ROMAN

LENORMAND FREDERIC- Ne tirez pas sur le philosophe

C’est bien de cela dont il est question : soyez indulgent avec le philosophe il fait ce qu’il peut, comme les pianistes dans les saloons de l’Ouest américains « Please don’t shoot the pianist. He is doing his best ».
L’auteur a su utiliser les défauts (pingrerie, goût des honneurs) les qualités (son impertinence, son aversion pour le fanatisme religieux), la vie privée (sa liaison avec Emilie du Châtelet) pour écrire ce livre. L’enquête est un prétexte pour une balade avec Voltaire dans le 18e siècle (mais il y a tout de même un vrai suspens quant au coupable).

1735 : La place de Grêve : les curieux s’attroupent. On va pendre une femme, une servante qui a volé les effets de son maître. C’est un spectacle recherché : on paye pour pouvoir accéder aux balcons qui permettent de voir le nœud coulant sur le cou du condamné.
Voltaire est autorisé à revenir à Paris après un an d’exil. En effet, il a publié en 1734 « les lettres philosophiques » où il loue la tolérance et la liberté anglaise. Cela a fortement déplu au gouvernement qui le prend comme une critique. Il ne peut plus se permettre d’écrire des pamphlets.
« On voulait faire de lui le Charles Perrault des Lumières ! Comment se résigner à passer des lettres philosophiques aux aventures de Ouin-Ouin le canard platonicien ».
Il continue son œuvre philosophique à travers des manuscrits dont on fait savoir qu’il s’agit de fantaisies privées non destinées à la publication et qu’on lit aux amis et visiteurs qui en répandent les passages les plus féroces (exemple La Pucelle où il met tout le mal qui pense de ses contemporains). Seulement, tout le monde l’a oublié. Il cherche désespérément quelques déshérités à défendre afin de renouer avec la célébrité.
Il trouve la famille d’Alas, des Huguenots en bisbille avec un ecclésiastique (eh oui ça nous rappelle l’affaire Calas, 1761). Seulement, le dossier en question est d’ordre administratif, rien qui ne permette de grandes envolées lyriques. Mort d’ennui, il se rend chez un taxidermiste qui dissèque les corps humains. On y retrouve notre servante, dont le nœud coulant approximatif n’a pas réussi à lui ôter la vie.
Voltaire espère avoir trouvé une cause désespérée. Bon elle est menteuse, cleptomane … pas facile de la faire passer pour une pauvre victime.
C’est un roman divertissant de très bonne qualité.

 

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