Littérature du XXIème siècle

LEMAITRE PIERRE – cadres noirs

L’histoire : Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans anéanti par quatre années de chômage sans espoir. Ancien DRH, il accepte des petits jobs. Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifier aux yeux de sa femme, de ses filles et même à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages. Alain Delambre voit dans cette embauche éventuelle sa dernière chance d’échapper au déclassement social. Toutefois, il va s’apercevoir qu’il ne s’agit que d’une mascarade, que les jeux sont déjà faits. C’est sans compter sans son désespoir. Un excellent thriller. Le livre fait réfléchir, notamment sur la discrimination anti-senior, le prêt-à-manager sans morale ou les activités aberrantes en séminaire.

  Alain Delambre accepte tous les emplois qui lui permettent de gagner de l’argent.

« Je commence à 5 heures du matin, c’est ce qu’on appelle un petit job (quand on emploie le mot « job », on ajoute toujours petit, à cause du salaire). La tâche consiste à trier des cartons de médicaments qui partent ensuite vers des pharmacies de banlieue. Moi, je n’étais pas là pour le voir, mais il paraît que Mehmet a fait ça pendant huit ans avant de devenir « superviseur ». Aujourd’hui il a la fierté de commander trois lombrics, ce qui n’est pas rien. »

Le chômage est une mise à l’écart de la société :

« Je mesure mon utilité sociale au nombre de mails que je reçois. Au début, d’anciens collègues de chez Bercaud m’envoyaient des petits mots auxquels je répondais tout de suite. On papotait. Et puis, je me suis rendu compte que les seuls qui m’écrivaient encore étaient ceux qui s’étaient fait virer. Des copains de promo en quelque sorte. J’ai arrêté de répondre. Ils ont arrêté d’écrire. D’ailleurs, globalement, tout s’est raréfié autour de nous. (…) Les gens se sont peut-être un peu fatigués de nous. Et nous d’eux. Quand on n’a pas les mêmes soucis, on n’a pas les mêmes plaisirs »

Il recherche un emploi plus rémunérateur et fait sa ténacité fait l’admiration de son conseiller Pôle emploi.

« Mais en fait, je suis plutôt soumis à une sorte de réflexe d’espèce. Chercher du travail, c’est comme travailler, comme je n’ai fait que ça toute ma vie, ça s’est incrusté dans mon système neurovégétatif, quelque chose m’y pousse par nécessité, mais sans projet. Je cherche du travail comme les chiens reniflent les réverbères. Sans illusion, mais c’est plus fort que moi. »

La situation des chômeurs est compliquée

« Pour un chômeur, assister à la sortie des bureaux est toujours un sale moment. Pas à cause de la jalousie, non. Ce qui est difficile, ce n’est pas d’être chômeur, c’est de continuer à vivre dans une société fondée sur l’économie du travail. Où que vous tourniez les yeux, il n’est question que de ce qui vous manque. » Les exigences des employeurs sont de plus en plus exorbitantes. « Travailler n’est plus suffisant, il faut adhérer. Avant, il fallait être d’accord avec l’entreprise, aujourd’hui il faut fusionner avec elle. Ne faire qu’un. »