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Le Satiricon – Pétrone

Edition : Pétrone, Satiricon, texte établi, traduit et commenté par Olivier Sers, Editions Les Belles Lettres, collection « Classiques en poche », 2017, Langres.

On ne connait ne connait pas l’auteur du Satiricon (ou Satyricon). Quant à l’époque, René Martin est parvenu en 1975 à le dater de l’époque flavienne.

Par ailleurs c’est un texte fragmentaire : seuls une partie du livres XIV, le livre XV et le livre XVI nous sont parvenus.

Livre longtemps rejeté à cause de sa sexualité apparente, il est difficile à exploiter.

Pour les citations de cet article, l’édition utilisée est la suivante : Pétrone, Satiricon, texte établi, traduit et commenté par Olivier Sers, Editions Les Belles Lettres, collection « Classiques en poche », 2017, Langres.

L’histoire se passe à Thurii (littéralement « la cité de Tritonienne », épithète de Pallas Athéné), puis à Crotone.

Affiche de l’adaptation du roman de Pétrone par Fellini.

Un étudiant-gigolo, Encolpe, le narrateur, et Agamemnon se frottent sur le sujet de l’éducation : Encolpe critique les méthodes des rhéteurs, Agamemnon critique les parents qui demandent de telles méthodes.

« Si nos écoles crétinisent la jeunesse, à mon avis, c’est à cause de ça. Ils n’y voient ni n’y entendent rien de la vie de tous les jours, seulement des histoires de pirates guettant leurs proies sur un rivage pour les enchaîner, de tyrans fulminant des oukases condamnant des fils à décapiter leur père, d’oracles ordonnant de commencer par immoler trois vierges pour enrayer une épidémie, où les mots sont soufflés comme des beignets au miel et où tout, forme et fond, est saupoudré de sésame et de pavot. » (Encolpe)

« Et ideo ego adulescentulos existimo in scholis stultissimos fieri, quia nihil ex his, quae in usu habemus, aut audiunt aut uident, sed piratas cum catenis in litore stantes, sed tyrannos edicta scribentes quibus imperent filiis ut patrum suorum capita praecidant, sed responsa in pestilentiam data, ut uirgines tres aut plures immolentur, sed mellitos uerborum globulos, et omnia dicta factaque quasi papauere et sesamo sparsa. »

 

« Accusez les parents qui ne veulent pas faire profiter leur progéniture d’un régime d’études sérieux. Au départ, obsédés par leur ambition personnelle, ils y sacrifient tout, y compris les dons de l’enfant. » (Agamemnon)

« Parentes obiurgatione digni sunt, qui nolunt liberos suos seuera lege proficere. Primum, enim sic ut omnia, spes quoque suas ambitioni donant. Deinde cum ad uote properant, cruda adhuc studia in forum impellunt, et eloquentiam, qua nihil esse maius confidentur, pueris induunt adhuc nascentibus. »

 

Puis Encolpe part à la recherche de Giton, enlevé par Ascylte. Après s’être battu puis avoir fait la paix, les deux amis s’en vont au marché vendre un manteau qu’ils ont volé. Ils aperçoivent alors entre les mains d’un des marchands leur vieille tunique perdue et dont la doublure cache des pièces d’or. Ils échangent donc le manteau contre la tunique.

« Je ne veux point jouir trop tôt de mes désirs,
Et vaincre sans combat, c’est vaincre sans plaisir. » (cette citation ne vous rappelle rien?)

« Nolo quod cupio, statim tenere,
Nec uictoria mi placet parata.  »

 

Plus tard, alors qu’ils sont à l’auberge, une servante vient les voir et les accuse d’avoir déranger la cérémonie de sa maîtresse Quartilla.

