Roman 2017, Roman historique

Les enfants d’Alexandrie – Françoise Chandernagor

Françoise Chandernagor. Est-il vraiment utile de la présenter ? Cette femme de lettres siégeant au Prix Goncourt a écrit douze romans – le premier : l’Allée du roi, sur Madame de Maintenon, qui a fait l’objet d’une adaptation visuelle – deux essais et et une pièce de théâtre.

« En ce temps-là, le monde était jeune, et Alexandrie, la plus grande ville du monde. Du monde connu, bien sûr. Mais le monde connu, l’Oïkoumèné des Grecs, n’était pas petit : quand Séléné vit le jour, il s’étendait déjà de la mer du Nord à l’Ethiopie, et des rivages de l’Irlande jusqu’à l’île de Ceylan. »

Les enfants d’Alexandrie est un roman historique paru en 2011 aux éditions Albin Michel. Il se déroule aux temps de la Rome antique et plus précisément à la fin de la République romaine, et conte la vie des enfants de Cléopâtre, qui voient la chute de leur mère et dernière reine d’Egypte symbolisée en -31 par la bataille d’Actium.

Petit récapitulatif de la situation : Rome a conquis Carthage, et tout le bassin méditerranéen, et a vaincu les rois macédoniens (IIIème et IIème siècle avant Jésus-Christ) mais depuis la fin du IIème siècle avant Jésus-Christ, des « guerres sociales » émergent : réforme agraire mise à mal, corruption de la noblesse mise à nue, etc. Autant dire que question gloire on a vu mieux : la fin de la République est annoncée. Au Ier siècle avant Jésus-Christ, des Imperatores véreux se mettent à s’affronter : tout d’abord Marius et Sylla, puis César et Pompée, et enfin Antoine et Octave (qui deviendra Auguste). Antoine et Octave se partagent l’Empire : Octave se réserve l’Empire d’Occident, et Antoine celui d’Orient.

Là prend place l’intrigue…

Après la mort de César, Cléopâtre doit miser sur un nouveau cheval : elle choisit Antoine. De leurs amours naissent trois beaux enfants : les jumeaux Hélios et Séléné, et Ptolémée. Ils ont un grand frère, né des amours de Cléopâtre et Jules César : Césarion. Au sein des jeux de pouvoir, les plus jeunes ne comprennent pas tellement ce qui leur arrive, ne trouvent pas leur place parfois. Ils vivent éloignés de leurs parents, qui sont bien trop occupés à s’aimer et à faire la guerre, mais leur destin et le sort de l’Egypte sont liés…

« Rome a peur – d’Octave, d’Agrippa, de Mécène, de leurs sbires omniprésents, mais d’Antoine aussi, d’Antoine absent. […] Rome a peur. Des maléfices de l’Orient et du retour des guerres civiles. Peur qu’une fois e plus on se batte sur son sol, qu’on s’entr’assassine en famille. Rome est malade, malade de peur, Rome se purge, se purge d’Antoine et vomit ses amis. »

On remarquera évidemment le style ciselé et parfaitement maîtrisé de l’écriture qui a évidemment fait le succès de Françoise en tant qu’autrice.

« Les morts aussi ont de grandes terreurs, ils craignent d’être oubliés. »

 

Un roman précis mais qui sait combler les trous

L’histoire s’autorise des épanchements délicieux sur les amours de la Reine et de l’imperator, il sait jouer avec les ressources historiques pour faire ressortir des caractères à chacun des personnages. Par ailleurs, il ne tombe pas dans l’éloge : on ressent par exemple la tristesse et la solitude des enfants rois mais on les voit capricieux, on ressent aussi la détresse d’Antoine mais l’on sait que c’est un opportuniste et qu’il n’a récolté que ce qu’il a semé. Quant à Octave, on devine sa cruauté extrême, son goût de la trahison et du pouvoir.

 

Un goût du détail

Bien évidemment, tous les événements historiques de la période ne sont pas relatés, ce n’est pas le but. Mais le goût du détail que cultive l’écrivaine permet d’accéder à une appréciation de l’époque.

« Le passéisme est l’idéal du monde antique : enrayer le déclin et retrouver l’Age d’or en imitant les Anciens qui, historiquement, touchent les dieux de plus près voilà le Progrès. »

 

Toutefois…un peu de prétention

Je reste mitigée sur les « Notes de l’auteur » présentes en fin de roman. Tout d’abord, sur leur utilité : il ne s’agit pas d’un livre d’histoire mais d’un roman. Ne se suffit-il pas à lui-même ? Je crois déceler une once de prétention : « Certes, Marguerite Yourcenar assurait avoir résolu le problème en rédigeant ses Mémoires d’Hadrien en latin. J’ai peine à y croire… », « Mais le fait qu’un tableau représente en deux dimensions une réalité qui en comporte trois a-t-il jamais dissuadé un artiste de prendre son pinceau ? », etc. Si le roman historique nécessite beaucoup de recherche et une bonne maîtrise de la période étudiée, étaler brutalement son savoir, le plaquer à la fin de son roman m’apparait être dénué de la modestie dont doit faire preuve l’écrivain vis-à-vis de son lecteur. On remarquera par ailleurs que Madame Chandernagor se permet certains anachronisme dans son roman alors pourquoi cet aparté sur l’impossibilité d’approcher de manière exacte la culture antique ?

« Si Antoine a quelque chose de shakespearien, c’est précisément cette peur de ne pouvoir rembourser, ce doute sur sa légitimité : en père, ne fut-ce qu’en « père spirituel ». »

 

Pour conclure…

Il s’agit d’un excellent roman historique, accusant une petite touche négative pour la partie des « Notes de l’auteur ». Je recommande.

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.