Théâtre

Le jeu de l’amour et du hasard – Marivaux

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, dit Marivaux, naît à Paris, en 1688 et y décède en 1763.

Il a une éducation classique au collège de l’Oratoire. On sait peu de choses sur sa famille, sinon que son père fut directeur de la Monnaie à Riom, puis à Limoges. Il écrit d’abord des romans précieux ou parodiques : Les effets surprenants de la sympathie (1713), La voiture embourbée (1714), L’Iliade travestie (1717). Il fréquente les salons à la mode, devient journaliste et publie des chroniques, des croquis, des réflexions, essentiellement dans Le nouveau Mercure de France. Ses premiers succès théâtraux  datent de 1722 : La surprise de l’amour (1722), La Double inconstance (1723) et Le prince travesti (1724), L’île des esclaves (1725 ; son plus grand succès), Le jeu de l’amour et du hasard (1730).

Il a également écrit quelques romans novateurs : La vie de Marianne (1731-1742) et Le paysan parvenu (1735). Il est élu à l’Académie française en 1742, de préférence à Voltaire.

« Il n’est aucune des grandes pièces de Marivaux qui ne progresse vers une clarté intérieure, vers une transparence de soi-même à soi-même et de soi-même à l’autre. »[1]. A ce titre, Marie-Thérèse Ligot parle du contrat « marivaudien » : « l’amour n’est plus ici en lutte avec une loi qui l’opprime […] mais avec lui-même »[2].

Marivaudage : nouvelle préciosité, ensemble de « métaphores filées, [de] jeux de mots et autres procédés rhétoriques nés d’un art de la conversation où les femmes et les salons exercent une influence dominante »[4]. « Qui dit marivaudage dit plus ou moins badinage à froid, espièglerie compassée et prolongée, pétillement redoublé et prétentieux, enfin une sorte de pédantisme sémillant et joli ; mais l’homme, considéré dans l’ensemble, vaut mieux que la définition à laquelle il a fourni occasion et objet. »[5]

 

Marivaux s’inscrit dans une tradition dramaturgique présente depuis Molière avec ses Précieuses ridicules (1659) et Scarron avec son Roman comique : le « travestissement des valets en maîtres (et vice versa) »[3] :

« Dorante arrive ici aujourd’hui ; si je pouvais le voir, l’examiner un peu sans qu’il me connût ! Lisette a de l’esprit, Monsieur ; elle pourrait prendre ma place pour un peu de temps, et je prendrais la sienne. » (SILVIA, I, 3)

Si au XVIIIème siècle, on assiste à la montée de la bourgeoisie et à la discussion du statut social, il ne faut pas faire de Marivaux un révolutionnaire. Il délivre une comédie, qui plait, et qui touche à la question du statut social.

L’intrigue : « La scène est à Paris ». Monsieur Orgon veut marier sa fille, Silvia, avec Dorante. Les deux futurs mariés ne se connaissent pas, et afin de mieux s’observer, tous deux décident de se travestir : Silvia se déguise en Lisette, sa servante, et Dorante en Arlequin, son valet. Dorante prend le nom de Bourguignon. Deux personnages sont au courant de ses travestissements : Monsieur Orgon et son fils. Silvia et Bourguignon tombent amoureux l’un de l’autre mais n’osent se l’avouer pensant que l’autre n’est qu’un domestique. Lisette et Arlequin se plaisent également. Bientôt, Bourguignon révèle sa vraie identité et Silvia, certaine d’être aimée pour sa personne se dévoile également. Tout le monde est heureux.

Affiche du Jeu de l’amour et du hasard, mis en scène par Ewa Rucinska à La Folie Théâtre

Arlequin n’est qu’un rustre

« Monsieur, mile pardons ! c’est beaucoup trop ; il n’en faut qu’un, quand on a fait qu’un faute. Au surplus, tous mes pardons sont à votre service. » (ARLEQUIN, I, 10)

« De la raison ! hélas ! je l’ai perdue ; vos beaux yeux sont les filous qui me l’ont volée. » (ARLEQUIN, II, 3)

« Tu m’avais tant promis de laisser là tes façons de parler sottes et triviales ! je t’avais donné de si bonnes instructions ! Je ne t’avais recommandé que d’être sérieux. Va, je vois bien que je suis une étourdi de m’en être fié à toi. » (DORANTE, I, 10)

 

Silvia se méfie des hommes

« Oui, nous parlions d’une physionomie qui va et qui vient ; nous disions qu’un mari porte un masque avec le monde, et une grimace avec sa femme. » (LISETTE, I, 2)

 

Le statut social

« Si j’étais votre égale ; nous verrions » (LISETTE, I, 1)

« Que le sort est bizarre ! Aucun de ces deux hommes n’est à sa place. » (SILVIA, I, 9)

« Il pense qu’il chagrinera son père en m’épousant ; il croit trahir sa fortune et sa naissance. Voilà de grands sujets de réflexions ; je serais charmée de triompher. Mais il faut que j’arrache ma victoire, et non pas qu’il me la donne ; je veux un combat entre l’amour et la raison. » (SILVIA, III, 5)

« Hélas ! Madame, si vous préfériez l’amour à la gloire, je vous ferais bien autant de profit qu’un Monsieur. » (ARLEQUIN, III, 6)

« En changeant de nom tu n’as pas changé de visage, et tu sais bien que nous nous sommes promis fidélité en dépit de toutes les fautes d’orthographe. » (ARLEQUIN, III, 6)

« Ah ! Ma chère Lisette, que viens-je d’entendre ? Tes paroles ont un feu qui me pénètre. Je t’adore, je te respecte. Il n’est ni rang, ni naissance, ni fortune qui ne disparaisse devant une âme comme la tienne. J’aurais honte que mon orgueil tînt encore contre toi, et mon cœur et ma main t’appartiennent. » (DORANTE, III, 8)

« Avant votre connaissance, votre dot valait mieux que vous ; à présent vous valez mieux que votre dot. » (ARLEQUIN, III, 9)

 

Lisette est avisée

« Souvenez-vous qu’on est n’est pas le maître de son sort. » (LISETTE, II, 5)

Le jeu de l’amour et du hasard, mis en scène par Alain Zouvi. Catherine Trudeau et Marc Beaupré jouent respectivement Lisette et Arlequin travestis en Silvia et Dorante

[1] Gabriel Marcel, préface au Théâtre choisi de Marivaux, éditions des Loisirs, 1947, cité par Marie-Thérèse Ligot.

[2] MARIVAUX, Le jeu de l’amour et du hasard, édition présentée et commentée par Marie-Thérèse Ligot, Pocket, 1997, La Flèche.

[3] Voir note 2.

[4] Voir note 2.

[5] Sainte-Beuve, Causeries du lundi, Garnier, Paris, t. IX, 23 janvier 1854.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.