Théâtre

Le mariage de Figaro – Beaumarchais

« Un Monsieur de beaucoup d’esprit, mais qui l’économise un peu trop, me disait un soir au spectacle : « Expliquez-moi donc, je vous prie, pourquoi, dans votre pièce, on trouve autant de phrases négligées qui ne sont pas de votre style ? – De mon style, Monsieur ? Si par malheur j’en avais un, je m’efforcerais de l’oublier quand je fais une comédie, ne connaissant rien d’insipide au théâtre comme ces fades camaïeux où tout est bleu, où tout est rose, où tout est l’auteur, quel qu’il soit. »» (Préface).

 

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, dit Marivaux, naît à Paris, en 1688 et y décède en 1763.

Il a une éducation classique au collège de l’Oratoire. On sait peu de choses sur sa famille, sinon que son père fut directeur de la Monnaie à Riom, puis à Limoges. Il écrit d’abord des romans précieux ou parodiques : Les effets surprenants de la sympathie (1713), La voiture embourbée (1714), L’Iliade travestie (1717). Il fréquente les salons à la mode, devient journaliste et publie des chroniques, des croquis, des réflexions, essentiellement dans Le nouveau Mercure de France. Ses premiers succès théâtraux  datent de 1722 : La surprise de l’amour (1722), La Double inconstance (1723) et Le prince travesti (1724), L’île des esclaves (1725 ; son plus grand succès), Le jeu de l’amour et du hasard (1730).

Il a également écrit quelques romans novateurs : La vie de Marianne (1731-1742) et Le paysan parvenu (1735). Il est élu à l’Académie française en 1742, de préférence à Voltaire.

 

Edition utilisée pour les citations : Beaumarchais, Le mariage de figaro, édition présentée et commentée par Catherine Bouttier-Couqueberg et Marie-Dominique Boutilié, Pocket, La Flèche, 1999.

 

La folle journée ou Le mariage de Figaro est représentée pour la première fois, par les comédiens-français ordinaires du roi, le mardi 27 avril 1784. Cette pièce est la deuxième d’une trilogie : « Oser une trilogie sur le lointain modèle du théâtre grec témoignait déjà d’une belle audace. Trilogie liée mais trilogie variée puisqu’on y passe de la farce légère (Le Barbier) à une comédie qui marie satire et jeu pour finir par un drame pathétique (La mère coupable). »

 

Beaumarchais n’est pas un révolutionnaire. Il aime l’ordre, le pouvoir, la richesse et a d’ailleurs acheter sa particule. Mais on peut voir chez lui la volonté de critiquer la noblesse. Bonaparte déclara « Le Mariage de Figaro, c’est déjà la Révolution en action ».

L’histoire

Le comte Almaviva, après son mariage (voir Le barbier de Séville) retrouve les bonnes vieilles habitudes et se laisse aller au libertinage. Mais le problème est qu’il a jeté son dévolu sur la future femme de Figaro ! Il veut lui offrir un logement en guise de présent pour le mariage, et compte bien en profiter.

« Il y a mon ami, que, las de courtiser les beautés des environs, Monsieur le Comte Almaviva veut rentrer au château, mais non pas chez sa femme ; c’est sur la tienne, entends-tu, qu’il a jeté ses vues, auxquelles il espère que ce logement ne nuira pas. Et c’est ce que le loyal Bazile, honnête agent de ses plaisirs et mon noble maître à chanter, me répète chaque jour, en me donnant leçon. » (SUZANNE, I, 1)

Figaro, toujours aussi malin, fait tout pour déjouer les plans du comte :

« Scapin au carré, il aide son ancien maître à conquérir sa belle au nez et à la barbe du barbon… Vieux et fidèle serviteur, il démasque le traître et restaure la paix des familles. »

Et n’oublions pas le page qui est l’objet d’une très drôle seconde intrigue : n’étant pas moins libertin que le comte, il tente de séduire toutes les femmes qu’il croise, y compris la comtesse et Suzanne. Le comte fou de jalousie tente de s’en débarrasser, en l’envoyant à l’armée mais n’y arrive pas. En parlant du page, on peut relever les occurrences suivantes : « Ce friponneau » (Suzanne, IV, 5) ; « ce brigandeau ! » (V, 6, Figaro), « C’est encore le page infernal ! » (V, 6, Le comte) ; « Et toujours le page endiablé ! » (Le comte, V, 14)

 

Les répliques du Mariage de Figaro sont d’un humour fracassant.

