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LE MONDE DU TRAVAIL ACTUEL VU PAR LES ECRIVAINS

Pendant les Les Trente Glorieuses, la période de forte croissance économique et d’amélioration des conditions de vie qu’ont connue la grande majorité des pays développés entre 1946 et 1975, le monde du travail a peu inspiré les écrivains.

Le seul roman remarquable abordant ce sujet est l’écume de jours de Boris Vian. L’auteur énonce dans cette œuvre les conditions de travail inhumaines. Chaque personne employée est ramenée au rang d’une machine. Il faut peut-être y voir aussi l’expression des ressentiments d’un enfant issu d’une famille de rentiers, obligés de travailler au lieu de profiter de sa vie.

Depuis les années 2000, le monde du travail fait l’objet de plusieurs romans remarqués.

En 2009, Delphine de Vigan dresse un portrait sans concession dans les heures souterraines : « Aujourd’hui il lui semble que l’entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d’abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité. Aujourd’hui, il lui semble que l’entreprise est le symptôme pathétique du psittacisme le plus vain. »

Pourquoi ce regain d’intérêt pour le monde de l’entreprise que l’on retrouve chez les auteurs ? On peut noter un sentiment de déclassement qui grandit chez les classes moyennes atteintes par le chômage.

Pierre Lemaître le décrit parfaitement dans les cadres noirs. Son personnage principal est Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans anéanti par quatre années de chômage sans espoir. « Ce qui est difficile, ce n’est pas d’être chômeur, c’est de continuer à vivre dans une société fondée sur l’économie du travail. Où que vous tourniez les yeux, il n’est question que de ce qui vous manque. »

Cette peur du chômage transparaît également chez Nathalie Kuperman, nous étions des êtres vivants. Cette peur fait ressortir tout ce qu’il y a de petit chez chacun d’entre nous. Un autre sentiment de déclassement est caractéristique de notre époque.

Le taux de diplômés universitaires a augmenté. Toutefois, beaucoup de diplômés sont obligés d’accepter un emploi moyennement voir pas du tout qualifié pour pouvoir manger à la fin du mois. On pourra lire à ce sujet l’excellent journal de Joseph Ponthus. « « L’usine c’est pour les sous Un boulot alimentaire Comme on dit Parce que mon épouse en a marre de me voir traîner dans le canapé en attente d’une embauche dans mon secteur »

Et enfin, on pour boucler la boucle, on retrouve chez Houellebecq ce sentiment d’un environnement qui cannibalise les travailleurs : « . La société dans laquelle je vis me dégoûte ; la publicité m’écoeure ; l’informatique me fait vomir. Tout mon travail d’informaticien consiste à multiplier les références, les recoupements, les critères de décision rationnelle. Ça n’a aucun sens. Pour parler franchement, c’est même plutôt négatif ; un encombrement inutile pour les neurones. »

Pour résumer, la peur du déclassement social et l’absence de sens que l’on rencontre dans le monde du travail inspirent fortement les auteurs. Des sentiments qui traversent notre époque et l’on ne peut s’empêcher de penser à l’allégorie des trois tailleurs de pierre. Ce qu’il manque au monde du travail et donc à nos sociétés, c’est le sentiment d’une profonde utilité qu’il faudrait insuffler à chacun. Une profonde utilité qui, comme un supplément d’âme, rend non seulement le collaborateur parfaitement intégré à l’entreprise, mais totalement intégré dans la société dans laquelle il y trouve sa place.

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