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Les liaisons dangereuses – Choderlos de Laclos

Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos est né en 1741 à Amiens et est décédé 1803. Il est officier d’artillerie et s’ennuie terriblement sur l’île d’Aix en 1779 : il écrit donc Les liaisons dangereuses qui paraissent en 1782. C’est un succès et le livre est édité de nombreuses fois, avant d’être interdit sous la Restauration.

Baudelaire dira de ce roman épistolaire : « Ce livre, s’il brûle, ne peut brûler qu’à la manière de la glace ! ».

Les liaisons dangereuses sont un pamphlet politique dirigé contre la noblesse de cour et inspiré par l’esprit révolutionnaire. D’ailleurs, Laclos devient en 1788 secrétaire des commandements du Duc d’Orléans ; ce dernier groupait tout autour de lui les amis des réformes et des Lumières, et c’est Laclos qui se fait l’âme du parti révolutionnaire.

Les Liaisons dangereuses fonctionnent comme un jeu de voyeurisme : le lecteur prend plaisir à lire une correspondance qui ne lui est pas destinée et qui est scandaleuse. Par ailleurs, on ne connait l’histoire que par le biais des lettres, l’histoire se forme par une lecture active : ce roman fonctionne de manière réflexive.

Grimm, le 15 avril 1782, a pu écrire, conformément à l’opinion publique : « On a dit de M. Rétif de la Bretonne qu’il était le Rousseau du ruisseau. On serait tenté de dire que M. de Laclos est le Rétif de la bonne compagnie. Il n’y a point d’ouvrage, en effet, sans excepter ceux de Crébillon et de tous ses imitateurs où le désordre des principes et des mœurs de ce qu’on appelle la bonne compagnie et de ce qu’on ne peut guère se dispenser d’appeler ainsi, soit peint avec plus de naturel, de hardiesse et d’esprit. »

 

L’histoire

La marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont sont d’anciens amants, et ont un goût pour le mensonge et la dépravation. La marquise de Merteuil veut se venger d’un ancien amant l’ayant quitté de manière cavalière, M. de Gercourt. Il se trouve justement que ce Gercourt a formé pour projet de se marier à la jeune et innocente Cécile de Volanges, quinze ans, qui sort du couvent. Madame de Merteuil esquisse alors un plan : Valmont doit séduire la jeune Cécile et la débaucher afin d’humilier Gercourt, elle décide également de débaucher le jeune Danceny, amoureux fou de Cécile. Valmont parie qu’il peut séduire la prude et fidèle Madame de Tourvel.

Après mille et une intrigues, Valmont parvient à ses fins. Cécile de Volanges et Madame de Tourvel se sont laissé séduire. Mais Madame de Merteuil, aussi jalouse que perfide force la rupture entre Valmont et la Présidente de Tourvel, qui finit par en mourir. Un duel entre Danceny et Valmont mène à la mort de ce dernier, qui dévoile la correspondance de Merteuil. Cécile de Volanges, humiliée s’en retourne au couvent. Et Madame de Merteuil, désormais la risée de tous, est, de plus, défigurée par la petite vérole :

« Le marquis de…, qui ne perd pas l’occasion de dire une méchanceté, disait hier, en parlant d’elle, que la maladie l’avait retournée et qu’à présent son âme était sur sa figure. » (Lettre CLXXV, Madame de Volanges à Madame de Rosemonde)

Le roman s’achève par une lettre de Madame de Volanges, la mère de Cécile de Volanges, qui termine par ses mots : « Adieu, ma chère et digne amie ; j’éprouve en ce moment que notre raison, déjà si insuffisante pour prévenir nos malheurs l’est encore davantage pour nous en consoler. » (Lettre CLXXV, Madame de Volanges à Madame de Rosemonde).

L’édition utilisée pour les citations qui vont suivre est disponible sur le site de la Bibliothèque Nationale de France: CHODERLOS DE LACLOS, Pierre-Ambroise-François, L’oeuvre de Choderlos de Laclos : Les Liaisons dangereuses, ou Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres, Texte intégral d’après l’édition de 1782 ; Illutrations d’après les gravures de Fragonard fils, Monnet et Mlle Gérard (éd. de Londres, 1796). 1913.
Affiche du film Valmont, de Milos Formant, version restaurée.

