Roman historique

Massacre des innocents – Marc Biancarelli

« Acceptez votre part d’ombre, mon ami, acceptez le chemin qui sera le vôtre. » Lorsque Jeronymus Cornelisz le comprend, sa vie change du tout au tout…et celle de ses congénères également. Le destin le mène sur le Batavia. Recommandé par une personne d’importance, il est désigné d’office au poste d’intendant adjoint.

Le Massacre des innocents, Cornelis Cornelisz, van Haarlem (1562-1638)

Affrété par la Compagnie néerlandaises des Indes orientales, le bateau échoue sur une île, le Cimetière. Et là, au milieu de nulle part, livrés à eux-mêmes, les naufragés vont subir les rêves de grandeur de l’intendant. Ce n’est pas un hasard, se dit-il. Ce n’est pas un hasard si mon homonyme a peint mes rêves : il faut les réaliser. 

« Archipel infect, terre de désolation, ici s’achèveraient leurs vies. Rochers perdus en des mers funestes, ciel étranger aux étoiles inconnues, ici serait leur éternelle sépulture. Aussi avait-on baptisé cette île d’office, le Cimetière.« 

Weybbe Hayes, damné en sursis, prend la tête de la résistance, mais le mal n’a-t-il pas déjà contaminé toute l’île?

 

Marc Biancarelli est né en 1968 et enseigne la langue corse. Poète, nouvelliste, dramaturge et romancier, il est également l’auteur (toujours chez Actes Sud) de Murtoriu (2012) et de Orphelins de Dieu (2014).

 

Un roman équilibré : la tension à son paroxysme

Aucune dichotomie bien/mal n’est faite dans ce roman. Le lecteur est en perpétuel dilemme :

_ doit-il s’attacher à un personnage, Hayes, qui est tout de même un assassin, mais qui oeuvre page après page au rétablissement de la justice?

_ doit-il haïr Cornelisz qui a lui aussi subi des châtiments?

_ doit-il s’attacher à Pelsaert, le subrécargue, qui apparaît comme un lâche et un œuvrant pour son propre et unique intérêt mais qui est contre les horreurs perpétrées sur l’île?

La tension qui en résulte est difficile à contenir : boule au ventre, sueur, sentiments contradictoires… vous ne pourrez plus lâcher ce roman avant de l’avoir terminé.

 

Un style néo-réaliste?

1629, vous n’êtes plus sur votre fauteuil, dans le train, ou dans votre lit. Vous êtes sur Cimetière. Et si vous n’avez pas le cœur bien accroché, je ne vous conseille pas d’embarquer pour ce voyage. L’horreur est palpable. Elle n’est pas gratuite, elle est d’époque. Un style taillé dans la pierre vous fait voir la rudesse du siècle, la rudesse de la vie. Il n’est nul besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre que nous vivons aujourd’hui, en occident des temps privilégiés. Le réalisme des décors et des scènes, le cruor, transcris par le génie de l’auteur, nous renseigne sur l’Histoire de l’humanité et sur la condition humaine.

 

Je conseille ce roman.

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