roman noir

L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard – Isabelle DUQUESNOY

Selon les Editions de La Martinière, Isabelle Duquesnoy a consacré dix de sa vie à ce roman publié en août 2017… cela ne surprend absolument pas. C’est une œuvre colossale et aussi un chef-d’œuvre.

D’ailleurs, ne vous laissez pas impressionner par sa taille, en un week-end vous n’en aurez fait qu’une bouchée.

La France postrévolutionnaire grouille de cadavres. Quelle aubaine pour un embaumeur. Victor RENARD à la mort de son père doit subvenir aux besoins de sa famille et devient l’apprenti de Monsieur JOULIA, embaumeur et trafiquant d’organe. Il se fait un nom et parvient à quitter le garde-chiourme qu’est sa mère. Tout est bien qui finit bien pour cet enfant battu…c’est sans compter sur cet indigne destin qui l’envoie en prison. Victor Renard, criminel ? Sa cinglante confession nous propulse dans un un monde de pauvreté et d’horreur où il est difficile d’échapper au déterminisme social. Qu’a donc fait Victor Renard pour rencontrer la « Veuve » ?

Victor RENARD, anti-héros par excellence

« Si vous n’y voyez point d’objection, je souhaiterais poursuivre cet épisode une autre fois. Une autre fois, car nous n’en aurons pas terminée de sitôt, n’est-ce pas… ? »

Victor Renard, ou « Victordu » est le narrateur. Il conte l’histoire. Comme Shéhérazade, n’espère-t-il par retarder sa sentence ? Son public s’élargit de jour en jour. Tout le monde veut voir l’odieux criminel de Victor Renard. On veut voir cette erreur de la nature. Cette tête tordue sur ce corps repoussant. Il est le fils de Johann et Pâqueline Renard. Son frère jumeau étouffé par le cordon ombilical de ce Victordu envahissant naquît mort-né. Décidemment, ce Victor est une malédiction… au moins autant que sa mère. Sa mère, tyran rejetant sur son fils toute la frustration de sa vie médiocre, est un être profondément haïssable et il est douloureux de lire tous les sévices qu’elle et son odieux mari ont pu imposer à leur fils.

« Mon père n’eut jamais l’occasion d’éprouver son courage. Personne ne lui manda de hurler avec les loups contre le roi, ni en sa faveur. Papa se fondait assez dans la couleur des murs pour que chacun l’oubliât, et mourut comme il vécut : indécis et petitement. »

En vérité, il faut le dire, Victor Renard n’est pourtant pas aussi haïssable qu’il pourrait le paraître. C’est avant tout un infortuné, un rejeté. Profondément attachant. Profondément attaché à aimé les femmes, qui le maltraitent.

C’est cette figure ambivalente qui domine le récit et qui vous arrache le cœur. Vous n’en sortez pas indemne.

Portrait d’une médiocre France

Conter la période postrévolutionnaire n’a rien d’original. La conter comme Isabelle DUQUESNOY laisserait penser à un Paris pré-révolutionnaire que l’on connait tous : celui du Parfum.

Quel lien entre ses deux œuvres éloignées dans le temps et dans leur sujet ? Un Paris puant, pourri. Un Paris corrompu. Trafic d’organe, exploitation, pauvreté, saleté… tout y est pour vous donner des envies de rendre. Et pourtant on le termine ce livre. Finalement, je pense qu’il révèle en nous notre voyeurisme. Tous ces gens qui crachent sur Victor Renard et qui pourtant viennent le voir avant qu’il crève, nous ressemblent : lire L’Embaumeur c’est en quelque sorte faire preuve d’un voyeurisme malsain. De ceux qui vous poussent à terminer un thriller infecte.

« Les médecins aussi sont une bonne source de revenus pour nous : ce sont des ânes, des agités de la saignée. Ils tuent en moins de temps qu’il n’en faut pour traverser la Seine sur un tonneau. »

 

Je conseille. DE TOUTE EVIDENCE.

 

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