ROMAN, Roman noir

Le pas suspendu de la révolte – Mathieu Belezi

« Toujours assis, le poignard-commando sur les genoux

Il écouta longtemps les sanglots de la fille.

Pourquoi pleurait-elle puisqu’elle avait vingt ans

Et qu’à vingt ans, mademoiselle, on ne pleure pas.

On se révolte. »

Mathieu Belezi est né en 1953 à Limoges. Il a fait des études de géographie. Il a vécu en Louisiane, au Mexique, au Népal puis en Inde. En 2004 il a quitté la France pour aller vivre dans le sud de l’Italie.Son roman, C’était notre terre, paraît dans le cadre de la rentrée littéraire 2008 et obtient le Prix des lecteurs du Livre de Poche / coup de coeur 2010. En janvier 2017 parait aux éditions Flammarion Le pas suspendu de la révolte. 

 

Des dissonances qui se donnent des airs de poésie et un serial killer, « l’homme à la tête d’aigle », qui se donne des airs de messie. Voilà les deux piliers du roman de Mathieu Belezi.

 

Théo a quitté femme et enfant. Il vit dans sa voiture, dort dans des hôtels. Boit. Perd la tête. Sa femme, Clara, l’appelle souvent. Et ils se disputent. Clara ne comprend par pourquoi il est parti. Lui non plus. Mais il va devoir revenir, le temps d’une journée. Car bientôt c’est l’anniversaire de leur fille, Lucie. Et pour son anniversaire la petite Lucie veut voir son papa.

Le pas suspendu de la révolte c’est le point de vue interne de six personnages engagés sur un chemin chaotique. Le chemin de leur vie. Six personnages liés par le sang. Six personnages frustrés, pleins de haines, capables de s’adonner à la pire des violences pour calmer leurs nerfs d’humains névrosés. Le point de convergence entre ces personnages : l’anniversaire de Lucie, dix ans, où (presque) toute la famille est invitée et qui tourne au vinaigre.

Se juxtapose à ces vies décousues les actes ignobles d’un serial killer, violeur et découpeur de jeune fille, à tête et plumes d’aigle qui semble vouloir transmettre un message à cette société en perdition.

« Empoignant son feutre noir il écrivit :

RÉVEILLEZ-VOUS »

 

Des familles malmenées.

Malgré le style abrupt de l’auteur, une chose est simple à saisir : ces personnages ont tous vécu un trauma qui revient les hanter. Trauma qui a un rapport avec la famille. On assiste en fait à la négligence de la famille, à son rejet. Les intérêts de chacun ne passent pas seulement avant ceux des autres, ils les écrasent. Tous s’écrasent. La famille n’est plus qu’un torchon.

 

Écrivain avant-gardiste au sein d’une société décadente ?

Reprenons au début : je parlais de dissonance. J’aurais pu dire : écriture désarticulée. Mais j’ai choisi la dissonance. En effet, on sent le désaccord entre le style et les idées, entre l’ombre d’une poésie en vers et une histoire embrouillée. Les majuscules ne sont mises que pour jouer le rôle d’emphase, les points sont rajoutés peut-être à regret lors de la narration de l’histoire (hors préface et post-face) pour ne pas trop embrouiller le lecteur. Que dis-je : regret?

Le regret est un sentiment très présent lors du roman. Tout comme : la haine, la solitude, le désespoir, la jalousie, etc. Même les relations parents-enfants sont polluées. Pourquoi tant de négativité? Sûrement parce que l’auteur veut nous faire haïr cette société, une société qui est peut-être réelle. Peut-être invite-t-il à mettre en veilleuse nos ego surmenés pour accéder à l’écoute du groupe.

Mais que vient donc faire « l’homme à la tête d’aigle » là-dedans? Ce pseudo-messie des temps modernes qui pour exprimer ses idées se sert de corps de jeunes-filles mutilées semble contredire le message de l’auteur? Pour le savoir, lisez-le livre. Et souvenez-vous du titre : tout est en lien avec la révolte.

 

Je ne recommande pas ce livre si vous n’avez pas le cœur bien accroché. Ce n’est pas l’angle le plus lumineux de notre société. Mais l’angle le plus réaliste sans doute. Il ne vous fera pas passé un agréable moment mais il vous captivera sans aucun doute.

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