« Mon cœur est ravagé d’une angoisse plus cruelle qui me pousse implacablement au trépas : je redoute que l’irrespect naturel à la jeunesse ne vous entraîne à répandre ce que vous vîtes dans la chapelle de Priape et à livrer à la foule les impénétrables décrets des dieux. » (Quartilla)

« maior enim in praecordiis dolor saeuit, qui me usque ad necessitatem mortis deducit, ne scilicet iuuenili impulsi licentia quod in sacello Priapi uidistis uulgetis, deorumque consilia proferatis in populm. »

Cette dernière apparait et les oblige à participer à une orgie de plusieurs jours. Au programme : viol, et mariage (celui de Giton avec une fille de sept ans, Pannychis).

Le troisième jour, Encolpe et Ascylte sont invités chez Trimalcion pour le dîner. Trimalcion est un rustre : ancien affranchi, il se pavane flanqué de dizaines d’esclaves qui exaucent toutes ses volontés. A son repas, il offre son meilleur vin, on apprend qu’il dispose de quelqu’un qui lui indique chaque heure qui passe, il invite ses invités à ne pas faire cas des flatulences. Quelques exemples de ses fameuses paroles :

« Comme nous allions attaquer lugubrement cette si maigre pitance, il nous dit : « je vous conseille de manger, c’est là l’oie (la loi) du festin. »

« Nos ut tristiores ad tam uiles accessimus cibos : « suadeo, inquit, Trimalchio, cenemus ; hoc et ius cenae. »

« Dites, vous croyez que je me contente à dîner de ce que vous avez vu dans les casiers du plateau ? « Est-ce bien là connaître Ulysse ? »

« Rogo, me putatis illa cena esse contentum, quam in theca repositorii uideratis ? « Sic notus Ulixes ?[1] » »

[1] Vrigile, Enéide, II, 44 (note du traducteur)

On fait par ailleurs connaissance de sa femme, Fortunata, nommé ainsi car elle compte son or « par boisseaux », et de ses commensaux qui sont à l’image du maître de la maison. Un exemple de leur trivialité : on aborde de le sujet de Chrysantus, qui est décédé il y a peu. Séleucus, un des commansaux pleure sa mort. Philéros répond alors :

« C’était une grande gueule, un cancanier, la discorde faite homme. […] Un vrai fils de la Fortune. Dans sa main le plomb devenait de l’or. »

« Durae buccae fuit, linguosus, discordia, non homo. […] In manu illius plumbum aurum fiebat. »

Fatigué de tout le remue-ménage de la fête, Ascylte et Encolpe (qui ne sont pourtant pas des modèles d’élégance), parviennent à s’enfuir. Mais Ascylte profite de l’état d’ivresse d’Encolpe pour s’éclipser avec Giton. Ils veulent se battre mais Giton les supplie de ne pas le faire et choisit de partir avec Ascylte. Encolpe est désespéré. Il se met à visiter la ville et entre dans une galerie d’art et y rencontre Eumolpe, poète médiocre. Il lui raconte comment il a essayé de séduire le fils de son maitre. Faisant de mauvais vers, il est chassé par le peuple.

« Armes en main les chefs s’ébrouent tels le coursier
Dont on défait les liens et qui le col dressé
fait voler sa crinière avant de s’élancer,
Ils dégainent leur glaive, essaient leur bouclier,
Et courent au combat. Ici sont égorgés
Des ivrognes, du somme au trépas dirigés,
Tel allume aux autels une torche embrasée,
Invoquant contre Troie les propres dieux troyens…

C’est alors que les badauds du portique entreprirent de lapider le déclamateur. Habitué à ce genre de bravos, le talentueux Eumolpe se couvrit la tête et s’enfuit loin du temple. Craignant qu’on ne me crut poète, je me sauvai sur ses talons jusqu’au bord de la mer. »

Assurancetourix, in Asterix

« Temptant in armis se duces, ceu ubi solet
Nodo remissus Thessali quadrupes iugi
ceruicem et altas quatere ad excuursum iubas.
Gladios retractant, commouent orbes manu
Bellumque sumunt. Hic graues alius mero
Obtruncat, et continuat in mortem ultimam
Somnos ; ab abris alius accendit faces
Contraque Troas inuocat Troiae sacra.

