ROMAN

Marc Réveillaud

Marc Réveillaud s’avère être un écrivain talentueux. Il publie en mai 2017 son premier roman : L’affaire du siècle (voir critique ici : http://chrisylitterature.jouglar.eu/laffaire-du-siecle-marc-reveillaud/). Une histoire poignante relatant la relation d’interdépendance entre un père et son fils. Dans une interview inédite, Marc Réveillaud se livre et dévoile les coulisses de son œuvre.

 

1°) Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

La construction. J’ai une passion pour la construction. A travers l’écriture, je peux construire, avancer. C’est là où je peux tirer du positif de toutes mes expériences, même les plus compliquées.

 

2°) Vos avouez ne tirer que du positif de chacune de vos expériences. A un moment du livre toutefois, on ressent une certaine rancœur envers des personnes qui auraient pu manifester plus de soutien. Je me trompe ?

C’est vrai. A cette période je n’avais pas le recul pour apprécier la situation. J’ai voulu conserver ce sentiment d’aigreur dans cette scène pour lui donner davantage de sincérité. Aujourd’hui, depuis que je suis complétement « revenu dans le réel », que je travaille à nouveau, j’ai totalement pardonné. Je ne retiens que du positif de cette histoire. La « destruction » est devenue un moteur de construction.

 

2°) L’histoire est très touchante et l’écriture souligne des émotions à fleur de peau. Par ailleurs, les photos présentes sur la première de couverture permettent d’avantage au lecteur de se projeter dans l’intimité de votre famille. Se mettre ainsi à nu devant des lecteurs n’est-il pas effrayant ?

Ce livre est un point de départ : je voulais quelque chose de sincère, de vrai. Je me souviens une interview de Céline dans laquelle il explique qu’en littérature, pour avoir quelque chose, il faut y mettre le prix. J’ai payé. Ce livre m’a couté cher et me coûte encore. Mais ça n’a pas beaucoup d’importance. J’ai donné tout ce que je pouvais, et c’est tout ce qui compte. Mon objectif était d’aller le plus loin possible, dans mes propres failles, sublimer les faits, pour les universaliser et qu’ils puissent servir au plus grand nombre possible, tout en rendant hommage à mon père. J’espère avoir réussi.

 

3°) Depuis quand écrivez-vous ?

J’ai commencé à écrire à quinze ans environ. Mon père était passionné de littérature. Il avait aussi toujours plein d’objets incroyables. Un jour je suis tombé sur une machine à écrire. J’adorais taper dessus. Alors j’ai écrit. Et puis je n’avais plus l’âge de jouer aux Legos. Il fallait bien que je trouve autre chose pour donner vie à ce que j’avais en tête.

 

4°) Combien de temps a pris l’écriture de ce livre ?

J’ai commencé à écrire ce livre à 16 ans-17 ans. J’ai terminé la première version à 18 ans. Tout le manuscrit tapé à la machine. Je l’ai passée à un ami pour avoir son avis. Il m’a téléphoné une semaine plus tard pour me dire qu’il l’avait perdu Evidement, je n’avais pas fait de photocopie. C’est peut-être la meilleure chose qui me soit arrivée. J’avais moi-même du mal à comprendre ce que j’avais écrit. Du coup j’ai écrit deux autres livres. Tout d’abord « Un océan d’humanité » entre mes 20 et 25 ans, puis « Un joggeur à Paris » entre mes 27 et 31 ans. Heureusement eux aussi n’ont pas été publiés. Mais j’ai quand même imprimé et vendu le premier (presque de force) à toute ma classe.

En oubliant cette première version « égarée », je dirais que ce livre a neuf ans. J’ai commencé à l’écrire en août 2008. Mon père n’avait qu’une hâte : lire la suite. J’ai signé un contrat avec mon éditeur le jour de mes trente-trois ans, le 27 mai 2014.

7°) J-C Lattès est une grande maison d’édition. Le livre a-t-il immédiatement été accepté ? Avez-vous dû faire des remaniements ?

