Roman policier

Le moine et le singe-roi – Olivier Barde-Cabuçon

« La chauve-souris quitta les combles du palais de Versailles et s’élança dans la nuit obscure. Au-dessous d’elle se déroulaient les lignes symétriques des jardins royaux, un alignement de parterres de buis, un labyrinthe logique pour tous les tenants de l’ordre royal, un cauchemar pour les autres. 

Elle survola un massif boisé, strié par un multitude d’allées sombres et étroites. Une forme menue y tournait, perdu et désemparée, entre ces hautes murailles de verdures. »

Un meurtre a eu lieu dans les jardins de Versailles. Une jeune-femme ayant frayé de son vivant avec le milieu artistique, et la prostitution… est retrouvée éventrée. Une scène horrible, insoutenable. Le commissaire aux morts étranges est chargé de résoudre l’enquête. Il a pour compagnon son propre père, un pseudo moine dévot devant racheter son passé sulfureux. Mais le corps sans vie de Mlle Vologne de Bénier, plus qu’une énigme, représente un défi. Seront-ils prêts à une enquête inédite ?

 

Le commissaire aux morts étranges reste mystérieux jusqu’à la fin du roman alors qu’on aimerait en savoir davantage sur lui, sur son passé : c’est assez dommage. Et, le récit s’appesantit parfois sur des détails peu utiles et peu distrayants.

Malgré tout, ceci ne gêne la lecture en aucun cas, c’est une enquête très prenante.

 

Intrigues parallèles

Ce roman permet rapidement à l’auteur de frayer parmi les nobles figures de notre Histoire. Mais il s’appesantit également sur des petites gens, et en particulier l’Ecureuil. Une jeune fille délicieuse que l’on a envie de suivre davantage : née dans un milieu détestable, c’est une femme fort sympathique et qui semble avoir beaucoup d’esprit, cela donne un charme à l’histoire que le moine n’apporte pas. Les manières de ce dernier sont parfois fatigantes et on a du mal à suivre son esprit indépendant.

 

Us et coutumes langagiers

L’auteur ne semble respecter ni le ton, ni les usages que l’on attribue généralement à cette époque. Et c’est très plaisant, cela sied parfaitement au style du roman : c’est avant tout un thriller. Le besoin de fidélité ne se fait pas ressentir, le lecteur a forcément envie de pouvoir s’identifier à ces personnages hors du commun : c’est très réussi.

 

Un questionnement sous-jacent?

Il est toujours difficile de faire ressortir un questionnement moral de ce genre d’œuvre. Il ne faut pas tomber dans la sur-interprétation. De cette manière, à la lecture de ce roman, des questions jaillissaient du texte, et je n’osais leur accorder trop d’importance. L’auteur a-t-il voulu donné cette perspective à son thriller ? Les opinions du narrateur dépassent-elles le texte ? On ne peut répondre avec certitude à ces questions. Toutefois, je me permets d’esquisser ici un croquis des opinions qui ressortent du roman.

Il semble que derrière le thriller, il y ait une critique. Une critique qui n’est pas nouvelle, mais qui n’est pas très fréquente : une question de légitimité. La légitimité du culte à la grandeur.

En effet, l’histoire se déroule dans les jardins de Versailles. Des jardins de renommées internationales. Face à ces jardins, un château. Le château de Versailles, la maison du Roi Soleil. Le moine annonce la couleur : il n’aime pas la manière avec laquelle le roi a contraint la nature, et celle avec laquelle il a contraint ses sujets.

Louis XV, n’a rien à envier à son grand-père : le roi est un homme débauché, n’ayant pas idée de ses responsabilités et usant de son statut comme d’un passe-droit pour ses petites affaires… Mais là, le livre n’est pas original. L’Histoire, à juste titre sans doute, en fait très peu souvent l’éloge de quelque manière que ce soit.

« Versailles… le projet d’un roi ambitionnant d’éclairer, voire d’aveugler le monde, par sa lumière et sa puissance.

Versailles, un rêve chimérique conquis sur des marais puants pour y concentrer tous les pouvoirs d’une monarchie absolue et transformer une noblesse turbulente en un flot ininterrompu de courtisans dont le seul souci du matin au soir serait de plaire à son roi en se pliant à la plus impitoyable étiquette qui soit. Le moine plissa les narines de dégoût.

Versailles, aujourd’hui résidu du vice et de la gabegie.

Versailles, où rien n’est vrai tant la nature des hommes s’y concentre dans tout ce qu’elle a de plus mauvais.

Versailles qui pue.

Versailles, cloaque sans nom qu’il serait urgent d’éradiquer de la surface de la planète.

Versailles, désormais terrain de chasse d’un prédateur sans nom. »

 

Je recommande ce roman.

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