Ex is, qui in porticibus spatiabantur, lapides in Eumolpum recitantem miserunt. At ille, qui plausum ingenii sui nouerat, operuit caput extraque templum profugit. »

Pour visualiser Eumolpe, penser au barde Assurancetourix.

 

Par suite, Encolpe retrouve par hasard son « petit-frère » Giton. Mais Ascylte le fait chercher. Eumolpe veut les trahir mais Giton réussit à le convaincre de ne pas le faire. Tous les trois, ils quittent la ville et embarquent sur un bateau.

Encolpe et Giton n’apprennent que trop tard que ce bateau est celui de Lichas de Tarente, une personnalité que les deux garçons fuient (on ne sait pourquoi). Eumolpe a l’idée de les faire passer pour des esclaves : il leur rase les cheveux et les sourcils et leur fait une trace sur le front (comme si cela avait été au fer). Mais un homme qui les a vus faire les trahit. La supercherie est révélée à Tryphène et Lichas.

« Lichas, qui me connaissait on ne peut mieux, accourut comme s’il eût entendu ma voix. Il n’inspecta ni mes mains ni mon visage, mais, braquant directement ses regards sur mes attributs, y dépêcha une main complaisante, puis me salua d’un « bonjour, Encolpe ». »

« Lichas, qui me optime nouerat, tanquam et ipse uocem audisset, accurrit et nec manus nec facium meam considerauit, sed continuo ad inguina mea luminibus deflexis mouit officiosam manum, et : « Salue, inquit Encolpi. »

Passage fameux du roman : Eumolpe raconte l’histoire de la veuve d’Ephèse.

Puis une tempête fait chavirer le navire. Le commandant du bateau n’y survit pas. Les passagers décident de continuer leur route à pied, là où le bateau a échoué. Ils arrivent alors à Crotone.

« Dans cette ville, on n’honore pas les belles lettres, on ne cultive pas l’éloquence, on ne gagne ni gloire ni profit par sa tempérance ou la pureté de ses mœurs. Apprenez que vous n’y trouverez que deux catégories d’habitants : les faiseurs de testaments et les captateurs de testaments. »

« In hac enim urbe non litterarum studia celebrantur, non eloquentia locum habet, non frugalitas sanctique mores laudibus ad fructum perueniunt, sed quoscunque homines in hac urbe uideritis, scitote in duas partes esse diuisos. Nam aut captantur aut captant. »

Eumolpe veut y faire fortune ; le plan est donc le suivant : il se fait passer pour un riche propriétaire terrien et ses compagnons jouent ses esclaves. On a le droit à un long poème épique raté de la part d’Eumolpe. En tant qu’esclave, Encolpe fait la connaissance de Circé :  « Il y a des femmes que la saleté excite et qui ont besoin de voir un esclave ou un laquais troussé jusqu’à la ceinture pour avoir envie. […] Ma maîtresse [Circé] est de cette race-là, elle escalade le théâtre des quatorze premiers rangs jusqu’au poulailler pour aller y chercher ses amours. ».

« J’admirai comme un remarquable phénomène cette discordance sensuelle qui donnait à la servante le snobisme d’une maîtresse et à la maîtresse la bassesse d’une servante. »

« Mirari equidem tam discordem libidinem coepi atque inter monstra numerare, quod ancilla haberet matronae superbiam et matrona ancillae humilitatem. »

Encolpe (assimilé à Polyaenos) obtient donc les faveurs de Circé mais se confronte à un problème tout nouveau : il est impuissant. Pour le punir, Circé l’humilie. Après quelques péripéties, Encolpe retrouve sa vigueur. Le roman s’achève sur les paroles d’Eumolpe qui demande à être mangé après sa mort (pourquoi ?).

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