roman

Lélia – George Sand

« Qui es-tu ? et pourquoi ton amour fait-il tant de mal ? Il doit y avoir en toi quelque affreux mystère inconnu aux hommes. »

On peut trouver en ligne une version électronique du roman :

https://beq.ebooksgratuits.com/vents/sand-lelia.pdf

Lélia n’est pas une reprise de Don Juan mais contient une reprise de Don Juan. En effet, l’image du séducteur invétéré est utilisée par l’auteure pour donner à son personnage éponyme une étoffe sans pareil : Lélia est Don Juan au féminin, ce que des réécritures très récentes du mythe appellent une « Don Juane ».

Le roman conte la passion dévorante et destructrice de plusieurs hommes pour Lélia. L’un de ceux-ci est Sténio. Sténio est le romantique par excellence et il fait référence à plusieurs reprises à Don Juan. Vous trouverez ci-après des citations-clé du roman :

Sténio, Première partie, chapitre 19 : « Vous voulez que je l’oublie, je le vois bien ! Vous avez peur que j’en garde l’enivrante sensation et que j’en vive tout un jour ! Rassurezvous, je n’ai pas goûté ce bonheur en aveugle ; s’il a dévoré mon sang, s’il a brisé ma poitrine, il n’a pas égaré ma raison. La raison ne s’égare jamais auprès de vous, Lélia ! Soyez tranquille, vous dis-je, je ne suis pas un de ces Don Juan audacieux pour qui un baiser de femme est un gage d’amour. Je ne me crois pas le pouvoir d’animer le marbre et de ressusciter les morts. Et pourtant votre haleine a embrasé mon 105 cerveau. À peine vos lèvres ont effleuré l’extrémité de mes cheveux, et j’ai cru sentir une étincelle électrique, une commotion si terrible qu’un cri de douleur s’est échappé de ma poitrine. Oh ! vous n’êtes pas une femme, Lélia, je le vois bien ! J’avais rêvé le ciel dans un de vos baisers et vous m’avez fait connaître l’enfer. »


Puis dans la cinquième partie, un chapitre est entièrement dédié à Don Juan et porte son nom. Sténio explique qu’il a essayé comme Don Juan de se plonger dans la séduction à tout-va mais qu’il n’a fait que se perdre un peu plus.

« Sténio prit un soir le bras de Magnus et le conduisit au bord du lac. Il aimait ce lieu inculte, ces grands cèdres penchés sur le précipice, ces sables argentés par la lune et cette eau immobile, où les étoiles se reflétaient calmes comme dans un autre éther. Il aimait le sifflement tendre et mélancolique des couleuvres, le faible bruissement de l’eau dans les joncs et le vol silencieux des chauves-souris amies des tombeaux. Parmi les sépulcres, au bord du ravin, au fond du lac sans rivages, son âme cherchait une pensée d’espoir, un sourire de la destinée. Comme son front était calme et sa bouche muette depuis longtemps, Magnus crut que Dieu avait eu pitié de lui et qu’il avait ouvert à ce cœur souffrant le trésor des espérances divines. Mais, 518 tout à coup ; Sténio, rompant le silence et l’arrêtant sous le rayon pur et blanc de la lune, lui dit, en le pénétrant de son regard cynique : « Moine, raconte-moi donc ton amour pour Lélia et comment, après t’avoir rendu athée et renégat, elle te fit devenir fou ? » »

« Ô femme ! tu n’es que mensonge ! homme ! tu n’es que vanité ! À de si insolentes prétentions Dieu devait bien le châtiment de ces déceptions misérables ! Lélia, c’est ton sourire qui m’a égaré ! Don Juan, c’est ton exemple qui m’a perdu !… » (Sténio)

« Tu n’étais pas sage, don Juan, si tu ignorais le dénouement fatal de toutes les tragédies que tu avais jouées. Tu avais bien mal étudié les modèles qui t’avaient précédé dans la carrière et que tu voulais rajeunir. Tu ne savais donc pas que le crime, pour avoir quelque grandeur, pour prétendre à l’empire du monde, doit vivre dans la présence assidue, dans la conscience anticipée de la peine qu’il mérite chaque jour ? Alors, peut-être, il peut se vanter de son courage, car il n’ignore pas la fin qui lui est réservée. Mais si tu croyais échapper à la vengeance céleste, don Juan, tu n’étais donc qu’un lâche ? »

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