteront d’aussi grands espoirs. »

 

Toutefois, dans le malheur des personnages et le désarroi du lecteur, sont dispersés ici et là de sages paroles qui nous permettent de réfléchir sur la valeur de l’existence :

« Aimer est la seule façon convenable d’exister. Quand on commence à s’aimer, on ignore tout de l’amour, de la peur, du courage, du deuil, de l’inconditionnel, ou bien l’on sait tout sans pour autant comprendre l’amour, par ce qu’il est encore vierge de toutes les expériences qui lui succèdent. »

« Mon grand-père disait de la Terre qu’elle était la planète la plus solitaire d’entre toutes, parce que tout le monde s’y bat seul et que tout le monde meurt pour une chose pour laquelle il serait si bon de vivre. »

 

Une belle histoire, où la poésie et la noirceur ne font plus qu’un. Peu opportun pour se changer les idées mais profond. Il invite à réfléchir sur soi-même et le monde qui nous entoure.

 

Egalement, Valérie Fritsch tient un très beau site (en Allemand). La section photographie ne nécessite pas de comprendre l’Allemand et propose des clichés intéressants donc n’hésitez pas à y jeter un œil.

http://www.valeriefritsch.at/

 

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