« LE COMTE. – Où donc est Marceline ? Il est bien singulier qu’elle ne soit pas des vôtres !

FANCHETTE. – Monseigneur, elle a pris le chemin du bourg, par le sentier de la ferme.

LE COMTE. – Et elle en reviendra ?…

BAZILE. – Quand il plaira à Dieu.

FIGARO. – S’il lui plaisait qu’il ne lui plût jamais. » (I, 10)

 

Anglais

« Diable ! c’est une belle langue que l’anglais ; il en faut peu pour aller loin. Avec God-dam en Angleterre, on ne manque de rien nulle part. […] Les Anglais, à la vérité, ajoutent par-ci, par-là quelques autres mots en conversant ; mais il est bien aisé de voir que God-dam est le fond de la langue » (FIGARO, III, 5)

 

Condition féminine

« Hommes plus qu’ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes ! c’est vous qu’il faut punir des erreurs de notre jeunesse ; vous et vos magistrats, si vains du droit de nous juger, et qui nous laissent enlever, par leur coupable négligence, tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul état pour les malheureuses filles ? Elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes : on y laisse former mille ouvriers de l’autre sexe. » (MARCELINE, III, 16)

 

« Dans les rangs même plus élevés, les femmes n’obtiennent de vous qu’une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées e mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ! Ah ! sous tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur, ou pitié ! » (MARCELINE, III, 16)

 

« Ah ! quand l’intérêt personnel ne nous arme point les unes contre les autres, nous sommes toutes portées à soutenir notre pauvre sexe opprimé, contre ce fier, ce terrible… (En riant) et pourtant un peu nigaud de sexe masculin. (Elle sort.) » (Marceline, IV, 16)

 

Dissimulation

Rappelons-nous cette maxime de Louis XI : « Qui nescit dissimulare, nescit regnare. »

 

« Nous croyons valoir quelque chose en politique, et nous ne sommes que des enfants. C’est vous, c’est vous, Madame, que le Roi devrait envoyer en ambassade à Londres ! Il faut que votre sexe ait fait une étude bien réfléchie de l’art de se composer pour réussir à ce point ! » (LE COMTE, II, 19).

 

« LE COMTE. – Quand je ne le saurais pas d’ailleurs, fripon ! ta physionomie qui t’accuse me prouverait déjà que tu mens.

FIGARO. – S’il en est ainsi, ce n’est pas moi qui mens, c’est ma physionomie.

SUZANNE. – Va, mon pauvre Figaro, n’use pas ton éloquence en défaites ; nous avons tout dit.

FIGARO. – Et quoi dit ? vous me traitez comme un Bazile ! » Une note indique « allusion à une scène du Barbier (III,1) où le personnage arrive au beau milieu d’une situation à laquelle il ne comprend rien. »

 

Noblesse

« Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !… Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ! Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste homme assez ordinaire ! Tandis que moi, morbleu ! Perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes » (Figaro, V, 3).

 

Projet

« Madame, il est charmant votre projet. Je viens d’y réfléchir. Il rapproche tout, termine tout, embrasse tout ; et quelque chose qui arrive, mon mariage est maintenant certain. » (SUZANNE, II, 26)

 

Théâtre

« Ah çà, vous autres ! la cérémonie adoptée, ma fête de ce soir en est la suite ; il faut bravement nous recorder : ne faisons point comme ces acteurs qui ne jouent jamais si mal que le jour où la critique est la plus éveillée. Nous n’avons point de lendemain qui nous excuse, nous. Sachons bien nos rôles aujourd’hui. » (FIGARO, I, 11)

 

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