Le livre a été publié le 17 mai 2017, soit presque trois ans jour pour jour après la signature. La version que nous avons publiée est la dixième version. Je n’ai pas cessé de travailler dessus pendant trois ans, à côté du reste. Il a eu beaucoup de remaniements, de coupes. Mon éditeur a fait un travail remarquable. Je n’ai pas eu autant de liberté que je l’aurais voulu, mais pour ce livre en particulier, je pense que c’est mieux comme ça. Ça a été très long et fastidieux. Physiquement parfois mais surtout nerveusement. J’ai même envoyé une lettre à mon éditeur, en aout 2015 je crois, pour tout arrêter. Nous avons discuté, ils ont débloqué plus de temps pour moi et je me suis remis au travail. Ce long travail d’édition m’a permis d’arriver à une constance d’écriture que je cherchais depuis mon premier livre. Si publier est beau, le chemin vers cette publication a été magnifique. Et au-delà des faits et des idées j’ai réussi à préserver de l’existence dans « L’affaire du siècle ». Un de mes principaux objectifs, pour pouvoir continuer à écrire.

 

8°) Je crois comprendre que l’écriture d’un second roman est dans vos projets ? Avez-vous déjà des idées ?

Oui. Ce livre était un « premier ». Je ne peux pas encore parler de celui sur lequel je travaille. Il y a déjà des choses, mais je tourne encore autour pour le moment. J’ai presque tout. J’ai aussi deux autres livres en projet. J’ai envie de prendre plus de légèreté, dans des dynamiques plus universelles. Devenir écrivain est un rêve. Il faut beaucoup de livres je pense pour y arriver, pour exister complétement dans ce que l’on écrit. J’espère un jour y arriver. En attendant, tant que l’on n’y est pas, ce qui est mon cas, on est un auteur. Et il faut travailler encore et encore.

Je suis aussi en train de travailler sur le scénario du film.

 

Quelques précisions sur l’histoire

1°) La première chose que j’ai notée est l’absence de Françoise, la mère. Elle joue un rôle secondaire. Pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas un choix délibéré. Cela s’est fait presque naturellement. D’abord, il y a une question d’équilibre : l’accent devait être mis sur la relation père-fils qui est le centre de l’histoire. Puis il y a une question pratique : la longueur du livre. C’est un livre qui fait déjà près de 400 pages. J’ai d’ailleurs dû couper beaucoup de scènes, pour rester aligner avec un des axes principaux : le père et le fils. Ensuite, la mère est plus présente que l’on pense. Elle personnifie l’action, la construction. Elle décide de divorcer : elle ne parle pas, elle fait. Elle décide de vendre l’appartement : elle ne parle pas, elle fait. Comme dans Pierrot le Fou, cité dans le livre à plusieurs reprises, si mon père est la vie contemplative, ma mère est elle est la vie active.

 

2°) Ensuite une question un peu particulière. Vous avez apposé deux citations au début du roman dont l’une est de Charles Bukowski, tirée des Nouveaux Contes de la folie ordinaire. La voici : « Un être libre, c’est rare, mais tu le repères tout de suite, d’abord parce que tu te sens bien, très bien quand tu es avec lui. » ; malgré une dépendance face au jeu qui naît peu à peu chez Richard, est-ce que cette citation est mise pour lui ?

Elle désigne mon père, en effet. Il n’avait aucune contrainte dans sa vie, aucune règle. Sans ma mère pour lui remplir sa déclaration, il n’aurait jamais déclaré ses impôts. Ce n’est pas qu’il ne voulait pas les payer, mais cela ne l’intéressait pas, tout simplement. Les parcmètres non plus ne l’intéressaient pas, ni les amendes, ni les feux rouges. Tout ce qui pouvait l’obliger à changer pour évoluer dans un environnement social ne l’intéressait pas. Et finalement, comme le dit Bukowski, je crois qu’on se sent bien avec ces personnes. Tout le monde aimait mon père. Au fond nous sommes un peu fascinés par cette liberté de vie et on vit parfois cette liberté à travers leurs trajectoires. Mais cette liberté a parfois un prix : l’alcool pour Bukowski, le jeu et tout le reste pour mon père.

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