Débauche

« Ne vous fâchez pas et écoutez-moi. Dépositaire de tous les secrets de mon cœur, je vais vous confier le plus grand projet que j’ai jamais formé. Que me proposez-vous ? de séduire une jeune fille qui n’a rien vu, ne connaît rien ; qui, pour ainsi dire, me serait livrée sans défense ; qu’un premier hommage ne manquera pas d’enivrer et que la curiosité mènera plus vite que l’amour. […] Vous connaissez la président Tourvel, sa dévotion, son amour conjugal, ses principes austères. Voilà ce que j’attaque ; voilà l’ennemi digne de moi ; voilà le but que je prétends atteindre ;

Et si de l’obtenir je m’emporte le prix,
J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris.

On peut citer de mauvais vers quand ils sont d’un grand poète. » (Lettre IV, Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil, à Paris ; les vers sont de La Fontaine).

 

Perfidie

« Je ne m’attendais pas, je l’avoue, à trouver jamais ce nom-là dans vos lettres. En effet, que peut-il y avoir de commun entre vous et lui ? Vous ne connaissez pas cet homme ; où auriez-vous pris l’idée de l’âme d’un libertin ? Vous me parlez de sa rare candeur : oh ! oui, la candeur de Valmont doit être en effet très rare. Encore plus faux et dangereux qu’il n’est aimable et séduisant, jamais, depuis sa plus grande jeunesse, il n’a fait un pas ou dit une parole sans avoir un projet, et jamais il n’eut un projet qui ne fût malhonnête ou criminel. » (Lettre IX, Madame de Volanges à la Présidente de Tourvel).

 

Bien/Mal

« L’humanité n’est parfaite dans aucun genre, pas plus dans le mal que dans le bien.  Le scélérat a ses vertus, comme l’honnête homme a ses faiblesses. Cette vérité me parait d’autant plus nécessaire à croire que c‘est d’elle que dérive la nécessité de l’indulgence pour les méchants comme pour les bons, et qu’elle préserve ceux-ci de l’orgueil et sauve les autres du découragement. Vous trouverez sans doute que je pratique bien mal dans ce moment cette indulgence que je prêche ; mais je ne vois plus en elle qu’une faiblesse dangereuse, quand elle nous mène à traiter de même le vicieux et l’homme du bien. » (Lettre XXXII, Madame de Volanges à la Présidente de Tourvel).

 

Désespoir

« J’essaie de vous écrire, sans savoir encore si je le pourrai. Ah Dieu, quand je songe qu’à ma dernière lettre c’était l’excès de mon bonheur qui m’empêchait de la continuer ! C’est celui de mon désespoir qui m’accable à présent ; qui ne me laisse de force que pour sentir mes douleurs, et m’ôte celle de les exprimer. » (Lettre CXXXV, La Présidente de Tourvel à Madame de Rosemonde).

« Etre cruel et malfaisant, ne te lasseras-tu point de me persécuter ? Ne te suffit-il pas de m’avoir tourmentée, dégradée, avilie, veux-tu me ravir jusqu’à la paix du tombeau ? Quoi ! Dans ce séjour de ténèbres où l’ignominie m’a forcée de m’ensevelir, les peines sont-elles sans relâche, l’espérance est-elle méconnue ? » (Lettre CLXI, La Présidente de Tourvel à …)

 

Providence

« Oh ! Providence ; sans doute il faut adorer tes décrets ; mais combien ils sont incompréhensibles ! » (Lettre CLXV, Madame de Volanges à Madame de Rosemonde).

 

BONUS

Voici quelques merveilleux traits d’esprits de Madame de Merteuil…comprenez là qu’ils n’en sont point; seule sa personnalité se révèle :

« Il faut vaincre ou périr. » (Lettre LXXXI, la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont).

« J’avoue bien que l’argent ne fait pas le bonheur, mais il faut avouer aussi qu’il le facilite beaucoup. » (Lettre CIV, la Marquise de Merteuil à Madame de Volanges)

« J’espère qu’il se trompe en croyant l’aimer : elle est si loin de le mériter ! Ce n’est pas que je sois jalouse d’elle ; mais c’est que ce serait un meurtre, et je veux en sauver Danceny. » (Lettre CXIII, la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont)

 

 

 

 

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