Roman policier

LENORMAND FREDERIC – Seules les femmes sont éternelles

L’HISTOIRE
Ray, surnommé le Samaritain, est inspecteur de police pendant la première guerre mondiale. Sa qualité de policier lui A évité jusqu’ici la mobilisation sur le front. Et « il priait chaque jour saint Joseph Fouché, patron des cyniques et des policiers, de prolonger ce miracle. » Il est appelé sur une affaire de chantage quand l’ordre de mobilisation arrive. Il décide de se déguiser en femme et de changer d’identité pour y échapper. Comme la seule chose qu’il sait faire est de mener des enquêtes, il se fait engager dans une agence de détectives privés.
Profitant du désintérêt de la police pour l’affaire de chantage, dont il avait eu connaissance avant son changement d’identité, il contacte la victime et commence l’enquête. Les lettres menacent de tuer des innocents, et son fils qui est sur le front, si la baronne refuse de verser une grosse somme d’argent. Le maître chanteur commence à mettre son plan à exécution et les meurtres se multiplient.
LE ROMAN
Frédéric Lenormand, s’est inspiré de l’histoire vraie de Paul Grappe, soldat déserteur qui s’est travesti en femme pour ne pas être envoyé dans les tranchées.
Ray s’attend à tout moment à recevoir son ordre de mobilisation. Chaque jour, des collègues s’absentent et sont remplacés par des femmes. Lorsqu’il reçoit ce courrier au « goût de glaise ». Il va dire au-revoir à Bernadette, une amie employée à la préfecture. Cette dernière lui donne de quoi confectionner une fausse pièce d’identité.
Alors qu’il s’apprête à fuir « le régiment du ciel, bataillon des morts pour rien », il évalue ses chances d’échapper aux gendarmes. En tant qu’homme, elle est quasiment nulle. Il se réfugie chez une prostituée qu’il a aidée, afin d’être hébergé et décide de se transformer en femme.
« Corset. Chemisier. Robe. Bas. Bottines. Galurin… Rasage. Maquillage….
– Tout le monde va te prendre pour une gousse, mais comme on n’envoie pas les lesbiennes au front, pourquoi pas. »
Il/elle parvient à se faire embaucher sous le nom de Loulou Chandeleur, par Miss Barnett qui pourtant aurait préféré un homme pour être plus crédible. Cette dernière n’avait même pas réussi à trouver une secrétaire : « les épouses des conscrits étaient encouragées à se dévouer dans les ateliers d’armement ou dans les hôpitaux. » Elle était donc sa propre assistante, rôle où la cantonnait déjà son père. Elle va peu à peu s’affirmer grâce à son assistante.
L’enquête sur les lettres du corbeau va nous emmener dans un de ces trafics de fournitures aux armées communs à toutes les guerres, qui bénéficient aux profiteurs de tout poil.

Comme d’habitude, l’intrigue est rondement menée. Ce qui fait le plus des romans de cet auteur est la qualité de l’immersion que nous faisons avec le héros dans l’époque du livre. C’est un sujet rarement abordé le rôle des femmes pendant la première guerre mondiale (même s’il est souvent évoqué) et les débuts de leur émancipation. Un excellent roman policier historique.
L’AUTEUR
Frédéric Lenormand est un romancier, auteur notamment de romans policiers historiques et d’ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.
Auteur de romans historiques exclusivement, il se spécialise dans le XVIIIe siècle, puis dans la Révolution, puis dans la Terreur.

Conscient d’être en train de s’enfermer dans un domaine minuscule, il décide de changer son fusil d’épaule et donne une suite aux romans chinois de Robert van Gulik, décédé en 1967. Ce sera « Les nouvelles enquêtes du juge Ti », publiées chez Fayard à partir de 2004.

La série « Voltaire mène l’enquête » a reçu en 2011 le Prix Arsène Lupin du roman policier, le Prix du Zinc de la Ville de Montmorillon et le Prix Historia du roman policier historique.

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